Protéger à la fois la société et l’enfant !

"Baffer n’est pas juger - la justice des mineurs" de Jean-Pierre Rosenczveig
vendredi 9 novembre 2007
par  QD, Administrateur

chez Plon
244 pages
19 €
Octobre 2007

Jean-Pierre Rosenczveig , président du tribunal pour enfants de Bobigny a été la cible d’attaques inconsidérées de la part de l’ex ministre de l’intérieur devenu président de la République. Traité de laxiste et de démissionnaire, le magistrat, non content de répondre point par point aux accusations non fondées, explique le fonctionnement de la justice des mineurs .
Le lecteur découvre là un homme qui tout en défendant la cause des enfants peut parfois sembler sévère et ne pas hésiter, dans sa fonction à envoyer en prison tel mineur.
Pour lui la sanction n’est pas une fin en soi mais une étape dans une démarche éducative, la justice des mineurs étant conçu comme une défense de la société et du jeune en phase de construction...
On est loin là du tout répressif ou du tout laisser faire.
Olivier Mazerolle, le journaliste qui l’interroge est sans mansuétude et aucune question n’est éludée, ce qui nous permet de mieux saisir les enjeux et de comprendre les débats en cours et les raisons qui ont poussé la magistrature à défendre la spécificité de la justice des mineurs.
L’enfant qui n’a pas été "cadré, encadré, orienté", sans perspective ni soutien peut entrer dans un engrenage dangereux , se mettant en danger lui-même.
Une politique sécuritaire sans un volet éducatif fort ne peut que renforcer la désespérance des jeunes et de leurs familles, d’autant plus que la société des adultes et notamment des nantis ne montre pas le bon chemin.
"C’est tout de même un paradoxe que ce soit le magistrat qui se trouve dans l’obligation de dire : pour pouvoir vraiment protéger la société, il faut mener une politique sociale, une politique d’insertion, une politique du logement, une politique facilitant l’exercice de la citoyenneté."
Le magistrat et le journaliste nous entraînent dans le tribunal de Bobigny pour nous relater une journée de permanence.
On y découvre une stratégie humaine et responsable et aussi les difficultés inhérentes au manque criant de moyens ; Si les mesures éducatives sont indispensables, il est souvent très difficile de passer à une concrétisation quand on dispose de si peu d’éducateurs.
Jean-Pierre Rosenczveig n’utilise pas la langue de bois et s’il défend l’ordonnance du 2 février 1945 car elle premet au magistrat de faire du "sur-mesure" en offrant toute une gamme de réponses juridiques et éducatives, il ne masque pas la fonction de l’institution :
"Résumé de manière abrupte, notre rôle politique, au sens étymologique, c’est de faire en sorte que la révolution n’ait pas lieu. La justice, ici, comme dans tous les pays démocratiques du monde est un pilier garant de l’ordre social".
Affirmer cet objectif premier, souvent nié, ce n’est pas oublier le second objectif de la justice, plus positif, qu’il nous faut défendre contre tous les apprentis populistes :
il consiste à "garantir les droits et libertés de chacun, auteur comme victime" ... On est encore loin du compte !
La "baffe" de la prison ne doit pas être la seule réponse si l’on veut que demain les enfants voués à l’exclusion sociale ne se retrouvent pas enfermés dans le communautarisme, c’est à dire "le nombrilisme appliqué à un groupe- chacun tend à se reproduire à l’identique" ou inéluctablement conduits à la délinquance.

Ce livre de conviction pose de véritables questions, trace des pistes de transformation et nous rappelle que le mineur "délinquant" est avant tout un enfant que l’on doit protéger contre lui-même et remettre sur une route qui ne soit pas une impasse.

Jean-François CHALOT