Répression syndicale : chronique du temps perdu

mercredi 5 septembre 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2007)

Répression syndicale

Chronique du temps perdu


Erwan REDON, professeur des écoles, militant syndical et animateur très actif du réseau RESF, avait avec sa hiérarchie des ennuis déjà anciens, mais c’est le 19 décembre qu’ils ont pris un tour très grave, avec sa suspension pour "insuffisance pédagogique" à l’issue de péripéties, dont une altercation entre parents d’élèves et inspection (voir notre précédent numéro). Sa suspension a pris fin…

Mardi 6 février 2007
Après quasiment deux mois de suspension depuis le 19 décembre, l’Inspection d’Académie me joint par téléphone à 18h30 et m’indique que je dois me présenter jeudi 8 février au près de l’IEN de la circonscription 6 de Marseille. Je devrais avoir un poste au sein de l’école Sainte Marguerite.

Je signale à mon interlocutrice qu’il y a un appel national à la grève ce jeudi. "Oui bien sûr mais dans votre situation…" Ma situation de suspendu ne me suspend pourtant pas de mon droit de grève. "Euh, ben, voyez avec votre IEN…"


Mercredi 7 février 2007
De bon matin l’œil vif et l’air frais, j’appelle l’IEN de la circonscription 6. Elle était un peu étonnée car elle n’était pas au courant. Elle a bien été contactée au paravent concernant mon cas mais elle n’avait pas reçu de confirmation et encore moins concernant ma venue sur une école. Elle n’est pas décidée à enlever un de ses ZIL d’un poste où il se trouve pour m’y mettre alors qu’elle vient juste de stabiliser les écoles après pas mal de problèmes de remplacement et quelques agitations parentales. Eventuellement elle aurait besoin de quelqu’un en tant que ZIL. Personnellement ça ne me dérange pas plus que ça. Elle m’indique qu’elle va se renseigner dans la journée au près de l’IA.

Quant à jeudi, même si j’avais voulu venir, ce n’était pas la peine, la secrétaire ne sera pas là. Donc nous nous donnons rendez vous vendredi matin.


Vendredi 9 février 2007
Je me rends à l’IEN 6 dès 8h15. On me répond à l’interphone qu’il me faut attendre car l’IEN n’est pas arrivée. Dès l’ouverture je me dirige vers les bureaux. Surprise : l’IEN est absente pour la journée : réunion.

Mais la secrétaire a reçu un fax de l’IA adressé à l’IEN lui indiquant que je dois prendre mon poste à l’école Sainte Marguerite le jour même. Je dois me mettre en doublette avec le collègue…

Je demande un arrêté de nomination, mais elle me rappelle que l’administration étant ce qu’elle est, ça arrivera plus tard. J’insiste pour qu’elle appelle l’IA et qu’elle me fasse une photocopie du fax qu’elle a reçu. Refus. Il est 8h45, je suis encore suspendu.

J’enfourche à nouveau mon "deux roues" et je repars pour 5 minutes de vélo qui s’ajoutent aux 20 précédentes. J’ai des jolies gambettes !!

Arrivé dans l’école, le directeur n’est pas au courant et pense que je me suis trompé d’école. Il m’en indique une autre juste à côté. Mauvaise pioche, c’est un IME. La directrice est absente mais aucun des collègues ne semble au courant.

Hop ! Hélicoptère. Hop ! Le guidon dans les mains et zou de retour à l’inspection. J’ai des jolies gambettes !!

"Ah mais si, je vous assure vous êtes bien en CM1 dans cette école". La secrétaire rappelle donc le directeur. Celui-ci semble essayer de négocier, d’en appeler à l’IEN. Pauvre IEN, pauvre directeur qui n’avaient que bien peu de pouvoir. Jacques a dit : "Tais toi et rame !"

"C’est bon, c’est réglé. Vous pouvez retourner dans l’école". Merci m’dame.

Hop ! A l’américaine. La selle sous l’derrière et me v’la reparti. J’ai des jolies gambettes !!

Rebonjour. Désolé, pour le jeu de la patate chaude vous avez perdu. L’accueil est sympa mais les collègues sont complètement écœurés de la manière dont tout cela est traité. En effet comme le signalait à juste titre l’IEN mercredi matin, elle ne souhaitait pas déstabiliser à nouveau l’école. La classe de CM1 concernée est actuellement tenue par un collègue ZIL (remplaçant courte durée) et ce depuis la rentrée de janvier. Il s’y est investi et c’est le premier enseignant qui y reste un peu plus longtemps. Trois autres y sont déjà passés. Je serai le cinquième interlocuteur pour ces enfants. Mais bien sûr c’était trop compliqué de me nommer ZIL et de laisser la stabilité pour les minots comme le souhaitait l’IEN. Vous n’y pensez pas ! Un ZIL ça coûte du pognon puisqu’il touche des indemnités de déplacement. Et puis pour garder quelqu’un à l’œil et le contrôler c’est nettement moins aisé. Le jeu continue pour toutTEs. Jacques a dit : "Je pense pour vous, vous n’y comprenez rien. Exécutions."

