Hommage à Lily

Les nôtres
samedi 27 avril 2019

Alors que nous fêtions l’achat du local de l’EDMP, impasse Crozatier, qui lui tenait tant à coeur, Lily Bleibtreu nous a quitté·e·s à l’âge de 97 ans. Nous sommes toutes et tous un peu orpheline et orphelin.
Elle a tenu une place primordiale dans l’École Émancipée, dans l’Émancipation et dans l’EDMP. Nous tenons ici à lui rendre hommage et à l’assurer que nous allons continuer les combats de toute sa vie contre le capitalisme qui nous broie, contre toutes les injustices, pour la solidarité des peuples et l’émancipation, pour que vive la révolution permanente et que viennent les jours heureux.

Toute une vie

Née le 5 juillet 1922 à Paris (IVe arr.) ; institutrice puis professeure de mathématiques ; militante trotskiste puis syndicaliste École émancipée ; belle-fille de Jean Zyromski.

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Si la vie de Lily Bleibtreu fut marquée par la présence “paternelle” de Jean Zyromski de sa naissance à la mort de celui-ci en 1975, elle n’était pas sa fille légitime mais fut élevée comme telle. Sa mère, née Marcelle Coquegniot, veuve de guerre [ou plus exactement femme d’un journaliste disparu pendant la bataille de la Marne donc empêchée légalement de mariage pendant dix ans], rédactrice à l’hôtel de ville de Paris, enceinte d’un de ses collègues, un expert-comptable (Bunle), avait rompu en réalisant son peu de fiabilité et avait noué une relation avec un autre rédacteur, le militant socialiste Jean Zyromski déterminé à reconnaître l’enfant et à se marier avec elle. Elle ne connut pas ce père biologique mais n’en souffrit pas, tant elle fut intégrée dans le couple fusionnel qui unissait sa mère, belle femme de caractère, et “Zyrom”. Elle avait une demi-sœur du premier mariage de sa mère, Raymonde Vaysset qui épousera Léon Boutbien.

Lily Bunle vécut place Jussieu puis dans une HBM de la porte d’Orléans. Elle fréquenta l’EPS Sophie Germain, passa le concours de l’École normale mais refusa d’intégrer et passa en candidate libre les deux baccalauréats mathématiques et philosophie. Elle s’inscrivit en faculté des Sciences mais la guerre mit à mal ses études. Sur les conseils de Zyromski, elle se rendit à Rennes et entra en classe préparatoire mathélem. À la première occasion, elle revint à Paris et refusa de suivre Zyromski et sa mère dans le Lot-et-Garonne. À Paris, elle participa à la vie clandestine des organisations trotskistes.

Dès l’âge de quatorze ans, membre active des Faucons rouges, elle avait participé à un séjour de deux semaines en Belgique, puis à des activités d’agit-prop dans la région de Dieppe. Elle se consacra ensuite à la vie d’une Auberge de jeunesse très active à Villeneuve-sur-Auvers (Seine-et-Oise, Essonne), fit un camp à Collioure et rencontra pour la première fois, à Avignon, Marcel Bleibtreu. Amélie connaissait depuis longtemps, dans le cadre des Faucons rouges, son frère René Bleibtreu. Elle devint l’amie de Marcel Bleibtreu dont elle partagea l’engagement politique pendant la guerre et à la Libération, dans le cadre du mouvement trotskiste. Ils se marièrent, à Paris, le 12 janvier 1946 et eurent trois enfants Jacques, Pierre et Françoise.

Après diverses activités salariales, elle choisit d’être institutrice puis professeure de collège. Syndicaliste du SNI, son militantisme à l’École Émancipée se ralentit lorsque le courant lambertiste domina la tendance dans la région parisienne. Elle y revint très activement dans l’après 1968, lors de la mise à l’écart des lambertistes. Elle fut membre de l’équipe responsable de l’École Émancipée avec Michel Bouvet, Martine Masot, Franz Rutten et Joseph Volovitch, “responsable national de la tendance”. Avec Volo, elle fut l’animatrice du local de l’École Émancipée 8 impasse Crozatier, Paris XII, lieu de réunions et de débats. Elle contribua à y fonder la librairie coopérative EDMP (Édition et diffusion de matériel pédagogique) et y créa une ambiance qui venait de son expérience des Auberges de jeunesse : convivialité, partage des tâches.

