La crise d’ATTAC expliquée àmes enfants (partie 2)

mercredi 7 février 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°5 de janvier 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue àcet endroit)

Altermondialisme


ATTAC expliqué àmes enfants (suite et fin)
Les trois moments successifs de la crise d’ATTAC


Comprendre pleinement la crise récente d’ATTAC impose de prendre du recul, et revenir en arrière àl’époque des premières années d’ATTAC. Car même lorsqu’elle semblait au faîte de sa crédibilité et de sa force, l’association vivait déjàune grave crise, toujours niée et autocensurée, qui ne pouvait mener qu’aux fragilités qu’on constate aujourd’hui. Prenons le temps de faire ce diagnostic, car cette enquête, malgré sa tristesse indéniable, est aussi très instructive, et pourra servir àtout autre expérience militante.


On pourrait je crois repérer trois moments successifs d’ATTAC : son lancement en 1998-1999, sa croissance triomphale jusqu’au référendum européen de 2005, et la décadence accélérée de mai 2005 ànos jours.


Un anticapitalisme débarbouillé des présupposés idéologiques
En ce qui concerne la fondation d’ATTAC, elle fut préparée en petit comité. Il se trouve que j’en ai été témoin direct, participant àplusieurs réunions de travail en 1998 au siège du Monde Diplomatique , invité par Ignacio Ramonet, en tant qu’animateur de l’association Nantes Est Une Fête, qui avait lancé devant la Bourse de Paris, l’année précédente, le premier "Réveillon du 1er mai" anticapitaliste pour la taxe Tobin et contre les paradis fiscaux.

Dès ces premières réunions, nous avons constaté que ce mouvement ATTAC resterait une chasse gardée de ses fondateurs. Mais l’espoir était au rendez-vous de l’année 1998 : l’objectif fondateur d’ATTAC, une sorte d’anticapitalisme en acte, débarbouillé de tout présupposé idéologique, allait entraîner l’adhésion enthousiaste de dizaines de milliers d’adhérents, et l’éclosion de dizaines de comités locaux, n’attendant même pas l’autorisation d’en haut pour se constituer librement. La demande de nouveauté militante, la soif de concret étaient fortes.

Je me souviens qu’àce moment, je me battais pour la perspective d’un nouveau mouvement de masse anticapitaliste moderne, une sorte de syndicalisme de citoyens, àla fois d’action directe appropriatrice et d’élaboration législative alternative, qui défendrait la démocratie en désarmant les mouvements financiers. Dépassant le clivage souvent artificiel entre réformistes et radicaux, ce mouvement aurait pu s’inspirer du paradigme fondateur de deux expériences émancipatrices concrètes de l’histoire du XXème siècle : l’anticolonialisme, notamment en Inde, et en Occident le mouvement des femmes des années 1970 pour le droit àl’avortement et àla contraception, avec leurs expériences de désobéissance civile, d’éducation populaire et de revendication législative précise. Ces deux paradigmes montraient comment concevoir un mouvement qui soit dangereux pour l’adversaire de classe, qui puisse arracher (enfin !) des victoires anticapitalistes qui s’inscriraient dans le droit "bourgeois" national ou supranational : des conquêtes partielles mais décisives, comme cette fiscalité anti-spéculative de type Tobin (visant àéradiquer définitivement certains types de flux financiers prédateurs hyperspécultatifs), qui étaient tout àfait compatible avec un gradualisme révolutionnaire.


De l’occupationnel militant de diversion
Or curieusement, cette conception de la taxe Tobin n’avait aucun défenseur, ni àl’extrême-gauche qui croyait y voir un simple aménagement inoffensif du capitalisme, ni chez Jospin qui préféra perdre la présidentielle plutôt que de se risquer sur ce terrain, croyant avoir paré àl’avenir en corrompant ATTAC sous une pluie de subventions, àcondition qu’elle se désintéresse enfin de cette satanée taxe Tobin, essentiellement incompatible avec l’ordre bruxellois, tant qu’un rapport de force populaire ne l’eà»t imposée. Or, se désintéresser de la taxe Tobin, c’est ce que fit ATTAC très rapidement, sous la houlette de ses managers trotskystes omniprésents par le biais des casquettes de permanents syndicaux et associatifs (SUD, FSU, AC !, CGT, Forums sociaux, etc), qui surent inventer vite de l’"occupationnel" inoffensif pour divertir les militants vers des échéances sans véritables enjeux.

