(Re)constituer un front laïque

dimanche 14 avril 2019

Il y a encore un réel attachement à la laïcité, structurée par la loi de 1905. Le mouvement ouvrier et syndical, notamment enseignant, a pu dans le passé organiser des mobilisations importantes pour défendre cette conquête démocratique. Alors que les attaques se sont multipliées, cette dynamique est aujourd’hui à reconstruire.

Ainsi le serment de Vincennes en 1960 (400 000 manifestant·e·s et 10 millions de pétitionnaires !) pour l’abrogation de la loi Debré. Les colloques et revendications du CNAL (1). Ou la grande manifestation nationale du 16 janvier 1994, gravée dans les mémoires, qui a fait reculer le pouvoir de l’époque. Ce qui n’a pas empêché l’affaiblissement et l’éclatement du camp laïque depuis les années 1980. Certain·e·s se sont accommodé·e·s des reculs au nom de la laïcité “ouverte”. D’autres en ont profité pour chercher à récupérer ce concept qu’ils/elles ont longtemps combattu, pour leurs propres opérations politiques xénophobes et dirigées en fait surtout contre les musulman·e·s ou réputé·e·s tel·le·s.

Là comme ailleurs…

Sur la laïcité comme sur les autres sujets, les buts de Macron et de son gouvernement sont clairs : régression et destruction des conquêtes sociales et démocratiques. Comme le soulignait le discours du président le 9 avril 2018 devant la conférence des évêques de France : “le lien abîmé entre l’Église et la République doit être réparé”. En clair, s’en prendre à la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État.

Le gouvernement avait commencé à préparer des projets, consistant essentiellement en :

  • des facilités accrues pour contourner l’article 2 de la loi et développer le financement aux différentes confessions (et d’abord l’Église catholique !).
  • un contrôle administratif et policier accru visant en particulier les musulman·e·s.

De premiers éléments de riposte

Face à cela, une réaction salutaire s’est dessinée. Une déclaration de 38 organisations (“Non à la révision de la loi de 1905”) : syndicats, associations d’éducation populaire, féministes, groupes laïques… Certes défensive, la démarche était claire : ni remise en cause de la séparation des Églises et de l’État, ni instrumentalisation de la laïcité à des fins xénophobes et racistes, pour diviser les exploité·e·s et les opprimé·e·s. Cette démarche s’est traduite – modestement, mais pour la première fois depuis longtemps – dans la rue, avec des rassemblements militants devant les préfectures dans nombre de départements les 8-9 décembre. La présence des organisations syndicales y a d’ailleurs été remarquée et appréciée. Face au projet gouvernemental et pour prolonger ce début de rassemblement, une réunion unitaire a rassemblé différentes organisations notamment syndicales (FO, FSU et SNES, SUD, UNSA…) le 28 février.

Une nouvelle stratégie ?

Macron a annoncé il y a quelques jours que la modification de la loi de 1905 n’était plus à l’ordre du jour. S’il s’agit d’un recul, la question est cependant loin d’être réglée : son but est plutôt de modifier un certain nombre de réglementations pour atteindre ses objectifs. Macron précisait d’ailleurs : “Notre devoir dans les réformes à conduire, c’est clarifier les sujets de financement parce que ces sujets nourrissent certains groupuscules qui ne respectent pas les lois de la République, nourrissent des comportements de sécession de la République”. Bien sûr les “groupuscules” prônant la “sécession”, ce n’est pas la “Manif pour tous”… dont l’ossature financière des manifestations était constituée par l’Église catholique, elle-même arrosée de subventions publiques !

La situation justifie donc plus que jamais de consolider le regroupement laïque qui s’est amorcé. D’autant plus que certain·e·s, se revendiquant de la laïcité eux/elles aussi, vont en fait dans le même sens que le gouvernement sur ce point et l’accommodent à leur sauce : "faire respecter les principes de la loi, son application stricte, en particulier les articles concernant la police et le financement des cultes, constitue la meilleure réponse aux provocations et agissements de l’islamisme politique" (2).

Même si défendre la loi de 1905 et son esprit est indispensable, ce premier pas en appelle d’autres. Ni paravent de la xénophobie, ni morale de maintien de l’ordre social, ni tolérance des intrusions de forces religieuses dans les services publics, la laïcité est une des conditions pour la liberté de conscience, le vivre ensemble et l’égalité des droits. Ce qui met à l’ordre du jour certaines revendications :

  • l’abrogation de tous les dispositifs anti-laïques (notamment la loi Debré), et ceux qui financent l’enseignement privé et renforcent ainsi la concurrence scolaire (scolarisation dès trois ans récemment).
  • la perspective d’une école émancipatrice et unifiée, nécessitant la nationalisation laïque de l’enseignement privé sous contrat sans indemnité ni rachat.

Quentin Dauphiné

(1) Comité national d’action laïque.

(2) Comité Laïcité République : 14 mesures pour une laïcité libératrice, comme contribution au "Grand débat".


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