Faire face à la violence d’État

mardi 9 avril 2019

Un appel unitaire à l’initiative de la LDH, signé par de nombreuses organisations conclut justement à propos de la loi anti-casseurs : “Cette loi de circonstance porte un lourd risque d’arbitraire des gouvernements d’aujourd’hui comme de demain. C’est pourquoi nous appelons solennellement le gouvernement et le Parlement à abandonner ces mesures qui violent les principes les plus fondamentaux d’un État de droit”.

C’est en effet un point central, même si on peut regretter que la question du retrait de cette loi ne soit pas plus explicite.

Une évolution d’ensemble…

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Il ne s’agit plus de répondre à des cas ponctuels d’arbitraire, mais de (faire) prendre conscience que maintenant l’arbitraire n’est pas un dérapage mais un mécanisme dans une stratégie d’État :
- la dernière loi en date, pour scandaleuse qu’elle soit, n’est que la suite d’une série de lois qui, sous le masque de “l’anti-terrorisme”, ont toutes eu pour objectif de limiter les libertés et d’entraver les mouvements sociaux ;
- elles traduisent et encouragent une évolution générale liberticide. Ainsi les dangers contenus dans l’article 1 de la loi Blanquer – et aussi dans les autres, d’où la nécessité de revendiquer son abrogation totale – sont assez clairs. Mais avant même que cette loi soit définitivement votée, les intimidations sont allées bon train : contre des jeunes ou des personnels en lutte contre la “réforme” du lycée (cf. Sophie Carrouge à Dijon), pour intimider ou empêcher le contact avec les parents d’élèves (cf. une circulaire du DASEN dans les Bouches-du-Rhône)…
- elles poussent à l’armement et à une violence policière croissants : les centaines de blessures, les dizaines de mutilations… subies par les lycéen·ne·s et les “gilets jaunes” ne constituent pas là non plus des accidents. Ces violences sont justifiées et couvertes par le pouvoir, encouragées par les chaînes de commandement. Il s’agit de l’utilisation à une échelle encore jamais vue de techniques de répression qui touchaient auparavant essentiellement des milieux militants, immigrés, et/ou de la jeunesse.

… qui appelle une riposte d’ensemble

C’est n’est donc pas à des dérives, mais bien à une évolution que l’on doit caractériser comme une marche à l’État policier et autoritaire. Avec le recours aux militaires de la “Force sentinelle” pour l’acte XIX des Gilets Jaunes, c’est encore une étape de plus qui a été franchie. Cela implique – notamment pour les syndicats – de penser et d’impulser des pratiques pour y faire face. D’autant que le rejet de la politique de Macron par la jeunesse et les classes populaires se double d’une prise de conscience et d’un rejet croissants des violences d’État.

Cela passe par des réponses immédiates (1), mais aussi la mise en place d’un mouvement unitaire :
- dans l’immédiat : l’éducation populaire et militante pour rappeler quels sont les droits face à la police, et réagir à la répression dans les manifs (exemple : le développement d’équipes militantes de “street medic”) ; la mise en place de collectifs unitaires, localement comme nationalement, permettant de réagir chaque fois qu’un cas concret survient ;
- faire reculer le pouvoir : abrogation des lois restreignant les libertés, amnistie des personnes poursuivies suite à des mouvements sociaux, désarmement de la police (arrêt de l’utilisation des LBD et des grenades de désencerclement).

L’appel issu d’une trentaine d’organisations donne de premiers éléments de réponse intéressants en ce sens, il doit s’amplifier et s’inscrire dans la durée.

Quentin Dauphiné

(1) Comme le proposait Émancipation au dernier Conseil National de la FSU, ici