C’est ainsi qu’on vit plusieurs années durant, ATTAC se consacrer exclusivement àla monoculture du tourisme militant : sommets et contre-sommets de Nice, de Gênes, de Seattle..., Forum sociaux de Porto Alegre, de Bombay, etc. Ainsi, l’action concrète àATTAC était réservée de fait àla petite minorité qui possédait le capital économique ou culturel, et la disponibilité, pour pouvoir se déplacer àl’étranger, tandis que la masse des autres en était réduite àapplaudir, àcotiser et àcommenter longuement. Curieux comme ces dirigeants "antilibéraux" savent si bien utiliser les discriminations libérales pour asseoir leur confiscation du mouvement populaire.


Des occasions manquées
Pour avoir tenté opiniâtrement de proposer d’autres perspectives àATTAC, que les comités locaux auraient pu s’approprier, je me souviens avec quelle hargne et mauvaise foi nous avons toujours été rudoyés par l’appareil ATTAC. Que d’occasions manquées ! Le réveillon du 1er mai devant la Bourse ? Il fut inexplicablement boudé par la direction d’ATTAC durant sept longues années. Des référendums "bis" d’initiative populaire en juin 2002 ? Interdits in extremis par oukase parisien. Les rassemblements anti-paradis fiscaux si créatifs de Saint-Malo/Jersey et d’Andorre ? Ils furent sabotés méthodiquement par le sommet, la direction parisienne d’ATTAC allant jusqu’àfixer le même jour une grande procession unitaire ATTTAC-LO-LCR-PCF au prétexte des licenciements chez LU. La tentative nantaise d’une manifestation itinérante festive d’action directe sur les portes des permanences de députés et sénateurs, afin de les interpeller vigoureusement ? On fit tout pour empêcher de l’expérimenter àNantes. Quand elle eu lieu malgré tout, avec un beau succès, les initiateurs furent victimes d’un surprenant procès organisé par un permanent syndical trotskyste, allant jusqu’àl’intimidation physique. La même expérience survint àdes militants savoyards qui avaient eu l’immense tort d’organiser, sans demander la permission àla direction parisienne, une manifestation nocturne avec ATTAC Suisse devant le siège de l’OMC àGenève. Bref, l’atmosphère devint vite irrespirable. Plus tard, il y eut bien l’Appel des vétérans de la Résistance antifasciste proclamé le 8 mars 2004 (un texte admirable, sous forme de testament adressé aux jeunes d’aujourd’hui, d’appel àla révolte), mais les membres fondateurs d’ATTAC firent tout leur possible pour ruiner ce projet d’éducation populaire, et le président Jacques Nikonoff finit par y renoncer très vite.


Le NON au TCE au moment exceptionnel
Cependant, le même Nikonoff devait avoir plus tard l’intuition de soumettre àréférendum interne la décision d’appeler àvoter Non au référendum européen (malgré les réticences des fondateurs qui pour la plupart, on ne le dit pas assez, n’étaient pas "nonistes"). Il en résulta en 2005 un moment exceptionnel d’activité créatrice et coordonnée des comités locaux ATTAC, tous arc-boutés sur un même objectif simultané, clairement désigné et gagnable. Enfin ! C’était donc possible... Mais malheureusement, cet énorme précédent pour ATTAC, "on" devait le faire payer cher àune association devenue dangereuse. Trop de pouvoirs avaient été bousculés par cette victoire du Non : les médias, les partis ouistes et les pouvoirs économiques, bien entendu, mais aussi la traditionnelle gauche anti-européenne, LCR ou PCF, qui prêchait le Non àcondition qu’il soit confortablement battu comme d’habitude et sans aucune surprise dérangeante. Dès le soir même du dimanche 29 mai 2005, la présidence d’ATTAC faisait l’objet d’une attaque brutale contre son "style de direction", attaque féroce qui ne devait plus s’arrêter jusqu’àaujourd’hui, avec le résultat que l’on sait.


