Pour en finir avec la violence de genre

jeudi 10 septembre 2009
par  Raymond Jousmet

"On ne naît pas femme, on le devient" (Simone de Beauvoir), et symétriquement, "on ne naît pas homme, on le devient" (Pierre Bourdieu). C’est là toute la question du gender, "genre", ou sexe social, dont l’étude s’est développée depuis les années 1970 aux USA, montrant comment les discriminations dont les femmes sont victimes résultent de mécanismes sociaux - et non de prétendues données naturelles - et s’appuient sur une idéologie légitimant l’oppression des femmes, dont les violences qui leur sont faites sont symptomatiques. Nous reproduisons à ce sujet le texte issu de la réflexion collective d’Émancipation lors de la Semaine de Rians (83).

Labellisées "Campagne d’intérêt général 2009", les violences faites aux femmes sont d’une gravité dramatique dont la prise en compte mérite mieux qu’un hypocrite show médiatique présidentiel et une récupération par la droite gouvernementale. La question des femmes est une lutte politique, et au-delà, une lutte sociale qui renvoie à la notion de genre, construction intellectuelle de stéréotypes comportementaux et sociaux rattachée à tort à un sexe biologique.
Cette construction est directement en lien avec l’oppression patriarcale, et se décline sous différentes formes de violence. La domination masculine est la forme fondamentale de la violence de genre, qui dénie aussi le droit à l’orientation sexuelle. Cette domination est partout ; elle traverse toutes les strates et tous les secteurs de la société. Elle s’exprime également au plan langagier ; la féminisation des textes est ainsi partie prenante de la lutte féministe.
La violence de genre fait porter une double peine aux femmes. Dans le contexte de crise économique actuel, les femmes, toujours les premières victimes sur le terrain social, subissent de plein fouet la précarité grandissante (elles constituent 80% des travailleur/ses pauvres) et des discriminations aggravées : par exemple pour les femmes sans-papiers. Au plan de la santé, les femmes sont encore les parentes pauvres de la recherche comme de soins spécifiques, et voient une régression de leurs droits dans la maternité et la parentalité, tandis que le droit à l’avortement est toujours menacé - on se souvient à ce propos de la brèche supplémentaire ouverte par le décret du 22 août 2008 permettant l’assimilation d’un fœtus non-viable ou mort-né à une personne (enfant "sans vie") déclarée à l’état civil.
En tant que praticienNEs de l’éducation, nous avons une responsabilité particulière vis-à-vis de la violence de genre, alors que la loi autorise maintenant, depuis le 15 mai 2008, et dans un premier temps au bénéfice des écoles confessionnelles, les classes non-mixtes.
Celles-ci, en institutionnalisant la discrimination et en séparant les sexes, accroissent le sentiment d’étrangeté de l’unE à l’autre, participent de toutes les peurs véhiculées dans un contexte toujours plus sécuritaire, et renforcent la domination masculine. La démolition de l’école publique laïque mixte s’est poursuivie cette année, et parachevée dans le supérieur. En effet, la reconnaissance des diplômes délivrés par les congrégations religieuses a été conclue par les accords Kouchner-Vatican au printemps 2009, après l’autorisation de recrutement d’étudiantEs boursierEs donnée elle-même en octobre 2008 à la congrégation Saint Pie X (d’obédience lefèbvriste).
Nous revendiquons l’abrogation de la loi remettant en cause la mixité en milieu scolaire et luttons pour une mixité de droit et de fait. La faible féminisation des filières techniques et scientifiques doit aussi interroger nos pratiques enseignantes. Quelles représentations bâtissons-nous dans notre quotidien professionnel ? De l’éducation à la sexualité délaissée aux rapports filles/garçons non questionnés, et ce malgré des violences sexistes de plus en plus fortes, en passant par la répartition des territoires laissés à la domination footballistique, l’intervention/la non-intervention de la communauté éducative adulte est déterminante. Dans les récréations, l’espace central et majeur est occupé par les garçons, les filles étant cantonnées de fait à la périphérie. L’Éducation Physique et Sportive est également porteuse d’enjeux forts, selon qu’elle privilégie des activités coopératives, ou qu’elle soit axée, comme trop souvent, sur la compétition, renforçant la loi du plus fort et l’intégration de dominations d’ordre physique.
Nous appelons à lutter de toute notre énergie pour des pratiques scolaires coopératives égalitaires mixtes, la déconstruction de la notion de genre à tous les niveaux et dans tous les domaines, entraînant la fin de la domination d’un sexe sur l’autre - en l’occurrence masculine.
Émancipation Tendance Intersyndicale, 16 juillet 2009 (Rians)