Impérative décroissance

mercredi 5 septembre 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2007)

Environnement

Impérative décroissance


A l’approche des prochaines échéances électorales, voilà que nos candidats, déclarés et présumés, se drapent dans leur tenue de camouflage écologiquement correcte pour nous promettre quelques mesurettes homéopathiques censées inverser le cours de l’histoire, après un demi-siècle de culte de la croissance.

Ils invoquent tous le "développement durable", un concept insipide fabriqué à la Conférence Mondiale de Stockholm en 1972 pour revêtir le libéralisme triomphant d’un voile pudique de bonne conscience, fleurant bon la démagogie et l’opportunisme. Le succès du très médiatique Nicoles Hulot est révélateur de ce consensus mou d’un écologisme édulcoré qui, entre mécénat et audimat, feint de découvrir l’ampleur des enjeux. Pourtant, en 1908 déjà, Théodore Roosevelt écrivait : "Le temps est venu d’envisager sérieusement ce qui arrivera quand nos forêts ne seront plus, quand le charbon, le fer et le pétrole seront épuisés, quand le sol aura encore été appauvri et lessivé vers les fleuves, polluant les eaux et dénudant les champs".

Dette écologique
Or, tout se passe désormais comme si notre société occidentale du "prêt à consommer" et du "toujours plus", asservie par les besoins exponentiels qu’elle ne cesse de générer, n’avait d’autre choix que d’accepter la rupture radicale avec la marchandisation du Vivant en s’engageant résolument dans la voie de la sobriété et de la frugalité librement consenties. Cette révolution éthique sera d’ailleurs bientôt imposée par l’extension vertigineuse de l’empreinte écologique (qui mesure la pression exercée par l’individu sur la nature et évalue la surface productive nécessaire à sa consommation). Celle de l’humanité, dans sa globalité, a doublé depuis 1970 et dépasse déjà 20% de la biocapacité de la Terre. En France, elle est d’environ 6 ha par habitant, soit le double des ressources disponibles. A force de vivre à crédit, nous voilà maintenant en situation de dette écologique ! Trois secteurs économiques cumulent les principaux facteurs de gaspillage :

- le complexe militaro-industriel, dont Dwight Eisenhower disait déjà en 1953 : "Le monde en armes ne dépense pas seulement de l’argent, il dépense aussi la sueur des travailleurs, le génie des scientifiques et les espoirs de ses enfants".

- la politique calamiteuse des transports avec la tyrannie du mythe de l’automobile ("le pire des désastres dans l’histoire de l’humanité" selon Winston Churchill) ;

- les aberrations de l’agriculture productiviste et mondialisée qui font que 9000 litres d’eau sont nécessaires pour produite un kilo de viande et qu’une seule calorie d’un agrume importé d’Afrique du Sud consomme 60 calories de carburant avant d’être acheminée vers l’étal de nos supermarchés.

Extinction nécessaire du capitalisme
Cet impératif de la décroissance suppose bien sûr l’extinction inéluctable du capitalisme, véritable arme de destruction massive qui génère le productivisme effréné au Nord et impose sa dépendance mortifère au Sud. L’ancien président de la Commission Européenne Sicco Mansholt (1972-1973) affirmait déjà avec lucidité : "Pour que l’humanité survive, il faut que le capitalisme meure". Puissions-nous retrouver, dans la confiance et la dignité, les véritables valeurs de l’humanisme que sont l’altruisme, la coopération, l’hospitalité, l’humilité, dans une civilisation d’entraide et de satiété. Alors seulement un autre monde sera vraiment possible !

Hubert MARTIN
Linthal (68)


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