Une épuration massive d’adhérents
Comment tout cela a été possible ? D’abord parce que 30 à50000 adhérents d’ATTAC ont silencieusement quitté les groupes ATTAC dès les premières années, quand ils ont vu qu’on s’écartait de l’objectif de départ de désarmer les pouvoirs financiers, et que s’installaient partout àla tête d’ATTAC les éternels figures de militants qui s’ennuient tellement agréablement en réunion qu’il leur en faut une par soir, àcondition qu’elle ne débouche sur rien de concret.

Une déperdition aussi massive et subite d’adhérents créatifs est un événement considérable dans l’histoire sociale française. Il est vrai qu’elle fut masquée, au moins les premières années, par un flux entrant presqu’aussi considérable de nouveaux adhérents. Mais c’était làune épuration complète : les premiers adhérents étaient anticapitalistes, mais sans idéologie figée, les seconds étaient eux fiers d’être "antilibéraux" (ce qui ne veut rien dire) et fortement idéologisés. Les premiers étaient inventifs et révoltés, donc dangereux pour tous les pouvoirs, les seconds étaient passifs et plutôt défaitistes, àl’image de l’extrême gauche française. Il faut saluer le savoir-faire des managers trotskystes qui a su opérer cette transfusion massive d’adhérents, de façon àce que personne n’en parle jamais, qu’aucun commentateur ne s’en aperçoive. Le nombre exact des militants disparus ? Secret confidentiel.

Pour finir, prenons le temps de décrypter par quelques repères cette "militantisation" àmarche forcée d’ATTAC. Car ses symptômes sont très largement partagés, et il va bien falloir un jour inventer autre chose qui puisse fonctionner.


Une "militantisation" àmarche forcée
L’hystérie formaliste, ou le "temps" des réunions. Pendant que les réunions s’éternisent, ceux qui craignent toute action, et ceux qui ont peur des gens réels, sont comme des poissons dans l’eau. Au chaud dans sa salle de réunion, le militant s’écoute et s’autocomplimente, au besoin il se dispute. Mais l’essentiel est qu’il en redemande jusqu’àplus soif. La nature a horreur du vide, ATTAC en a horreur également. Il faut multiplier les commissions et sous-commissions illisibles, et surtout ne laisser orphelin aucun problème (de la Palestine aux OGM, de Porto Alegre aux publicités dans les établissements scolaires), non sans que des "compétents" dà»ment estampillés et assermentés, viennent se charger de confisquer la révolte suscitée par ces problèmes. À chaque problème son spécialiste.

Pour ne déranger aucun pouvoir, il importe d’être toujours àcontre-temps. C’est ainsi qu’ATTAC mit toutes ses forces dans le contre-sommet adoptant le traité de Nice, mais négligea superbement l’Irlande, lorsque cette république s’avisa de ne pas ratifier le traité. C’est ainsi qu’ATTAC mit en veille ses cercles de parlementaires au moment même où une conjonction étonnante de sociaux-démocrates allemands et de bayrouistes allait faire entrer la taxe Tobin au Parlement européen, au grand dépit de Blair et de Jospin (et de Krivine qui ne leur refuse jamais rien d’important, ce dernier se chargeant - on le sait - de faire échouer in extremis le vote àStrasbourg, àtrois voix près.) Dernièrement, le mouvement ATTAC s’est singularisé en refusant de réclamer la levée du secret défense sur les bénéficiaires des rétro-commissions sur les ventes d’armes àTaïwan qui touchent au scandale Clearstream. Tous ces faits sont vérifiables. Bref, surtout, ne rien faire qui puisse provoquer un débat public ni faire bouger le statu-quo.

