“Si nombreuses et pourtant invisibles”

Tribune féministe
mardi 19 mars 2019
par  Rosine

Ce sont les mots de Claire Lajeunie, réalisatrice en 2015 du documentaire "Femmes invisibles ; Survivre dans la rue" et auteure du livre "Sur la route des invisibles. Femmes dans la rue". Son livre a servi de point de départ à Louis-Julien Petit pour l’écriture du scénario de son tout dernier film, sorti en janvier "Les invisibles".

JPEG - 222.4 ko

Elles sont SDF, sans-abri mais femmes avant tout ; femmes à la recherche d’un lieu pour échapper aux violences qu’elles ont subies dans leur vie et à celles qu’elles endurent quotidiennement dans la rue ; un lieu où pour quelques heures, elles se sentent protégées, un lieu où elles pourront se doucher, prendre soin d’elles, poser leurs sacs si imposants, si importants puisqu’il contient toute leur vie. La fiction de L. J. Petit, nous transporte dans un de ces lieux : L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes dans le Nord. Il nous entraîne dans le quotidien des femmes qui y recherchent quelques heures de répit, dans celui des femmes qui y travaillent et dans celui des bénévoles. Mais voilà. L’Envol, va devoir prochainement fermer. La cause ? Trop peu de femmes accueillies réussissent à se réinsérer… comme dans beaucoup de secteurs du travail social, ce qui prime aux yeux des décideurs c’est la recherche d’une rentabilité absurde et révoltante. Pour ces décideurs les femmes SDF ne sont que des chiffres, elles perdent consistance, humanité. Elles sont… invisibles et doivent le rester (on n’hésite pas à leur envoyer la police, de nuit, pour les déloger de l’endroit où elles campent et pour les parquer à des kilomètres dans un autre centre, ce qu’elles refusent).

Pour les travailleuses sociales, c’est l’électrochoc. C’est la prise de conscience que “si on reste dans les clous” rien ne va plus être possible, tout va perdre son sens, tout aura été vain. Alors, la désobéissance s’impose. L’Envol, contre le règlement en vigueur et contre l’avis de la municipalité, commence à héberger les femmes la nuit. Des ateliers qui mettent en valeur les compétences de chacune, se mettent en place pour restaurer l’estime de soi (moments très drôles et tellement touchants).

Le casting mélange des comédiens et comédiennes de métier et des femmes issues du monde de la rue qui jouent ici leur premier rôle et avec quel brio ! Le film de Louis-Julien Petit rend visible ce qui ne l’est pas d’habitude dans les salles obscures. Il laisse entrevoir sans appuyer les galères traversées par ces femmes aux vies cabossées, les séjours en prison pour certaines. Il pointe aussi le désarroi et le sentiment d’impuissance que doivent éprouver souvent les travailleuses sociales (et leurs collègues hommes également). Mais sans tomber dans le happy end, il montre la force de toutes ces femmes, qui retrouvent leur dignité grâce au chemin parcouru ensemble.

Joëlle Lavoute

  • Les invisibles, réalisation et scénario de Louis-Julien Petit, durée 1h42, janvier 2019.

Brèves

2 mars 2018 - Appel à l’action et à la grève pour les droits des femmes le 8 mars

Les luttes féministes ont permis de conquérir des droits et de progresser vers l’égalité entre les (...)