Revue Emancipation n°8 (mai 2007) : l’edito

mercredi 23 mai 2007
par  QD, Administrateur

Le capitalisme investit Sarkozy...
Construisons la résistance et l’alternative de classe,
Dans les syndicats, comme dans les quartiers !

La Cinquième "République" a -une fois de plus- servi de marchepied pour la Droite sortante qui espère bien disposer des pleins pouvoirs à l’issue des législatives pour passer à la vitesse supérieure en matière de casse des acquis sociaux, pour le plus grand profit du système capitaliste. Si on en est arrivé là c’est au moins autant à cause du vide politique en face de Sarkozy, que de ses surenchères réactionnaires et démagogiques, amplifiées par des médias captifs. Les directions syndicales, pourtant les plus à même de dénoncer et de combattre la casse des services publics et des statuts poursuivie par la droite pendant la campagne, ont fait le choix de l’attentisme et du questionnement des candidats, les présentant sur un pied d’égalité. Les collectifs de la gauche antilibérale n’ont pas pu insuffler une dynamique équivalente à celle du "NON" au TCE, parce qu’ils se sont le plus souvent cantonnés à l’électoralisme et ont de ce fait pâti des logiques d’appareil, d’abord de la LCR, puis du PCF. Du coup l’équipe de Royal a pensé avoir plus à gagner en menant une campagne droitière (correspondant par ailleurs aux pratiques du PS quand il était au gouvernement). Sarkozy a eu d’autant plus les coudées franches pour mener une campagne au plus près des thèses de l’extrême droite. Et le détournement de symboles de gauche ou le débauchage de renégats (1) ne doivent abuser personne : la période qui s’ouvre va être des plus difficiles et il est urgent de voir comment on peut résister tout en construisant l’alternative sociale et politique que la gauche gouvernementale et les directions syndicales "réformistes" se montrent incapables de défendre.

Sarkozy est là pour mener la politique de toute la droite, même la plus extrême
Le seul bilan du candidat de l’UMP, sécuritaire, xénophobe et répressif, ainsi que sa soif de pouvoir pathologique… auraient dû suffire à écarter cet individu diviseur et liberticide. Mais la campagne lui a permis de donner toute la mesure de ses dérives populistes de plus en plus marquées à l’extrême droite : de la réécriture de l’histoire de 68 comme de celle du colonialisme au révisionnisme génétique, en passant par le ministère de l’identité nationale et de l’immigration, et le retour du religieux pour calmer les masses. Sarkozy a ainsi construit le projet politique la plus réactionnaire de l’après-guerre, inspirée à la fois par Bush, Reagan et Thatcher, par Berlusconi, quand ce n’est pas par le fasciste Fini, par la droite radicale et cléricale américaine voire même par certains aspects du pétainisme… Si Sarkozy a bien siphonné une bonne partie des voix du Front National, comme il s’en vante, il en a aussi siphonné une bonne partie de l’idéologie. Les positions du FN accèdent ainsi plus sûrement au pouvoir qu’avec Le Pen.

Jamais, la démolition de tout ce qui rappelle le progrès social n’aura été si clairement annoncée
Depuis son élection, Sarkozy démontre sans vergogne et avec la morgue du parvenu, que le patronat et les milieux d’affaire sont les maîtres du pays (2). Jamais pouvoir n’avait oser se doter d’une feuille de route si explicite : précipiter, avec l’aide du MEDEF, la démolition de tout ce qui reste d’avancées sociales, en amplifiant sans perdre une minute l’offensive déjà engagée avant et pendant les élections : l’ensemble des services publics sont dans le collimateur, à commencer par leurs personnels, comme le confirme l’absorption du ministère de la fonction publique par Bercy.

Mais l’éducation et les politiques en direction de la jeunesse sont particulièrement dans l’œil du cyclone. Rien qu’avec les engagements du candidat Sarkozy, et avec les édifiantes cogitations du ministre de l’Éducation Darcos (3) ou les surprises de dernière minute, comme le service minimum dans l’éducation, on se demande ce qu’il pourra rester de l’école publique laïque si on les laisse faire.