Le défaut d’auto-évaluation, le défaut de formation prolétarienne àla prise de parole et d’initiative. Étonnant ce mouvement d’éducation populaire, où jamais les dirigeants n’ont entrepris de former les adhérents àévaluer leurs actions, petites ou grandes, qu’il s’agisse d’une simple expo ou assemblée publique locale, jusqu’àla mobilisation contre le CPE. Il ne s’agit pourtant que de garder la trace écrite des points forts et points faibles de chaque initiative, au regard des objectifs fixés au départ, et d’y réfléchir ensemble. Ceci afin d’éviter de refaire éternellement les mêmes erreurs, et de cumuler et généraliser les bonnes pratiques. Comment ? En donnant la parole au peuple àpropos de ce qui le concerne directement : la vie concrète de son association. Et pourquoi les techniques d’expression sont toujours strictement réservés aux mêmes, faute de partage des savoirs : hommes plus que femmes, universitaires plus que manuels, "mà»rs" plus que jeunes, parisiens plus que provinciaux ?

La discordance entre paroles et actes : le défaitisme anthropologique. Inutile de revenir sur l’instinct de mort des militants qui préfèrent la pureté àla responsabilité, et le confort des certitudes àtoute prise de risque, ce risque qui permettrait de vérifier in vivo la validité de nos réclamations. On a vu que la victoire imprévue du Non a provoqué un tel traumatisme chez les managers du Non, qu’il fallait immédiatement punir ATTAC en la discréditant sérieusement.

Le train de vie des permanents. Il faut savoir que la LCR est elle-même colonisée par un réseau sans nom de membres, d’anciens et d’associés, qui composent en France la première plateforme de placements de permanents syndicaux, surtout dans la fonction publique. Quiconque n’a pas compris cela n’a rien compris àla Vème République. Le train de vie matériel des permanents est essentiel. Angoissés comme tout le monde par la précarité des temps, les permanents les plus gauchistes se raccrochent àleurs petits privilèges, et monnayent durement leur seul pouvoir : celui de coopter àl’occasion un autre permanent. C’est un business comme un autre. Inutile de dire qu’ATTAC a concentré cette maladie, plus que toute autre organisation, puisqu’elle n’est pas administrée directement par ses adhérents, mais au second degré, par un collège de mandatés d’autres organisations elles mêmes majoritairement bureaucratiques. Fait caractéristique, ce collège prétend être largement pluraliste, mais se défend bien de s’ouvrir àtoute nouvelle organisation non homologuée ou située hors du champ politico-culturel LCR-PCF. Ainsi, tout est verrouillé.


Quelques grosses ficelles
Les ornières du langage coupé de la réalité (le déplacement subreptice du centre de gravité thématique d’ATTAC entre 1998 et aujourd’hui). "Dire ce qu’on fait" et "faire ce qu’on dit" ne risque pas d’interpeller outre mesure, quand le public militant est accoutumé depuis toujours àce que le principal parti de droite économique se nomme "Parti socialiste" et le meilleur réseau conservateur "Ligue… révolutionnaire". Alors pourquoi pas une "Association pour la taxation des transactions" dont le seul but serait d’empêcher qu’on se batte vraiment pour cette fameuse taxation des flux financiers ? Et c’est ce qui arriva. Le pire, c’est que cela semble normal.

Les discriminations réelles entre adhérents. La démagogie n’ayant pas de limite, il faut instrumentaliser la discriminations hommes/femmes (quitte àutiliser honteusement ces dernières comme appât électoral interne) afin d’occulter les autres discriminations organisées : riches/pauvres, parisiens/provinciaux, instruits/moins instruits, nationaux/origine étrangère, etc. Ces discriminations "libérales" doivent être protégées coà»te que coà»te, c’est-à-dire soigneusement ignorées et naturalisées comme incritiquables, invisibles et indépassables, car elle sont àla base du monopole de l’oligarchie militante sur les organisations.

