Solidarité avec la mobilisation en Algérie

mardi 28 mai 2019

Depuis le 22 février, la population algérienne manifeste par millions. Finalement, le 11 mars, Bouteflika renonce àbriguer un cinquième mandat. Il annule la tenue de l’élection présidentielle, programmant une “conférence nationale†et indiquant qu’il resterait encore un certain temps. Surgit alors dans les manifestions “Non aux prolongations†.

“On refuse toute déclaration étrangère…â€

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Mais le 12 mars àDjibouti, Macron apportait son soutien àla manÅ“uvre de Bouteflika : “Je salue la décision du président Bouteflika qui ouvre une nouvelle page dans le développement de la démocratie algérienne, en décidant la mise en place de cette conférence, en présentant un cadre transparent, et en indiquant qu’il ne se représenterait pas pour un nouveau mandat†. Et il appelait à“une transition d’une durée raisonnable†.

Le vendredi 15, en Algérie, àcôté des slogans “Non au mandat 4 +†, “Système dégage†, d’autres slogans dénoncent alors le soutien de Macron au régime : “Macron dégage !†, ainsi que  : “Macron, occupe-toi de tes Gilets jaunes, ça te suffit !†, “La France, 132 ans ça suffit, halte àl’ingérence !†; “L’Élysée, stop ! On est en 2019, pas en 1830†, date de la conquête de l’Algérie par la France. D’autres encore fustigent la collusion entre Paris et le pouvoir algérien. “Résistance àl’alternance désignée par la France†, pouvait-on lire sur une grande banderole. “Non àun système béni par la France !†, dénonçait une pancarte.

Et le 20 mars, répondant àl’historien Benjamin Stora, Macron précisait : “il y a des échanges qui sont constants pour essayer d’accompagner ce qui est une forme de transition†.

Le 2 avril, Bouteflika était contraint d’annoncer sa démission. Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian déclarait aussitôt :

“Le peuple algérien a montré ces dernières semaines, par une mobilisation continue, digne et pacifique, qu’il était déterminé àfaire entendre sa voix.

Nous sommes confiants dans la capacité de tous les Algériens àpoursuivre cette transition démocratique dans ce même esprit de calme et de responsabilité†.

Cette déclaration, àpeine publiée sur la page Facebook du ministère, provoque une série de réactions, dont celle-ci :“Vous n’avez aucun droit de parler de l’Algérie et de son peuple ! On refuse toute déclaration étrangère…†.

Car c’est tout ce “système†, soutenu par l’État français depuis des dizaines d’années, que la mobilisation algérienne veut dégager.

Ces ripostes de la population, de la jeunesse algériennes aux déclarations des États étrangers manifestent la conscience que le régime qu’ils combattent est soutenu par le gouvernement français, et aussi par les autres puissances.

“Rendez l’UGTA aux travailleursâ€

Les personnels de différentes entreprises et administrations reprennent les slogans “antisystème†, et expriment aussi des revendications socio-économiques. Ainsi, le 25 mars, dans plusieurs APC (communes), àAlger et dans d’autres villes éclatent des débrayages sur l’exigence : “Augmentez nos salaires†. Les journalistes de l’ENTV (Radio et Télévision publique) dénoncent la censure et réclament la liberté totale dans le traitement de l’actualité. La Fédération nationale des travailleurs des APC organise une marche nationale…

Le 26 mars, la fédération syndicale de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) de Tizi Ouzou (1) appelle àune marche et une grève générale, afin de réclamer le “départ du régime†. Elle exige aussi le départ d’Abdelmadjid Sidi Saïd, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), lequel soutient le régime. Puis le 17 avril, pour la deuxième fois, des centaines de syndicalistes se rassemblent àAlger devant la Maison du Peuple pour réclamer, ànouveau, le départ de Sidi Saïd. “Dégage !†, lisait-on sur les banderoles qui accusent le patron de l’UGTA d’avoir “trahi la confiance des travailleurs†.

D’autres banderoles affirmaient : “Oui pour une UGTA des travailleurs†, “Sidi Saïd ne nous représente pas†, ou encore “Rendez l’UGTA aux travailleurs†.

Certains ne veulent pas uniquement la tête de Sidi Saïd, affirmant que “toute la pyramide de l’UGTA, qui ne représente pas les travailleurs, doit partir†.

