“Nous sommes les accoucheuses de liberté”

mardi 28 mai 2019

Le 13 avril, durant le rassemblement tenu à la Grand-Poste d’Alger, la police intervient avec brutalité, réprime et tabasse les manifestants. Parmi les personnes arrêtées, puis emmenés au commissariat de Baraki, à 30 km d’Alger, quatre femmes sont humiliées par les policiers.

Amel témoigne au quotidien El Watan  : “Nous étions quatre femmes, deux militantes du MDS et deux autres de RAJ. Les policiers nous ont fait entrer dans une pièce, l’une après l’autre. Quand je suis entrée, j’ai trouvé une femme en civil qui m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé etlui ai demandé sa carte professionnelle [de police]. Elle m’a répondu : « Laissez-moi faire mon travail ». Et quand j’ai résisté, elle a menacéd’appeler les autres policiers pour me dévêtir… Lorsque j’ai enlevé mes habits, elle m’a demandé d’écarter les jambes, avant de commencer, sans gants, à fouiller mes parties intimes”.

Déshabiller des Algériennes dans des postes de police est une pratique vieille de 60 ans minimum, de l’époque du colonialisme”, rappelle Le journal d’El Mouradia.

C’est un acte d’une violence impardonnable. Inqualifiable. Innommable. Vous n’êtes pas seulement la main de l’étranger, vous êtes les derniers fantômes de la colonisation. Les survivances de nos cauchemars… Vous êtes les enfants de Massu, de Bigeard… En déshabillant des jeunes filles de 20 ans, vous avez déshabillé une nouvelle fois Louise Ighilahriz. Vous déshabillez une dernière fois… Djamila Bouhired ”*.

Les propos de cette militante algérienne attestent de la profondeur de la mobilisation populaire en Algérie dans laquelle, majoritaires et de toutes les générations, dans une mixité inédite pour l’espace public algérien, les femmes revendiquent la filiation historique du combat libérateur qui a arraché l’indépendance.

On ne peut libérer un pays si on ne libère pas la femme”, clame une jeune femme : “Aujourd’hui, c’est un rendez-vous avec notre histoire combattante. Notre indépendance doit rimer avec liberté et démocratie. […]. Nous sommes les accoucheuses de liberté”.

Hélène Bertrand

* Djamila Bouhired, militante du FNL fut torturée par l’armée française, condamnée à mort en 1961, puis finalement libérée en 1962. Elle devint une figure iconique de la lutte pour l’indépendance. Louisette Ighilahriz, originaire de Kabylie, s’engage à 20 ans pour l’indépendance. Torturée par l’armée française en Algérie, puis envoyée dans plusieurs prisons françaises, elle a poursuivi différents combats politiques, notamment en témoignant des viols de masse utilisés comme moyen de torture par l’armée française.


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