Le labyrinthe organisationnel, l’amateurisme professionnalisé. Enfin, pour finir, on ne pourra que saluer l’inlassable inventivité du petit militant, qui ne répugne jamais àcréer une nouvelle instance pour noyer et épuiser les bonnes volontés qui s’annoncent. A la mairie de Porto Alegre, au lieu d’instaurer du tirage au sort qui aurait court-circuité et aéré les hiérarchies militantes, on a inventé une usine àgaz institutionnelle àprétexte "participatif", afin de donner au peuple l’illusion qu’il co-gérerait, àcondition de rester docile et méritant, et de s’occuper les mains au cours de réunions interminables qui neutralisent le peuple. À ATTAC, nous n’avons jamais vu un seul problème sérieux de posé, qu’il ne soit urgent de l’enterrer par une nouvelle créations d’instance et de sous-commissions, jusqu’àplus soif.


Et la simplicité volontaire
Pour conclure, nous nous souviendrons encore de la crise d’ATTAC àl’occasion d’un éloge de la simplicité volontaire dans le domaine politique et social :

Simplicité matérielle. Comme le fait la tendance Émancipation, au nom des idéaux véritables d’ École Émancipée, il faut plus que jamais renoncer àtoutes les rentes de situations, petits arrangements entre amis, décharges syndicales qui deviennent vite indispensables, frais de missions non transparents, et inventer des procédures de rotation des tâches ou de tirage au sort, de partage effectif des compétences (prendre la parole en public, dominer telle ou telle technique d’expression ou d’élaboration, partager les secrets d’initiés).

Simplicité morale : L’apaisement des egos, la reconnaissance en dignité. Enfin, il faudra ajouter àla simplicité matérielle la simplicité morale : l’apaisement des egos, rendre possible une nouvelle "économie" (moins agressive et moins prédatrice) de la reconnaissance personnelle dans les milieux militants.

On sait qu’àla suite d’Axel Honneth, philosophe et sociologue continuateur de l’École de Francfort, on assiste àun début de déplacement des centres d’intérêt en sociologie : Depuis la répartition équitable des biens, - cf. Rawls, et aussi tous les antilibéraux -, vers la question du respect et de la dignité, de la reconnaissance. Je parlerais volontiers ici d’une "économie politique" de l’humiliation-reconnaissance. Voici une question cruciale en ce qui concerne les imaginaires du post-colonialisme, du racisme intériorisé, de l’inégalité-précarité, de l’échec social individuel ou collectif, mais également de la misère en milieu militant, celle qui nous concerne au premier chef !

Axel Honneth distingue trois plans de modèles de reconnaissance :

1 - L’amour, les liens affectifs réciproques avec les proches, qui entraîne la confiance en soi ;

2 - Le droit juridique et politique qui reconnaît l’individu comme sujet universel, et donc lui permet de reconnaître le même droit àautrui, ce qui entraîne la dignité et le respect de soi ;

3 - L’estime sociale, provoquée par la reconnaissance des capacités et aptitudes de chacun au sein d’un groupe ou d’une communauté, ce qui entraîne l’estime de soi et la solidarité.

Pour chacune de ces trois formes de reconnaissance, on repère facilement des offenses morales spécifiques (successivement : manque d’amour, manque de droits, manque d’estime), qui forment l’expérience du mépris individuel et collectif et l’hypertrophie des "egos", caractérisant les "pathologies" de l’organisation sociale et politique, mais aussi celle des groupes militants censés recruter les révoltés.

Garantir àses membres un droit àl’amour effectif et àla camaraderie dans l’action concrète, un "droit au droit (interne) " qui ne soit pas que formel, àl’estime sociale, bref àla reconnaissance, àl’estime de soi, c’est justement ce qu’ATTAC n’a jamais entrepris, après tant d’autres mouvements militants calqués quelque part sur l’aliénation militaire (comme l’indique la lointaine étymologie du mot "militant"). ATTAC première manière en est morte après tant d’autres mouvements précédents qui étaient pourtant prometteurs. Pourtant, nous devrons bien nous atteler àcette tâche, car les faits d’aliénation sont aussi têtus que les faits d’exploitation économique, et présentent autant d’obstacles sournois àl’action émancipatrice, sinon plus.

Il convient donc de se préparer àfaire du neuf, si nous ne voulons pas indéfiniment refaire les mêmes erreurs. C’est aussi une leçon salutaire de la crise d’ATTAC.


Luc DOUILLARD
(Loire-Atlantique)