Notice tirée du Maitron

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Hommage lu lors des obsèques de Lily le 29 mars 2019

Lily nous a quitté·e·s alors que nous fêtions l’acquisition du local de l’impasse Crozatier. Local qui lui tenait tant à coeur et dont je veux croire, que malgré sa maladie elle avait compris que nous avions assuré sa pérennité et que ce combat-là nous l’avions gagné.

Sans Lily le local n’existerait pas, elle fut avec Volo à l’origine de la création de la librairie coopérative EDMP afin de pouvoir signer un bail commercial pour un grand local pour l’École Émancipée en remplacement de celui de la rue Sainte-Marthe. Elle a été gérante de l’EDMP jusqu’en 2006 et en a assuré la comptabilité jusqu’en 2016. Il y a encore trois ans elle maintenait les permanences du mercredi après-midi autour de thé et de ses gâteaux tout en se désolant du manque de passage des client·e·s et des camarades. Elle était encore avec nous lors de l’avant-dernière Assemblée générale des coopérateurs et coopératrices de l’EDMP.

Lily est une figure tutélaire de l’École Émancipée et de l’Émancipation. Même si on ne l’entendait pas souvent en AG, elle était là avec sa mémoire de l’histoire du mouvement ouvrier du fait de sa proximité avec “Zyrom”, militant socialiste son père adoptif, et Marcel Bleibtreu, militant trotskiste, son mari, avec qui elle avait en particulier milité pendant la guerre. Mais aussi la mémoire du militantisme au sein du SNI, de la FEN avant et après l’autonomie et de tous les combats révolutionnaires des années 1950 et 1960. Mais aussi dans les années 70 des luttes des LIP et du Larzac.

Nous nous souviendrons longtemps de ses récits sur son enfance chez les Faucons Rouges, sur son adolescence dans le mouvement des Auberges de jeunesse et sur les grandes grèves de l’après-guerre, en particulier celle de 1947.

Elle a été membre de l’équipe responsable de l’École Émancipée au début des années 1970. Elle a participé à l’ensemble des Semaines jusque dans les années 2000. Elle y animait la librairie avec son collectif et nous nous souviendrons longtemps de sa voix émouvante entonnant lors des repas laïques les chants révolutionnaires et de lutte. Elle était notre “cantinière” et nourrir plus de 80 personnes ne lui faisait pas peur lors des Collèges. Elle a initié plus d’un ou une d’entre nous à une cuisine militante mais pour autant raffinée.

Je sais que la scission de la tendance École Émancipée l’avait beaucoup attristée et que quelque part elle n’avait pas choisi continuant à cheminer avec les uns, les unes et les autres.

Elle fut une professeure de mathématiques très appréciée au CES de la rue d’Alésia et elle continua longtemps après sa retraite à prodiguer de l’aide aux jeunes un peu fâché·e·s avec les maths.

Tout en déplorant une situation politique et sociale de plus en plus noire, elle a continué à se tenir informée (elle était une grande lectrice de journaux), à en débattre avec tout ceux et celles qui venait la voir mais aussi à suivre les mobilisations et même les manifestations où nous la rencontrions et discutions toujours avec le même plaisir.

Adieu Lily. Sois assurée que nous allons continuer tes combats contre le capitalisme qui nous broie, contre toutes les injustices, pour la solidarité des peuples et l’émancipation, pour que vive la révolution permanente et que viennent les jours heureux et nous savons que tu seras –quelque part – à nos côtés.

Annick Champeau pour l’EDMP et l’Émancipation tendance intersyndicale