Ses textes ont toujours la longueur qu’il faut…

Polar
jeudi 28 mars 2019

C’est chez Cohen&Cohen. Ça fait 92 pages. C’est beaucoup pour Marc ! C’est noir. C’est sec. Ça tranche dans le vif. C’est du Villard. C’est Sur la route avec Jackson. Un beau livre d’éditeur, avec jaquette de qualité. Enlevez-la d’ailleurs et le blanc maculé vous sautera aux yeux.

Juin 1951.

Pollock atterrit chez les Navajos. Il a soif. Il a toujours soif. Il aime jouer. Il sait perdre.

Tu me dois huit cent dollars, mon vieux.

[…] je peux vous rembourser autrement.

Autrement, c’est Compositions n°16 et n°18. Deux petits formats de 1948 et 1950.

6 ans plus tard.

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Patti et Dan Fraser et Steve Hammond braquent une banque dans le Maine. Steve prend une balle dans le bras. Et dans leurs poches, des milliers de dollars et deux peintures. Ignorant tout de la peinture contemporaine, ils ne savent pas ce qu’ils volent. Ni à qui.

Entrent en scène alors, évidemment, les flics mais aussi Yakusi qui travaille pour monsieur Gorman.

Monsieur Gorman est mécontent.

Et il le dit :

Oui, ça me déplait.

Qu’est-ce que je vous disais ?

[…] mais en plus, dans ces coffres, j’ai placé deux toiles d’un gars […]. Avec la vente de ces peintures, achetées voici cinq ans à un ami navajo, je pourrais me payer trois fois une propriété comme celle-ci.

Alors évidemment tout se complique.

Surtout quand Steve rejoint un dispensaire pour se faire soigner. Ça laisse des traces.

Et les traces, ça se suit…

Et puis quoi faire des toiles ?

Les vendre ?

À qui ?

À l’auteur ?

Il s’en branle. Il a une bouteille à vider. Une voiture à conduire.

De l’autre côté, on veut les récupérer. Mais comment ?

Pas si facile.

On retrouve Marc Villard dans ce que la réalité a de plus évidente : chacun pour sa gueule et la mort au bout.

Chacun court vers quelque chose : Pollock vers la bouteille, les Fraser la vie, les flics l’ordre, monsieur Gorman son bien, Yakusi l’obéissance.

À la lecture, on dirait un film.

On hésite pour la bande son entre Straight lifede Pepper ou Ascenseur vers l’échafaud de Davis.

Pour la distribution, on verrait bien Raoul et Simone Ringer pour les Fraser, Forest Whitaker pour Yakusi et un De Niro de derrière les fagots pour monsieur Gorman.

En attendant de le voir, le film, on se le fait facilement dans la tête ; ça tourne comme une soirée trop arrosée et on sait qu’en se couchant on ne fera qu’aggraver le mal mais on sait que c’est inéluctable.

On fonce sur l’autoroute, de nuit, sans phare, on ferme les yeux.

Et on croit qu’on va s’en sortir.

Si un doute survient, on se met debout sur le frein.

Trop tard ?

Marc Villard retrouve là dans ces 92 pages l’essence même de ce qui le pousse à écrire : l’envie d’en découdre, la vie de merde, l’ordre et la désobéissance, la loi et l’art de la contourner, l’art et la loi du marché, et surtout, le besoin de poser des mots sur les maux, des pansements sur des membres amputés, mais qu’a-t-on de mieux ? Hein ?

François Braud

  • Sur la route avec Jackson , Marc Villard, CohenCohen, 2018, 92 p., 16 €.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com)