Revue Emancipation n°1 (septembre) : l’edito

vendredi 31 août 2007
par  QD, Administrateur

Ne pas renoncer !

Le quotidien Le Monde s’interrogeait récemment avec angoisse : 2007 et 2008 : des objectifs de croissance intenables ? (Une du 24 août), puis deux jours plus tard : Sarkozy cherche à rebondir . En fait, ces interrogations portent sur la possibilité pour Sarkozy et son gouvernement d’appliquer dans les délais impartis son programme de "réformes". Elles font suite à des pronostics plus ou moins nets et pessimistes sur la conjoncture économique des prochains mois.

Soyons clairs, nous ne faisons pas partie de ceux qui souhaitent que le gouvernement tienne ses "objectifs" : nous ne voulons pas qu’il continue à expulser les sans-papiers (qui plus est en recourant à des méthodes de plus en plus marquées du sceau de l’extrême-droite), à faire des cadeaux fiscaux à une poignée de millionnaires, à attaquer le droit de grève, à renforcer les dispositifs répressifs et à restreindre les libertés ! Nous combattons au contraire l’application de ce programme ouvertement orienté vers l’enrichissement d’une petite minorité.

Que recouvrent les inquiétudes actuelles des classes dominantes ? La bourgeoisie française est en difficulté pour défendre ses marchés extérieurs : tel est le sens des considérations et alarmes sur le déficit extérieur (considérations, qui tout comme celles sur l’inflation, constituent un des "arguments" pour vendre une politique d’austérité salariale et budgétaire). Pour contrecarrer cet affaiblissement relatif du capitalisme français, le gouvernement veut procéder à la fois au "retour de la France en Europe" - bruyamment mis en exergue lors du récent Sommet de l’Union Européenne – et à une pression redoublée sur le salariat.

Ces "inquiétudes", mises en scène par les grands médias, préparent une campagne idéologique pour "justifier" de nouvelles attaques contre le monde du travail : il va falloir se serrer la ceinture, défendre le rang de notre pays et donc sa compétitivité, faire des efforts... pour les salarié-e-s. Les hésitations de la croissance, sur laquelle le gouvernement prétendait asseoir sa politique économique, rendent impossible de réaliser à la fois les cadeaux aux classes dominantes, et l’équilibre budgétaire exigé par les institutions de l’Union Européenne... si ce n’est en approfondissant la déstructuration des droits sociaux : pour cela il lui faut construire une légitimation idéologique à ces régressions.

Dans ce contexte le syndicalisme de lutte se doit d’informer les travailleurs/euses sur les réels enjeux de la stratégie gouvernementale, mais aussi réagir contre cette construction idéologique : non les salarié-e-s ne sont pas responsables individuellement des difficultés sociales (chômage, précarité, discriminations...) ; non ce n’est pas à eux de consentir – une fois de plus - des "sacrifices" et de renoncer aux revendications. Il n’y a aucune raison par exemple d’accepter les "franchises médicales" : c’est en en fait une nouvelle atteinte au droit à la santé en particulier pour les plus démuni-e-s, alors qu’en même temps les exonérations de cotisations patronales (23 milliards d’euros l’année dernière, et plus de 200 milliards en quinze ans !) constituent la principale raison du "trou" de la Sécu ! On peut en dire tout autant des 11 OOO suppressions de postes annoncées dans l’Éducation Nationale.


Quentin Dauphiné
27 août 2007


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