Syndicalisme étudiant en 2006 - un exemple de lutte

mardi 5 décembre 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°4 de décembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

LUTTES ETUDIANTES

Syndicalisme étudiant en 2006

Au fil des créations, fusions, scissions, le syndicalisme étudiant se répartit en organisations de lutte (qui tendent à s’associer voire fusionner), mais aussi d’accompagnement, sans oublier les corporations et les secteurs qui commencent à s’organiser et lutter plus spécifiquement.

On peut ainsi schématiquement distinguer plusieurs courants dans le syndicalisme étudiant aujourd’hui …

Syndicats et coordinations de lutte
Multiples, ils et elles tendent à se coordonner, voire fusionner. La réunion du samedi 18 novembre à l’EDMP, à laquelle Emancipation participa, prépare des mobilisations communes, à l’appel aussi d’AG étudiantes comme celle du 16 novembre à l’Université Rennes 2.

Certains proviennent des UNEF (SE "Solidarité Etudiante" et ID "Indépendante et démocratique"). Ainsi la FSE-SE !, issue d’une fusion entre la Fédération Syndicale Etudiante et Solidarité Etudiante, qui a participé à la Semaine de l’Emancipation, rallie cette année de nouvelles sections locales (à Grenoble, Amiens et bientôt Aix…), rassemble diverses sensibilités, est notamment attachée à la laïcité, à la lutte des classes, au rôle d’un syndicalisme au service des mobilisations et de la démocratie dans les luttes.

Ainsi l’A.G.E.N. de l’Université de Paris 10 Nanterre, dont les luttes sont axées notamment sur les conditions sociales de vie étudiante (dans les cités Universitaires, etc…), les solidarités internationales, une jonction entre les mouvements de jeunesse et les mouvements d’étudiantEs, liens avec leur environnement, quartiers, lycées…).

Ainsi les quarante militantEs de la TTE -Tendance Tous Ensemble- excluEs par la direction de l’UNEF, notamment pour avoir défendu des positions trop radicales (?!) pendant les mobilisations étudiantes contre la précarité et la LEC (baptisées de manière réductrice "anti-CPE" par les médias et certains appareils syndicaux).

D’autres sont liés soit à la CNT (CNT-SR Supérieur-Recherche, auparavant CNT-FAU). soit à SUD (syndicats SUD-Etudiant : au moins 36 dont j’ai les courriels).

Des coordinations sont encore vivantes comme celles des universités de Rennes 2, d’Aix, de Strasbourg, de Poitiers, parfois déclarées comme associations… La répression frappe des militants des mobilisations d’étudiantEs.

Cette dispersion formelle n’empêche pas, au contraire, une volonté d’unité dans les luttes, face aux contre-réformes libérales (de Lang-Ferry, et maintenant de "professionnalisation-patronalisation" des formations universitaires) préparées et appliquées en alternance par les libéraux et socio-libéraux. D’où l’appel à des mobilisations d’AG de Rennes 2 (voir ci-contre), d’où la réunion de concertation du 18 novembre à l’EDMP…

Syndicats "d’accompagnement"
Ce n’est pas par hasard si les médias de masse les ont privilégié, en ne parlant que d’un seul des objectifs des luttes étudiantes, baptisées par eux "anti-CPE".

La Confédération Etudiante CE, pratiquement absente des luttes sur le terrain, proche de la CFDT Notat-Chérèque, chouchoutée à la télévision, s’empressa d’appeler sur l’antenne à l’arrêt des mouvements dès la suspension du CPE, et du seul CPE ! La CE provient d’une scission de l’UNEF, d’une tendance qui déplorait les déclarations trop tonitruantes de l’appareil de l’UNEF.

L’UNEF
Dans les années 60 (guerre d’Algérie, mai 68,...), c’était un syndicat important (forte syndicalisation alors), de lutte, mobilisateur. Gloire hélas passée !

Issue d’un ralliement difficile à l’UNEF-ID (proche PS etc…) de l’UNEF-SE (refus par un congrès, rebelote, passage en force lors d’un 2ème congrès national, au prix de scissions), l’UNEF actuelle est le moins petit des syndicats étudiants : sections dans la plupart des universités, élus dans les conseils (autour de 10% de votants), les CROUS, le CNESER. Elle dispose d’appuis (interlocuteur exclusif de la direction bitendancielle du SNESup-FSU), d’une reconnaissance institutionnelle (vice-présidents d’Universités, ... télévision, ...). Son président est proche de Fabius dans le PS.

En 2006, contrairement aux années précédentes, l’UNEF n’a pas réussi à prendre le contrôle des coordinations nationales étudiantes (de plus en plus d’AG locales ont veillé à élire elles-mêmes leurs déléguéEs). Le 24 juillet 2006, la direction de l’UNEF a suspendu quarante militantEs trop radicaux de la TTE Tendance Tous Ensemble puis les a excluEs en septembre 2006.