Et le Quotidien d’Oran précise :

“« C’est une journée historique, on n’a pas vu une mobilisation pareille depuis le 1er Mai 1990 » dira Djafi Ahmed, syndicaliste de la formation professionnelle, de la willaya de Tizi Ouzou. Et d’affirmer que les travailleurs, comme force productrice, doivent donner un contenu àcôté des jeunes et des étudiants, àcette révolution populaire. Et de préciser « qu’avec une UGTA libre et indépendante, on va les rappeler àl’ordre, pour un SNMG (2) qui préservera la dignité du travailleur », en évoquant le salaire de Sidi Saïd. Pour notre interlocuteur « l’échelle des valeurs est remise en cause dans ce pays, qui a des milliers de cadres, d’ingénieurs, techniciens supérieurs qui sont marginalisés ou qui perçoivent des salaires misérables  ». Il précise que l’UGTA doit être indépendante du patronat, de l’État, des partis politiques. « Elle doit être, exclusivement, au service des travailleurs  ». Et de poursuivre : « nous, syndicalistes, ne devons mettre dans nos têtes que ce principe qui doit être inscrit dans les statuts de l’UGTA, comme préambule et plus jamais de soutien accordé aux présidents ou aux gouvernements  ».†.

Dans la mobilisation politique pour en finir avec le “système†, avec l’État FLN, la question de se réapproprier leur syndicat devient donc essentielle. Il s’agit non pas de tourner le dos àl’outil syndical sur lequel la main mise de l’État FLN (3) s’exerce depuis longtemps, mais d’imposer son indépendance vis-à-vis de l’État afin de se rassembler sur un terrain de classe.

Quelle “solidarité†?

En France, àParis, àMarseille, àLyon et dans d’autres villes des milliers d’Algériens, d’Algériennes ou de Français d’origine algérienne manifestent leur soutien àla mobilisation populaire.

À l’heure qu’il est, le système n’a pas encore dégagé et manœuvre pour conserver le pouvoir. Il est nécessaire d’exprimer notre solidarité avec la mobilisation du peuple algérien contre le système. C’est une solidarité de classe qui doit s’exprimer (et non celle de “la France†en général ou du gouvernement français qui soutient les manœuvres du système). C’est en ce sens qu’Émancipation est intervenue lors du Cdfd de la FSU du Rhône, le 12 mars dernier. Ci-dessous, la motion finalement adoptée par la FSU Lyon-69 ce jour là, motion qui dénonce clairement le soutien du gouvernement français au régime.

Hélène Bertrand, 24 avril 2019

(1) ànoter que cette mobilisation a commencé en Kabylie, àTizi Ouzou, dans le fief syndical historique qui a propulsé Sidi Saïd àla tête de la centrale UGTA, il y a plus de 20 ans.

(2) SNMG : Salaire national minimum garanti.

(3) En 1962, l’État algérien constitué sur la base des accords d’Évian impose sa main mise sur l’UGTA.

Depuis plusieurs semaines, le peuple algérien se mobilise contre le 5e mandat et pour en finir avec “le système†, c’est-à-dire avec un système corrompu et antidémocratique permettant le pillage du pays par ceux que les Algériens appellent les “40 voleurs†. Contre ce “système†, dans toute l’Algérie se poursuivent des manifestations pacifiques tandis que se multiplient les appels àla grève.

Finalement, le lundi 11 mars, le gouvernement algérien a opéré un recul tactique, annonçant que Bouteflika ne se représenterait pas. C’est un premier succès pour le peuple algérien, mais qui ne règle pas l’essentiel : Bouteflika reste en place en attendant un futur changement de constitution, le “système†reste en place contrairement àce qu’exigent les manifestants.

Nous saluons cette mobilisation d’ores et déjàhistorique, apportons notre soutien àce combat de tout un peuple, un soutien àl’exigence réaffirmée aujourd’hui d’en finir avec le “système†et ses manœuvres, et un soutien tout particulier aux salariés qui agissent pour construire un syndicalisme indépendant de l’appareil d’État.

Par ailleurs, force est de constater que le gouvernement français, qui ne rate pas une occasion de critiquer certains gouvernements étrangers (Hongrie, Venezuela) a, par contre, préféré se taire quant àla situation ubuesque d’un gouvernement dirigé par l’ombre d’un président n’existant plus aux yeux des Algériens qu’au travers de ses portraits. Le gouvernement Macron a préféré soutenir “le processus électoral†et mettre l’accent sur le fait que l’Algérie serait un “pays clé en Afrique et en Méditerranée†. Puis Macron lui-même, s’est réjoui des décisions prises par le pouvoir algérien, confortant ainsi ce pouvoir et ses manœuvres.

Nous condamnons cette connivence.

Nous proposons que la FSU nationale apporte son plein soutien au peuple algérien dans son combat contre le “système†et pour ses droits démocratiques, qui incluent notamment les droits àune activité syndicale indépendante du pouvoir.


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