Article du Monde sur Sami Benmeziane

dimanche 20 juillet 2008
par  DK, Administrateur

Un enseignant, héraut malgré lui de la lutte "anti-Darcos"
LE MONDE | 17.07.08 | 14h56 • Mis à jour le 17.07.08 | 14h56
NANTES CORRESPONDANT
Soupçonné d’avoir cassé le doigt d’un policier, le 11 juin, lors de l’évacuation de l’inspection académique de Nantes investie par près de 400 enseignants, parents d’élèves et enfants, Sami Benmeziane est devenu héraut malgré lui de la lutte contre les mesures du ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos. Convoqué devant le tribunal correctionnel, en février, pour "rébellion et résistance violente à un agent de la force publique", cet instituteur de 43 ans, militant FSU, encourt un an de prison et 15 000 euros d’amende.
Les policiers disent avoir en leur possession une vidéo "montrant l’instituteur aller de lui-même au contact du policier". "Toute l’accusation repose sur cette vidéo que nous n’avons pas vue", réplique Me Pierre-Henri Marteret, avocat de M. Benmeziane, qui rappelle l’abandon par le procureur de la République des poursuites pour "violences volontaires".
"Je n’ai ni frappé ni insulté de policier. La blessure relève de l’accident du travail", répète M. Benmeziane, qui raconte son "interpellation de gangster" : "On était désemparé face à la tournure des événements. Je me suis retrouvé face à un policier, j’ai crié : "Arrêtez, on est là pour défendre l’école."" Ensuite ? La cohue, et le doigt cassé. Puis, en un éclair, les menottes.
A Indre, commune où M. Benmeziane exerce, enseignants, parents et élus font corps. "Ce qui arrive est démentiel, indique Catherine Poquet, directrice de l’école publique Jules-Ferry. Sami est énormément estimé. C’est un bosseur, extrêmement gentil, qui n’aime pas se mettre en avant." Natif de Brest, l’instituteur est un adepte de la pédagogie institutionnelle, proche du mouvement Freinet. "Sa démarche n’est pas traditionnelle mais les résultats sont là, résume Sandrine Molé, mère d’une fillette scolarisée en CE1. Il a de l’autorité sur les enfants. Il les prend au niveau où ils sont et les emmène le plus loin possible, grâce à un parcours individualisé." "Cet homme-là est tout sauf violent, insiste Mme Poquet. Sa classe est un espace de parole permanent. C’est quelqu’un qui écoute beaucoup, qui est toujours dans la négociation."
"Les autorités ont voulu faire de Sami un exemple, ils en ont fait un martyr", estime le maire (divers gauche) d’Indre, Jean-Luc Le Drenn, qui se dit persuadé que le mouvement contre les mesures Darcos "va repartir de plus belle à la rentrée".
Yan Gauchard
Article paru dans l’édition du 18.07.08