Il est 10h. La récréation. J’informe cependant les collègues que je n’ai toujours pas mon arrêté de nomination. Par conséquent pour des raisons de responsabilité, je ne prends pas la classe. Ceci dit il nous semble de toute façon, au collègue et à moi, plus intéressant pour l’instant que les enfants poursuivent leur journée comme le collègue l’avait prévu étant donné que lui-même vient d’apprendre qu’il devait céder la place.

11h : N’ayant toujours pas de nouvelle de l’IEN et ayant essayé d’appeler l’IA plusieurs fois, je préviens aussi plusieurs syndicats.

Rien. Attendre.

En début d’après midi je préviens les collègues que je ne prendrai pas la classe samedi ou lundi si je n’ai pas mon arrêté de nomination. La tension monte un peu. L’inquiétude du remue ménage que cela peut causer au près des parents est palpable. Nouveau rappel de l’IEN.

Rien.

Et puis 15h30, la secrétaire appelle. L’arrêté est arrivé.

Comme quoi, elle se trompait la secrétaire. Quand elle veut, l’administration peut aller très vite. Cependant elle n’a pas eu le loisir d’expérimenter cette efficacité d’exécution comme j’ai pu le faire. Par conséquent elle ne pouvait se douter que c’était chose envisageable. Dites le autour de vous, l’administration peut aller vite, très vite… Il faut juste lui donner quelques arguments…

Je quitte donc l’école vers 16h pour aller récupérer cet arrêté comportant pour objet : changement d’affectation. Affectation à compter du 09-02-07 jusqu’au 31-08-07.


C’est reparti… Au boulot ! pas de temps à perdre sur la route… J’ai des jolies gambettes !!

Erwan REDON
Marseille, le 09 février 2007


Appel


Pour la réintégration de Naïma Boubakri,
Etudiante syndicaliste exclue de l’université de Nanterre Paris-X


"Article 1:Deux ans fermes d’exclusion de l’Université de Paris-X Nanterre (...) Article 2 : La présente décision est exécutoire immédiatement nonobstant appel(…)" .

La terminologie juridique du conseil de discipline de l’université de Nanterre du 11 janvier 2006, souligne la gravité de la sanction prononcée à l’encontre de la syndicaliste étudiante Naïma Boubakri. S’il n’est pas sciemment brisé, son avenir est pour le moins assombri. A l’heure où d’aucuns invoquent les vertus de "l’ascenseur social" et de "l’égalité des chances", faudrait-il croire que deux ans d’exclusion ont le même poids quelle que soit l’origine sociale ? Evitons tout excès de naïveté quant aux conséquences induites par cette décision ! Pour Naïma, qui oserait croire qu’il ne s’agit pas là d’une assignation à renoncer à toute poursuite d’études et par là même, à tout espoir de promotion sociale ?

Au nom de quoi une sanction aussi brutale a-t-elle pu être prononcée ? Il est reproché à Naïma de s’être "rendue coupable de faux et usage de faux", en l’espèce, d’avoir présenté un "certificat litigieux". Naïma a toujours contesté cette version fantaisiste et pour cause ! On lui reproche d’avoir présenté à un service du logement un "faux" faisant état de son inscription en 3ème année d’histoire, or, les faits ont démontré que Naïma était bel et bien inscrite en 3ème année ! Ainsi, le conseil de discipline exclut pour deux ans une étudiante en année d’examen alors que la simple consultation des panneaux d’affichage suffisait à prouver la véracité de son inscription en 3ème année.

Pour comprendre l’immense décalage qui existe entre l’ampleur de la sanction et la vacuité de l’accusation sur le fond, il faut peut-être savoir que Naïma était de toutes les luttes : porte-parole des résidents de la résidence universitaire de Nanterre, elle défend bec et ongles le droit aux logement des étudiants ; déléguée à la Coordination Nationale lors du mouvement anti-CPE, militante infatigable de l’égalité des droits…Dans le cadre de ces activités militantes, elle a eu maintes fois l’occasion d’entrer en conflit avec la direction de l’université et celle du CROUS (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires) de Versailles ; instances qui l’ont poursuivie. La sanction qui la touche personnellement est censée n’avoir aucun lien avec son engagement syndical au sein de l’AGEN (Association Générale des Etudiants de Nanterre), syndicat stigmatisé comme trop véhément par les instances universitaires…

Autant qu’un destin condamné, c’est la liberté syndicale qui est menacée, ouvrant une brèche vers d’autres débordements de même nature. Cette mesure porte atteinte à l’ensemble du mouvement étudiant. A travers ce cas symptomatique, comment ne pas s’inquiéter de la multiplication des procédures disciplinaires et de la criminalisation de toute action militante affirmée ? C’est pourquoi, nous, signataires de cet appel, nous revendiquons la réintégration de Naïma.

Pour signer l’appel : www.agen-nanterre.net


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