Syndicalismes naissants
Dans les IFSI (Instituts de Formation en Soins Infirmiers), des mobilisations récentes ont eu lieu autour de la FNESI Fédération Nationale des EtudiantEs en Soins Infirmiers : non-équivalence du diplôme d’infirmierE, à bac+3, avec la licence, coûts des formations, situation sociale difficile des élèves infirmiers, conditions d’études,… etc…

Des mobilisations aussi des futur(E)s "sage-femmes", … mais aussi d’étudiantEs d’autres formations.

Corporations
Dans les élections universitaires apparaissent des listes d’établissements ou formations spécifiques. Des revendications spécifiques, par exemple d’étudiantEs en Arts Plastiques en AG et grèves, manifestant localement pour exiger des conditions d’études satisfaisantes, le respect des maquettes de formation (enseignements supprimés par économie …), … etc…

Cet éclatement d’actions permet au ministère de les recevoir séparément, de faire des promesses au coup par coup.

Il existe aussi des organisations proches du pouvoir actuel, comme l’UNI, … La télévision a privilégié deux vedettes, et déformé les revendications du mouvement étudiant.

Henri AMADEI

Un exemple de lutte : l’université de Lettres d’Aix-en-Provence

Nous sommes le 16 janvier 2006. Le premier ministre Dominique de Villepin annonce le projet de Loi d’Égalité des Chances (LEC), comprenant dans son article 8 la création du Contrat Première Embauche (CPE). Les premiers à réagir sur la fac de lettres d’Aix-en-Provence sont les organisations syndicales et politiques (Unef, Sud-Etudiant, LCR, UEC, AL…) qui commencent le travail d’information, mais chacune de leurs cotés.

Très vite, des Assemblées Générales régulières s’organisent sur la fac, et aboutit à la création d’un collectif unitaire : la Coordination Étudiante. La mobilisation est alors, tant dans les Assemblées Générales que dans les premières manifestations molle, les étudiants d’Aix étant dans l’ensemble peu politisés.

L’organisation de la lutte
La participation aux coordinations nationales se fait premièrement part l’envoi d’observateurs, jusqu’au jour du vote du blocage. Le 28 février l’A.G. vote un barrage filtrant qui réunira plus de 600 personnes le lendemain et permit le vote reconductible du blocage et de la grève.

Les assemblées deviennent de plus en plus massives. Les militants s’organisent en commissions de travail. L’occupation s’impose d’elle-même. Et petit à petit, les journées militantes s‘intensifient : réunions de coordination, Assemblées Générales, rédactions et diffusion de tracts, journées d’actions, intersyndicales, organisation de concerts… Au fil de l’actualité la ferveur s’accroît et les relations avec les medias s’enveniment. Une commission journal crée un journal alternatif : La Sentinelle . Nous essayons d’investir la ville par le biais de débats publics.

L’extension de la mobilisation
La mobilisation étudiante, a entraîné celle des personnels universitaires (grève d’un mois et demi), des lycéens (5/6 de bloqués) et des citoyens aixois…

En 7 semaines de grève nous avons bloqué les autoroutes, la gare routière, le périphérique, occupé la mairie, déménagé le local UMP dans la rue et fait beaucoup d’opérations péage gratuit.

Et c’est avec fierté que le week-end du 25 et 26 Mars, nous avons accueilli la coordination nationale à Aix-en-Provence.

Après le retrait du CPE
Après l’annonce du retrait-remplacement du CPE par M Chirac, l’Assemblée Générale du 12 Avril à reconduit le blocage jusqu’à la fin de vacances, le 2 Mai. Cependant, des violences ont éclaté de la part des antibloqueurs sous l’œil approbateur de la présidence de l’université. Celle-ci décrétera ainsi illégitimement la fin du blocage et de l’occupation la veille des vacances. Pour éviter des arrestations inutiles, la coordination étudiante a voté (absurdement) le report de l’occupation et de la grève à la rentrée scolaire. Certains non encartés ont occupé un lieu en cité universitaire qui a permis de continuer l’organisation et le partage d’informations.

L’Assemblée Générale de rentrée n’a pas reconduit le blocage, ni la grève. Avant les vacances d’été, la coordination s’est mobilisée contre les faux débats Université-emploi en essayant de les faire annuler. Après un premier succès, la seconde action s’est soldée par l’arrestation d’un militant. Le soutien à sa comparution immédiate fut exemplaire, mais se conclut par un guet-apens conduisant à l’arrestation de trois autres militants à l’intérieur même du tribunal de grande instance. Le 10 Novembre ils ont été condamnés à des peines de prison avec sursis et de très lourdes amendes.

Le collectif unitaire s’est effrité petit à petit, jusqu’à être formé par un noyau dur d’un quinzaine de personnes. Mais leur motivation fait qu’aujourd’hui la coordination étudiante continue à informer, à éditer la Sentinelle et surtout, à organiser des Assemblées Générales.

Depuis quelques jours, une mobilisation unitaire s’organise entre les étudiants mais aussi avec les personnels, sur le thème de la privatisation des universités (Hetzel, PRES, Goulart …).

La Coordination étudiante
d’Aix-en-Provence