Revue Emancipation (nov 2006) : édito

mercredi 20 décembre 2006
par  Rédaction de la revue Émancipation

EDITO : Contre la chasse à l’enfant, aux sorcierEs, aux innocentEs

Un an et rien de neuf sous le soleil. Le sécuritaire, désormais sempiternellement au hit-parade des thèmes électoraux, est également toujours l’unique salut aux yeux du gouvernement. Plus encore avec le feuilleton médiatique des stars présidentiables, où le sensationnel se doit d’aller de pair avec la provocation. Même si c’est absurde. Mais c’est révé lateur. Il n’y a pas meilleure explication de texte du Projet de Loi de "Prévention de la délinquance" par son promoteur que cette assertion suite aux violences urbaines à Marseille : "La punition, c’est la première étape de la prévention". Donc, punir en amont pour une infraction, même avant qu’elle ne se produise, ou comment marcher sur la tête… Et la violence est toujours là , et pour cause.

C’est effectivement une loi punitive qu’on nous promet. Dans un contexte de répression généralisée, à commencer par les atteintes à la liberté d’expression, au-delà de la mise en cause de la liberté pédagogique. Il ne fait pas bon ces temps-ci, dans l’Education Nationale, exprimer un point de vue différent de l’opinion officielle, sur la lecture par exemple, et même quand on est auteur d’une thèse de doctorat sur la question à l’instar de Roland Goigoux. Si l’on suit De Robien, il faudrait remonter à l’école de 1900 -celle de 1905 étant déjà trop dévoyée avec la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat , sans doute peu au goût du gouvernement, à en juger ses nombreux cadeaux faits au privé . Ainsi, l’article 89 de la loi de décentralisation qui aboutirait à faire payer les communes pour des élèves scolariséEs dans une école privé e en dehors de leur territoire (obligation qui n’existe même pas dans le cas d’une école publique) : un cadeau de plusieurs centaines de millions d’euros !

Quand, dans des centaines de Conseils Municipaux, des résistances voient le jour, quelles réactions sur le terrain syndical ? La laïcité , la direction de la FSU semble à peine être au fait de son existence, puisque le mot n’apparaît qu’une fois sur la centaine de pages de textes préparatoires à son Congrès. A croire que c’est une attaque anodine contre un service d’éducation dit pourtant public, à l’heure où tout le monde s’accorde, lors d’un 28 septembre confidentiel, à en dénoncer le manque de moyens. La casse de l’école se poursuit, avec les statuts de 1950 des professeurEs du secondaire sur le grill. Et la seule réaction de la grande intersyndicale de l’Education, c’est une rencontre au sommet le 8 novembre pour décider d’une "action d’ampleur".

Pourtant, la casse des services publics est globale et coordonné e, y compris au niveau europé en. Aucun secteur n’est épargné , malgré le rejet de ces politiques le 29 mai 2005 : après la libéralisation du transport aérien et des télécommunications, celles de l’énergie,
des services postaux et des chemins de fer sont en cours. La Directive Bolkenstein , qui poursuit son chemin malgré quelques reculs, a été votée par le Conseil de l’Europe fin octobre et passe devant le Parlement europé en à la mi-novembre ; partout en France, des bureaux de poste sont remplacé s par des "points postes" à l’épicerie du village, quand ils ne disparaissent tout simplement pas, et l’attaque du service public devient tangible pour toutE unE chacunE.

Il y a donc matière à une lutte large, interprofessionnelle, à vocation générale. Mais, le 14 octobre dernier, l’attitude des directions syndicales, qui n’ont pas appelé à la manifestation contre la privatisation de GDF, ou seulement du bout des lèvres, a conduit tout droit au gel de la lutte. Les cheminots vont, à leur tour, de façon unitaire, se mobiliser le 8 novembre, par la grève (à l’heure des palabres dans l’Education). Après la mobilisation du 14 octobre, trop maigre, il faut que celle-ci soit une étape, pour la construction d’un vrai rapport de force. C’est bien à partir de secteurs en lutte et par l’unification des luttes que nous pourrons faire reculer la politique réactionnaire méthodiquement en marche. C’est se brûler avec le feu que d’attendre une échéance électorale hypothétiquement miraculeuse. En Grèce, les enseignantEs l’ont bien compris, et ne s’en sont pas tenuEs au mouvement de mai-juillet des universités l’an passé : depuis septembre, six semaines de grève et de lutte se sont écoulées - la plus grande mobilisation des enseignantEs en Grèce depuis 30 ans, rejointEs par les élèves du secondaire.

Au moment même où les appareils syndicaux créent une nouvelle Confédération Syndicale Internationale, unifiant la CMT chrétienne et la CISL social-démocrate sur des bases réformistes voire de syndicalisme d’accompagnement et de renoncement, c’est d’abord l’unité des luttes qu’il faut chercher pour développer une alternative au capitalisme, dont le tout-répressif n’est qu’un visage. C’est pourquoi la manifestation du 18 novembre contre le Projet de Loi de "Prévention de la dé linquance" porte en elle, au-delà du seul retrait du projet, les fondements d’une autre société, où il est certain que la qualité des services publics, via des personnels (travailleurEs sociaux, de l’Education…) en nombre, contribuera directement à la disparition des violences urbaines, avec une autre efficacité que la ré pression, qui ne cesse de les attiser. C’est maintenant, ensemble, qu’il faut enrayer la machine à réprimer. La mettre hors d’état de nuire.

Claire DEMEL

1er novembre 2006


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