Florimond : une première victoire

vendredi 9 novembre 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°3 de novembre 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Florimond : une première victoire

Les soutiens à Florimond se renforcent : 1500 manifestants le 20 octobre à Marseille dans le cadre de la journée d’action de l’UCIJ (Unis Contre une Immigration Jetable) avec beaucoup de slogans et de banderoles concernant le procès de Florimond. La préfecture a refusé de recevoir les associations.
Pour le lundi 22 octobre, de nombreux syndicats de l’éducation (SUD, CGT, CNT, UDAS) appelaient à la grève, mais pas la FSU qui s’est contentée d’un préavis malgré la demande insistante des élus d’Emancipation. Et même pas les syndicats FSU des Bouches-du-Rhône1(alors que Florimond est pourtant syndiqué au SNUipp 13). Des politiques et des responsables nationaux étaient là. Gérard Aschiéri n’est pas descendu à Aix, provoquant l’incompréhension de nombreux/ses syndiquéEs.
Malgré cela, la grève a été très suivie dans les écoles du centre de Marseille. La manifestation d’Aix a réuni plusieurs milliers de personnes dont de nombreux syndicalistes ou militantEs de RESF venuEs de toute la France. Le centre-ville est resté bloqué jusqu’à 20 heures.
Au procès, une première victoire. Les « témoignages » policiers voulant faire de Florimond un agresseur violent ont volé en éclats au point que le procureur a dû proposer de requalifier l’ensemble des chefs d’inculpation en « rébellion »2. Il demande quand même deux mois de prison avec sursis. Les avocats de la défense ont fait une plaidoirie très politique sur la légitimité totale du combat de RESF contre des lois et des pratiques scélérates. Jugement le vendredi 21décembre. Cette date n’est pas très rassurante.

Étranges étrangers

La création d’un « ministère de l’identité nationale » promise aux électeurs de Le Pen et confié à Hortefeux n’a qu’un seul précédent du même type dans l’Histoire de France : le « commissariat général aux questions juives » du sinistre Xavier Vallat. Certes, nous dira-t-on, la situation n’est pas la même. Les Sans PapierEs rafléEs ne partent pas à Drancy ou à Auschwitz, ils sont « simplement » jetés dans des avions ou des ferrys. Mais l’intention est la même : déshumaniser, traquer, créer la peur permanente. Les Sans PapierEs ne vivent plus l’Etat de Droit. Ils sont passés de l’autre côté du miroir. Contre eux, la France viole tous les textes internationaux qu’elle a signés : droit d’asile, droit de vivre en famille, droit à la santé, droit à l’éducation exactement comme la France de Vichy avait privé de tout droit dès 1940 les Juifs, les Tziganes, les communistes, les homosexuels … La France d’aujourd’hui recopie même le vocabulaire de Vichy. Comme autrefois, les Sans Papiers sont officiellement « en surnombre dans l’économie française ».
Au moment même où le gouvernement et le MEDEF veulent liquider tout ce que le Conseil National de la Résistance a établi à la Libération (sécurité sociale, retraite pour touTEs, nationalisation des banques, de l’énergie, du chemin de fer …), une diversion est apparue avec la lettre de Guy Môquet. Ne les laissons pas refaire l’Histoire, ne les laissons pas récupérer celles et ceux qui ont combattu la barbarie et le racisme : les étrangers et les Sans PapierEs ont joué un rôle fondamental dans la Résistance. À l’automne 1943, seule la M.O.I. (Main-d’œuvre immigrée) avait un groupe actif à Paris. Ils s’appelaient Alfonso (espagnol), Fontanot (italien), Manouchian (arménien), Boczov, Elek, Rayman, Wajsbrot, Olga Bancik (juifs/ves). Ils/elles ont été arrêtéEs et torturéEs par la police française (les « brigades spéciales ») puis livréEs à la Gestapo et exécutéEs.
60 ans après, la France s’est excusée pour les rafles et les crimes commis en son nom. Elle commémore le Veld’hiv. Elle célèbre les résistants et toutes celles ou ceux qui ont aidé les gens traqués. Elle affirme qu’il aurait fallu désobéir à des ordres injustes.
À quoi bon ces commémorations quand le même cycle infernal du racisme d’Etat et de la discrimination recommencent ? Quand on reparle de quotas. Quand on criminalise les Sans PapierEs et leurs soutiens.
Aux fonctionnaires de police, aux juges, aux employéEs des préfectures, aux pilotes d’avion ou aux capitaines de ferrys, nous disons : « désobéissez à des ordres injustes ! ». Soutenir les Sans PapierEs et empêcher l’horreur quotidienne des expulsions est plus que légitime : c’est lutter pour la défense des droits de tous les humains. Le Réseau Education Sans Frontières et Florimond Guimard mènent une lutte indispensable. Le pouvoir ne nous intimidera pas.

Déclaration de Pierre Stambul (UJFP)
à la manifestation de soutien à Florimond Guimard