Comment mettre fin aux inégalités et à la ségrégation scolaire ?

"L’école dans la ville : Ségrégation-mixité-carte scolaire" de Marco Oberti
dimanche 16 septembre 2007
par  QD, Administrateur

L’école dans la ville
Ségrégation-mixité-carte scolaire
de Marco Oberti
Éditions Les Presses de Sciences Po
285 pages
mai 2007
21 €

L’auteur ne se contente pas pas de nous présenter les enjeux du débat actuel sur l’avenir des périmètres scolaires, il analyse finement les différents contextes urbains et les différentes stratégies en cours.
La ségrégation urbaine, d’hier et d’aujourd’hui est au centre de l’étude.
Si effectivement il n’y a pas de remodelage urbain visant une meilleure mixité sociale aucune évolution positive ne permettra de mettre fin à l’existence d’établissements pour "élites" ou pour "exclus".
C’est une évidence mais quand l’auteur s’appuie à la fois sur une enquête sociologique et à la fois sur une étude sociale et politique de territoires voisins mais différents, il nous donne quelques clés de compréhension des mécanismes en cours.

Si chaque groupe social n’opte pas pas d’une manière uniforme pour une pratique scolaire donnée, il existe des dominantes qui sont présentées et expliquées :

- la logique de performance des classes supérieures à la recherche d’un lieu résidentiel sélectif de l’entre soi avec des établissements privés ou publics disposant d’options dites d’excellence ;

- la logique d’intégration et de protection des classes moyennes qui habitent des zones mixtes et recherchent une intégration dans le cadre d’une vigilance accrue. Ils s’investissent dans l’établissement et sont prêts à jouer au jeu de la dérogation du périmètre scolaire si le collège de leurs enfants ne leur convient pas ;

- la logique du retrait des plus pauvres et des précaires qui, assignés à résidence, en arrivent à se distancier de l’école qui a perdu de son aura.

L’étude de la banlieue ouest de Paris et notamment de Nanterre et de Rueil Malmaison montre l’importance de l’histoire économique et politique des communes et les "configurations multiples".
Elle montre que les politiques publiques peuvent freiner l’évitement et favoriser une certaine hétérogénéité.
"La fréquentation plus soutenue des bibliothèques, ludothèques et autres lieux de loisirs et de culture par les catégories du public les amène à entretenir un rapport urbain et à multiplier les contextes de cohabitation avec les autres habitants".

Tout est lié et imbriqué : l’orientation des élus, la maîtrise des sols et l’éducation des habitants....
L’auteur, s’il refuse de se limiter au débat autour du maintien ou non de la carte scolaire, annonce clairement que la mixité sociale à l’école et au collège ne peut exister que si sont conjugués la volonté politique des décideurs et des moyens à la hauteur des enjeux.
Tout est discutable et si je ne reprends pas à mon compte toutes les propositions émises par l’auteur, certaines me conviennent totalement comme l’élargissement du secteur de recrutement des collèges en milieu urbain et la répartition équitable de l’offre scolaire "en particulier les filières et options attractives".

Jean-François Chalot