Compétences et fabrique du consentement

Note de lecture
vendredi 28 juin 2019

En page 247, de la revue Illusio n°18 consacrée àl’Enfance (éditée par Le bord de l’eau, septembre 2018) dont nous avions fait écho dans L’émancipation n°06 de février 2019, l’article de R.Abauzit : "Qu’es tu devenu àl’école mon fils ?" est particulièrement éclairant sur les enjeux présents et àvenir pour l’école.

Il écrit alors qu’en France se met en place le “compte personnel d’activité†, clef de voute numérique d’une régression humaine qui va au delàd’un retour aux rapports sociaux du début du XIXe siècle, y résister rend nécessaire une double compréhension : celle de l’enchaînement et de l’étendue des changements l’ayant rendu possible et celle des ressorts d’une défaite sans luttes.

De la fabrique de la laisse électronique àla méthodique construction du “marché des travailleurs/euses†... sans oublier les enfants et leur traçabilité tout au long de leur vie, comment ce consentement a-t-il été possible ?

Première réponse : le chômage ; mais il ne peut expliquer l’étendue et la profondeur de l’inertie de l’ensemble de la société.

Trois autres facteurs au moins se sont conjugués pour étouffer les faibles résistances : un leurre social (VAE, “passeport formation†), un leurre pédagogique (notion de compétences dévoyée) et un leurre psychologique (évaluations, compétitions).

L’histoire de ce consentement dit le passage de la solidarité àla solitude.

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Résultat ? Les enfants nous raconteront leur journée ainsi : “aujourd’hui, j’ ai fini comme il faut, j’ai validé les cinq domaines et les dix huit compétences associées avec le niveau – réussi souvent – mais je n’ai pas « objectifs d’apprentissages dépassés », c’est trop dur ! Il y a quand même 374 compétences àvalider en cycle 2 et 453 en cycle 3. Au collège, je n’ai que 505 compétences àvalider... après au lycée, grosse pression, ils nous demandent de commencer notre CV avec « folios  »... et avec Parcoursup, c’est galère, j’ai plein de copains bacheliers qui n’ont même pas pu s’inscrire àl’Université, ils avaient pourtant validé toutes les compétences dans le LSUN, depuis la maternelle !†.

Dans ce monde là, l’individu est “àvendre†, seul

Richard Abauzit aurait pu évoquer davantage le positionnement sans faille de Sud éducation et le combat tenace du réseau des désobéisseurs, en 2008 et durant les années suivantes, qui, refusant le fichage des enfants (renseigner Base-élèves) ont résisté sur cette question car consentir àficher est contraire àl’éthique de notre métier : “ça ne passera pas par nous†.

Hélas, nous n’avons pas été assez nombreux/ses et les positionnements de syndicats “majoritaires†ont pesé.

Nous n’avons pas pu arrêter le rouleau compresseur, enrayer cette mécanique infernale du fichage, du contrôle que nous avions dévoilé, il y a dix ans.

La répression des enseignant·e·s - directeurs/trices d’école “désobéisseurs†avait été au rendez vous.

Répression qui est clairement programmée, déjà“en marche†avec les funestes projets du gouvernement Macron concernant l’école.

Les luttes en cours auront-elles suffisamment de force pour fêler la “fabrique du consentement†?

Arrêter de collaborer, massivement, àce qui n’est pas l’éthique de notre métier, en est la condition !

Emmanuelle Lefevre


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