Coopérer pour développer la citoyenneté : la classe coopérative

dimanche 12 novembre 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°3 de novembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

La classe coopérative

Coopérer pour développer la citoyenneté

Ce livre de Jean Le Gal réédité par ICEM, est une recherche menée autour d’une éducation à la citoyenneté active et responsable qui implique la mise en place d’une pédagogie de la liberté, de la solidarité et des droits de l’enfant. Nous reproduisons dans ce numéro l’introduction de Thyde Rosell.

Ce manuel de savoir-vivre à l’usage des enseignants et des élèves est à remettre entre toutes les mains : profs, instits, conseillers d’éducation, pions, élèves, parents, etc. Jean Le Gal photographie l’organisation d’une classe coopérative, organise la mise en situation, conseille, outille le néophyte.

La coopération est le fait de tous
Chacun débute, tâtonne, doute du bien-fondé de l’organisation coopérative, démocratique ou d’espaces de paroles et de libertés qu’il souhaiterait créer dans la classe. Et bien, cet ouvrage s’adresse à tous ceux et toutes celles qui ont à cœur de se lancer dans l’innovation et qui n’osent pas. La démocratie directe, l’expression plurielle, la confiance mutuelle, l’autonomie de la personne font partie du projet pédagogique.

Ce n’est pas un plus, une énième leçon d’éducation civique mais le sens même de l’éducation scolaire. Partant du principe que l’autogestion, la coopération, la citoyenneté organisent les droits fondamentaux des enfants en matière d’expressions, de pouvoirs, d’éducation, Jean Le Gal s’appuie sur les textes officiels, la Convention internationale des droits de l’enfant , pour sortir la coopération scolaire de la sphère confidentielle où elle est confinée depuis des lustres.

C’est à la fois un avantage (tout le monde peut coopérer) et un inconvénient (cette confidentialité découle d’une stratification autoritaire du système éducatif). L’implicite de cette démarche est intéressant à plus d’un titre :
- Il ne faut pas être le roi de la pédagogie militante,
- La coopération est un mouvement formateur et non un objectif,
- Le politique prime sur la technique,
- Les espaces coopératifs s’organisent sphériquement et peuvent donc être créés par tous et pas seulement par une poignée d’enseignants travaillant dans des écoles expérimentales.

L’éducation prime sur la retransmission des savoirs
La classe coopérative est un espace de vies, de projets, d’actions, qui donnent sens à la personne dans l’établissement scolaire et structure les cognitions. Jean Le Gal ignore ainsi le débat bloquant de fait toute initiative entre éducation et instruction, jette aux poubelles de l’histoire la coopération comme remède miracle aux malaises sociétaux, pense que même dans un système éducatif figé, un consensus autour de la citoyenneté peut se créer entre tous les partenaires éducatifs.

Cette présentation simple de la coopération ne hérissera pas le débutant, l’apolitique, le stagiaire IUFM. Elle oublie néanmoins d’énoncer que la coopération n’est pas une technique supplémentaire au maintien de la paix sociale ou un outil efficace de lutte contre l’échec scolaire mais une philosophie personnelle de vie.

L’enseignant coopérateur a pour objectif de construire une société de justice sociale, d’amoindrir les effets des différenciations culturelles et sociales et d’aider l’enfant à devenir un acteur social. Sans cet objectif, il ne donne sens à cette vie coopérative. Et c’est parce que ce regard sur la société n’est pas neutre que la coopération prime sur la didactique.

Une pédagogie du tâtonnement expérimental, de la libre expression, de l’ouverture au monde découle d’une pratique de vie collective et non l’inverse car elle prend sens dans la construction du sujet social découlant de la coopération scolaire. Toutes les méthodes actives appliquées ces dernières années n’ont pas de prise sur les rapports sociaux au sein des établissements scolaires et transforment ainsi la personne en objet subissant de fait les projets élaborés par l’autre, l’adulte, l’institution, ceux qui savent.

Un préalable à l’instruction : l’égalité sociale des personnes
Cette égalité de personnes coordonne les différences, nomme l’enseignant comme garant de la bonne application de lois érigées par la collectivité et accepte de fait le principe de réalité qui cadre tout contrat social. Ce postulat de départ permet toutes les initiatives élargies à l’ensemble du groupe scolaire mais peut également créer un tissu coopératif partiel. Le principal ne résidant pas dans la totalité mais bien dans la créativité mise ainsi en mouvement, elle ouvre des perspectives de débats et non de simples confrontations.

Les contradictions entre les différences statutaires, pédagogiques d’un établissement scolaire ne sont pas inéluctables ou inaliénables. Une seule personne créatrice d’espace social égalitaire : (un pion, un prof, un animateur) au cours d’une période donnée peut briser le joug de l’infantilisation, de l’assujettissement des personnes apprenantes ou éduquées : l’ordre social actuel n’est plus inéluctable. Un entre-deux où chacun est responsable à sa place du fonctionnement collectif casse avec un ordre établi vécu comme injuste par les enseignants ou les élèves.

Au primaire et ailleurs
En contextualisant les situations coopératives décrites par Jean Le Gal à notre espace professionnel, cette citoyenneté active n’appartient plus aux limbes de l’histoire nationale. Elle fonde un système relationnel capable de s’adapter aux personnes et aux situations. Abandonner la citoyenneté aux tenants d’une morale républicaine se satisfaisant d’un vague discours sur… La Déclaration universelle des droits de l’homme, revient à en vider tout le contenu social.

La citoyenneté ne s’apprend pas : elle se vit, elle s’expérimente. Penser qu’elle appartient aux cinglés de l’expérimentation, de l’éducation alternative sous prétexte qu’ils ont loisir de… revient à cautionner les différentiations d’autonomie entre majeurs/mineurs, ceux qui savent/ceux qui doivent apprendre avant d’agir.

L’immobilisme, le particularisme, l’attente de grandes réformes avant de s’engager sont les meilleurs garants de l’inégalité scolaire en terme de rapports sociaux dans les établissements. Le peu que nous pouvons mettre en actes permet de casser avec cette spirale de l’attentisme.

Même si nous ne sommes pas responsables collectivement des dysfonctionnements structurels, des inégalités sociales ou scolaires, chacun et chacune participe à leur pérennisation en termes de reproduction, de consensus, de silences. Ce bouquin que l’on glisse dans une poche pour lire dans le métro ou quand on a un moment a le mérite d’être exclusivement pragmatique : nous n’avons qu’à relever nos manches et puis y aller. Chiche !

Thyde ROSELL

Coopérer pour développer la citoyenneté La classe coopérative de Jean Le Gal, Editions ICEM, Pratique Recherches, 2006, prix : 5€ mèl/ editions-icem@wanadoo.fr Tél : 02 40 89 47 50.