De la crise sociale à la répression généralisée

mercredi 17 décembre 2008
par  Raymond Jousmet

Dans sa conquête du pouvoir, Sarkozy a su user et abuser de la question "sécuritaire", créer et instrumentaliser la peur.

La période que nous vivons marque une accélération incontestable de la disparition progressive de l’état de droit et de la généralisation de la pire répression. À l’image de l’Amérique de Bush qui a mis la planète à feu et à sang avec sa "guerre du bien contre le mal", le pouvoir se lance dans la guerre contre l’ennemi intérieur : les immigréEs, les pauvres, les jeunes et tou-te-s celles ou ceux qui résistent.

Quand on fait le bilan de l’actualité récente, c’est impressionnant :

La police et la ministre de l’intérieur inventent l’idée d’un terrorisme à la française. Des jeunes dont le tort essentiel est la contestation de l’ordre existant ou le fait de vivre "autrement" à Tarnac sont d’un jour à l’autre embastillés et menacés de 20 ans de prison sans le début du début d’une preuve.

Un détenu emblématique, Jean-Marc Rouillan a normalement effectué sa peine de prison. À peine libéré, il est à nouveau incarcéré. Le pouvoir ne supporte pas qu’il refuse de condamner ses idées.

Le 27 novembre 2007, un lycéen nantais a été gravement blessé par un tir tendu de grenade lors d’une manifestation. Un an après, le pouvoir n’a toujours rien fait pour identifier et punir les policiers coupables.

À Lyon, Roland Veuillet a entamé le 6 novembre sa troisième grève de la faim. Depuis maintenant 3 ans, le Conseil Supérieur de la Fonction Publique a reconnu que la répression dont il était victime était infondée et liée à ses activités syndicales. Le pouvoir refuse d’en tenir compte et de lever la sanction.

Dans le Gers, des gendarmes investissent un centre de formation des apprentis et un collège. Leurs chiens terrorisent les élèves.

À Vichy, des ministres européens "harmonisent" la chasse aux Sans papierEs. Hortefeux se félicite du nombre d’expulsés. Les CRA (centres de détention administratifs) débordent. Cette politique de traque et de chiffre systématique multiplie les drames et fabrique des orphelinEs.

Depuis des années, les prisons craquent et deviennent des mouroirs. La France est épinglée par de nombreuses associations pour les violations des droits humains qui s’y déroulent. Pourtant les lois répressives s’accumulent. Les verdicts sont automatiques pour les "récidivistes". Faute de place dans les hôpitaux psychiatriques, des milliers de malades sont en prison.

Pour les jeunes, l’éducation surveillée disparaît au profit d’une répression aveugle : des établissements pénitentiaires pour mineurs et à présent la prison prévue dès l’âge de 12 ans !

À Marseille, on envoie le GIGN contre des jeunes qui occupent symboliquement un immeuble vide. À Paris, on essaie de faire taire le DAL (Droit au Logement) en l’étranglant financièrement pour le punir de défendre les Sans logis qui meurent dans la rue. Partout, la police est envoyée contre les travailleurs en lutte.

Tout se passe comme si, au moment où la crise sociale va épargner les banquiers et les capitalistes mais frapper durement de nombreuses couches sociales, le pouvoir était décidé à criminaliser toute forme de contestation.

Pour paraphraser le pasteur Niemoller : "quand ils sont venus chercher les Sans PapierEs, je n’étais pas Sans PapierE, je n’ai rien dit. Quand ils s’en sont pris aux jeunes, je n’étais pas jeune…"

N’attendons pas ! Ne les laissons pas venir nous chercher ! Ne laissons pas la répression devenir la norme. Ne laissons pas ce gouvernement, le plus répressif depuis Pétain, imposer son "ordre nouveau".

Pierre Stambul


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édito revue n°4 déc 08
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