Avec ce régime, on ne discute pas, on construit le rapport de force unitaire
Les directions syndicales, confrontées à la mise à mort annoncée de tout ce qu’elles disent défendre, refusent d’appeler à l’action immédiate. Excluant toute idée de "troisième tour social", elles se rendent en rang d’oignon aux "discussions" avec le nouveau pouvoir. La FSU, quant à elle, passe son temps à déplorer ne pas avoir été invitée. Peut-être convient-il de rappeler qu’en 58, la FEN, alors fédération unitaire de l’Éducation Nationale, avait appelé à la grève contre le coup de force de De Gaulle, lorsqu’il a crée les institutions de la Vème République au service de son pouvoir personnel. Et à présent que Sarkozy se moule dans ces institutions pour exercer le pouvoir le plus despotique et le plus ravageur, avec en plus tous les emprunts qu’il faudra à l’idéologie fasciste, les directions syndicales iraient discuter sans le moindre rapport de force de la meilleure manière de démanteler le droit de grève et les services publics ?!

La direction du SNES n’a pas répondu à la demande de remettre sur pied l’intersyndicale second degré contre le décret sur les statuts et prétend nous refaire le coup de l’installation de Robien lorsqu’il a remplacé Fillon, suite à la victoire du "Non" au Traité Constitutionnel Européen (4). Il y a une certaine folie à demander à Sarkozy de tenir ses engagements de revenir sur le décret Robien … au moment où il n’est question que de travailler plus (23 au lieu de 18 h ?) ou de service minimum en cas de grève… Les limites de ce syndicalisme qui ne vit que de la gestion des marges concédées par le système deviennent criantes quand ces marges ne sont même plus des miettes. Elles mettent en valeur la vacuité de la course à la reconnaissance, au dialogue social ou aux fuites en avant du type de l’adhésion à la CSI, autant d’impasses qui nous ont fait perdre beaucoup de temps par rapport à l’urgence de résister et d’imposer une alternative crédible à la Sarkosysation de la société.

L’urgence est donc à la mobilisation immédiate comme l’ont fait des milliers de personnes, partout en France dès le 6 mai, comme y appellent l’AG étudiante de Tolbiac et les organisations de jeunes (voir ci-contre). Un bref retour sur les luttes qui ont conduit aux acquis du monde du travail et aux avancées idéologiques, montre que celles-ci ont le plus souvent combiné luttes du mouvement ouvrier et syndical, lutte pour les libertés et contre l’extrême droite fasciste, et mobilisation de la jeunesse à la pointe du mouvement social. La dernière mobilisation du CPE, partiellement victorieuse, a montré l’importance de ces trois composantes. C’est donc sur ces trois plans que l’on peut déployer une alternative de classe, et cesser d’accumuler les défaites face au capitalisme financier et à l’idéologie néolibérale :
- la jeunesse étudiante et lycéenne qui d’ores et déjà se mobilise contre la sélection et l’augmentation des droits de scolarité et qui a montré ses capacités à organiser démocratiquement les luttes avec les comités de grève, les coordinations nationales… : elle doit être soutenue et tout doit être fait pour associer la jeunesse des cités, scolarisée ou non.
- les structures de solidarité contre les atteintes aux libertés, contre la fascisation de la société et des esprits, contre toutes les formes de répression et de discrimination, qu’il faut développer partout (quartiers, entreprises, établissements…).
- le syndicalisme qu’il faut à la fois renforcer et réorienter vers un syndicalisme de lutte de classe, en travaillant concrètement à l’unification des revendications et des structures, en lui faisant rejoindre la lutte de la jeunesse avec le même niveau de détermination et les mêmes formes d’organisation des luttes, et en combattant les illusions qu’on peut encore dégager des marges dans le système capitaliste.

Du fait de ses besoins indéfinis de profit, et du désastre écologique qu’il représente, ce système est très instable. Mais il ne s’écroulera pas tout seul. Aidons-le !

Sarkozy veut faire oublier 68 :
retrouvons l’esprit
et les pratiques de Mai !

Collège national d’Émancipation
13 Mai 2007

(1) Qui vont à la soupe en se débarrassant de leurs oripeaux "de gôche" pour rejoindre leur camp naturel, Allègre en tête.
(2) A commencer par les copains comme Bolloré qui prospèrent grâce à des contrats d’État et à l’exploitation néocoloniale de la "Françafrique".
(3) Voir le Rapport sur la situation morale et matérielle des professeurs en France mais aussi le blog de cet inspecteur général qui a déjà sévi en 2003, dans l’ombre de Ferry.
(4) Il ne fallait pas se mobiliser en juin pour laisser le temps de mettre en actes ses bonnes dispositions apparentes,… Et ça a été, en septembre, la publication des décrets d’application de la loi Fillon !


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