Modernisation des Universités, le champ de bataille est européen

Le libéralisme à la conquête des Universités et le rôle de la CES
lundi 23 octobre 2006
par  Henri Amadei

Alors que la détermination des gouvernements européens à mettre en place le "grand marché européen de l’Education" se concrétise dans les politiques universitaires (processus de Bologne), et dans les textes (Traité constitutionnel), comment organiser une coopération syndicale européenne de lutte contre le libéralisme ?
Officiellement associée à la gouvernance européenne, la CES (confédération Européenne des Syndicats) siège aux côtés de l’UNICE (Union des Confédérations de l’Industrie et des Employeurs d’Europe) au "secrétariat des partenaires sociaux" créé avec le soutien de la Commission Européenne . La CES n’a rien à voir avec une organisation de défense des intérêts collectifs des salariés européens qui seraient antagoniques avec ceux du patronat et se définit elle- même comme une « instance de régulation » dont l’histoire "ne relève pas de la lutte des classes mais de l’institutionnalisation de la politique européenne".
Du 20 au 22 mai 2005 à Bergen en Norvège, les ministres de l’Education de 40 états européens (dont le représentant du Vatican !) se sont à nouveau rencontrés pour la prochaine étape du processus de Bologne de "mise en place d’un espace européen de l’enseignement supérieur d’ici à 2010 " qu’ils ont décidé " d’accélérer ".

"modernisation" des universités :
le champ de la bataille est européen

Derrière les dénonciations des politiques européennes et les déclarations de guerre de principe à la réalisation du processus de Bologne, l’exécutif pseudo-pluraliste A.S/E.E-FSU du Snesup, désertant le terrain des luttes, engage sans véritable débat ni transparence le devenir de l’enseignement supérieur dans des stratégies « d’accompagnement critique » de réformes bientôt irréversibles. Alors que la détermination des gouvernements européens à mettre en place le "grand marché européen de l’Education" se concrétise dans les politiques universitaires (processus de Bologne), et dans les textes (Traité constitutionnel), comment organiser une coopération syndicale européenne de lutte contre le libéralisme ?
un accompagnement "critique" dans la mouvance de la CES...
Un regroupement du syndicalisme européen s’organise loin des syndiqués dans le cadre notamment du Forum social européen où la Confédération Européenne des Syndicats (CES) tient une place en fait centrale quoique peu lisible. Mais derrière un intitulé trompeur, la CES n’a rien à voir avec une organisation de défense des intérêts collectifs des salariés européens qui seraient antagoniques avec ceux du patronat.
A la différence des syndicats nationaux issus du mouvement ouvrier, la CES se définit elle- même comme une « instance de régulation » dont l’histoire "ne relève pas de la lutte des classes mais de l’institutionnalisation de la politique européenne". Officiellement associée à la gouvernance européenne, elle siège aux côtés de l’UNICE (Union des Confédérations de l’Industrie et des Employeurs d’Europe) au "secrétariat des partenaires sociaux" créé avec le soutien de la Commission.
La CES a pris position en faveur du Traité constitutionnel qui organise la mise en œuvre des "objectifs de Lisbonne" définis en mars 2000 par le Conseil européen et les chefs d’Etats et de gouvernements : développer en Europe une "nouvelle économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable de croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ". De la C.E.E à l’U.E, la CES a toujours maintenu une simple demande d’un "volet social" aux politiques européennes qui se sont succédé, sans jamais les remettre en cause.
favoriser l’émergence en Europe d’une alternative de lutte !
Les tenants d’une collaboration plus étroite avec la CES (en attendant l’adhésion de la FSU) nous bernent ou se font des illusions quand ils nous opposent que la CES pourrait être « secouée de contradictions ».Mais elles ne viendront pas de l’intérieur de cette forteresse, au système de décision bien verrouillé, qui risque davantage d’absorber ce qui reste du syndicalisme européen dit de luttes de classe et d’amortir les revendications qui subsistent. Après avoir suivi, à défaut de les relayer et de les développer, les mobilisations de 2003, le SNESup emboîtant le pas à la FSU s’apprête à sacrifier les luttes aux stratégies de recomposition syndicale en jeu au niveau européen.
En septembre 2003, en parallèle à la rencontre des ministres de l’Education à Berlin, le SNESup, conscient de la gravité de la situation et malgré l’opposition de certaines de ses composantes - dont l’EE-FSU - avait proposé des débats sur le processus de Bologne au contre-sommet du 1er Forum Européen de l’Education (FEE). A cette occasion, une rencontre informelle avec des camarades de la FESALE (Fédération Européenne pour un Syndicalisme ALternatif dans l’Education) a permis de confronter convergences et différences de vues. Le 12 décembre 2003, dans plusieurs campus européens et notamment en France, à l’appel de syndicats étudiants espagnols, les organisations étudiantes en lutte contre les réformes libérales dans les universités organisèrent une journée européenne de lutte qui n’a malheureusement pas été relayée par les syndicats enseignants.
Un an plus tard que sont ces mobilisations devenues et quel relais syndical ? Le 11 décembre 04, alors qu’on peut observer quelques signes de reprise des mobilisations, la FSU (dont des membres de l’exécutif "hétérogène" du SNESup) en petit comité excluant les tendances d’opposition dont Emancipation/Emancipé-e-s, a réuni des syndicats européens pour discuter de l’éventualité d’une "Journée européenne de mobilisations et d’initiatives en faveur de l’Education". Cette journée, à l’appel, si ce n’est directement de la CES (à l’initiative d’un appel identique en mars 2003 relayé par le congrès de Perpignan) mais plus discrètement des syndicats de l’Education adhérents, des sympathisants ou candidats comme la FSU, et des organisations du CSEE (Comité syndical européen de l’éducation, composante de la CES) est prévue au cours de la première quinzaine de mai.
Du 20 au 22 mai 2005 à Bergen en Norvège, les ministres de l’Education de 40 états européens (dont le représentant du Vatican !) vont à nouveau se rencontrer pour la prochaine étape du processus de Bologne de "mise en place d’un espace européen de l’enseignement supérieur d’ici à 2010 " qu’ils ont décidé " d’accélérer ". Le SNESUp doit de nouveau être présent et relayer l’appel du 2d Forum Européen de l’Education (FEE) pour en faire l’occasion d’un débat entre tous les acteurs de l’Education décidés à opposer en Europe une résistance et construire une alternative.
Qui peut croire que la proclamation d’une "journée d’initiatives et de mob
ilisation " en mai, organisée en ordre dispersé dans certains pays d’Europe sur des plates-formes nationales différentes, pourra faire face au rouleau compresseur de Lisbonne et à l’accélération annoncée du processus de Bologne dans l’enseignement supérieur ? Comme les étudiants, les organisations de personnels de l’enseignement supérieur doivent organiser informations et coordinations de luttes syndicales en Europe.

Yves Matheron, Anne Roche (NB)
(NB 1) liste des "Emancipé-E-s pour un syndicalisme alternatif dans l’éducation" dans le SNESup (votes d’orientation 2003) , puis liste "Emancipation" (votes d’orientation 2005) .
(NB 2) Contribution publiée en février 2005 par le bulletin national du SNESup-FSU .