Face aux contre-réformes, une autre société, une autre école

jeudi 10 septembre 2009
par  Raymond Jousmet

L’année scolaire 2008-2009 a vu s’enchaîner projets et contre-réformes pour adapter le système éducatif, de la maternelle à l’université, et la formation des enseignantEs, aux nouveaux besoins du capitalisme. Elle a vu aussi se développer des mobilisations fortes mais restées confinées à un secteur, sans permettre l’émergence d’une véritable alternative progressiste de transformation sociale.Ainsi, les mobilisations contre les réformes des lycées sont le plus souvent sous-tendues par le maintien du statu quo. À partir de ces constats, les débats de la semaine de Rians ont abouti au texte qui suit, voté en Assemblée Générale statutaire, dont l’objectif est de contribuer par nos interventions dans le mouvement social sur le terrain éducatif à populariser un projet d’éducation polyvalente et polytechnique pour touTEs. Les intertitres sont de l’équipe de rédaction de la revue.

De la maternelle à l’université, du jardin d’éveil à la mastérisation, la cohérence et le caractère frontal des attaques actuelles sur le système éducatif sont apparus clairement dans une large part de l’opinion publique. Dans les années 1990 à 2000, le discours dominant sur l’école était celui du questionnement de la démocratisation. Un palier avait été atteint dans la massification scolaire, qu’il s’agissait de franchir au prix d’un investissement public supplémentaire et d’une réflexion sur les méthodes, les pratiques, l’orientation. Mais aujourd’hui, deux années de sarkozysme précédées des ministères Ferry, Fillon et De Robien, nous font basculer dans une nouvelle période de l’histoire du système éducatif français, qui voit le triomphe d’une conception de l’école totalement soumise aux impératifs du capitalisme , une école minimale dont la préoccupation centrale devient la gestion des flux d’élèves, permettant l’intensification du repérage des élites et du tri social (abandon de l’objectif des 80 % d’une classe d’âge au bac, à mettre en rapport avec l’affichage d’un objectif de 50 % d’une classe d’âge au niveau Licence).

En premier lieu, résister et s’opposer

Déjà les premiers effets de ces contre-réformes peuvent se mesurer à l’aune du nombre sans précédent de jeunes laisséEs sans solution de scolarisation à la sortie du collège en ce début de juillet 2009.
Dans ce contexte, la première urgence pour Émancipation Tendance intersyndicale est d’apporter son soutien à toutes les résistances qui se développent actuellement, et de concourir à leur élargissement. Ces résistances peuvent se situer à différents niveaux : maintien et défense des pratiques pédagogiques alternatives, actions de boycott, qui touchent aussi le second degré, refus de Base Élèves, refus d’appliquer les nouvelles directives, refus de l’inspection.
Émancipation Tendance intersyndicale œuvre d’ores et déjà à obtenir le soutien syndical le plus large possible au mouvement des désobéisseurs et aux personnels en butte à la répression du pouvoir.
Au delà des résistances, Émancipation Tendance intersyndicale milite pour un vaste mouvement social unitaire.
Mettre en échec durablement la marche en avant actuelle du gouvernement serait déjà une victoire importante. Cependant, Émancipation Tendance intersyndicale se place dans une perspective de transformation sociale anticapitaliste. C’est pourquoi elle intervient dans le mouvement syndical et plus largement dans le mouvement social pour un contre-projet de système éducatif suffisamment étayé, d’une part pour mettre en avant des revendications offensives et cohérentes, d’autre part pour prendre appui sur l’actuelle contradiction entre la demande sociale d’éducation et le projet libéral pour l’école. Elle travaille ainsi à élargir dans l’opinion publique la nécessité d’une transformation sociale radicale et à en rapprocher l’échéance.

Tracer des perspectives de transformation sociale et scolaire


Pour Émancipation Tendance intersyndicale, ce contre- projet doit avoir pour objectif la création d’un système éducatif réellement démocratique et émancipateur et l’organisation d’une école polyvalente et polytechnique pour touTEs sans orientation ni rupture jusqu’à la fin de l’actuel lycée.
Pour cela il s’agit de revendiquer :
- la fin du dualisme scolaire par la nationalisation laïque sans indemnité ni rachat de tous les établissements privés et l’abrogation de toutes les lois anti-laïques (accord Kouchner-Vatican, loi Carle…)
- l’organisation de la démocratie directe dans les établissements scolaires, pour les enfants, les jeunes et les parents, et pour les personnels, en lien avec la pratique des pédagogies qui y sont adaptées.
- le refus de toute orientation avant la fin de l’actuel lycée et la fusion des trois voies actuelles de formation, professionnelle, technologique et générale. Ainsi, toute formation à finalité directement professionnalisante devrait être repoussée après l’actuel lycée.
- des moyens en termes de budget, de création de postes, de formation initiale et continue, et de statut unique des personnels, incluant la titularisation sans condition de concours ni de nationalité de tous les personnels précaires, et l’arrêt de tout recrutement de nouveaux/nouvelles précaires.

Des revendications transitoires et mobilisatrices


Dans l’immédiat et à titre transitoire, Émancipation Tendance intersyndicale soutient toutes les revendications qui peuvent concourir à réaliser ces objectifs ou à s’en approcher.
Pour sa part elle revendique immédiatement :
- l’abrogation de toutes les contre-réformes gouvernementales de ces dernières années (Loi Fillon, L.M.D., L.R.U., mastérisation, réformes et projets Darcos-Pécresse, mise en œuvre du rapport Descoings…).
- des créations de postes massives, non seulement pour rattraper les 35000 postes déjà perdus depuis 2005, mais aussi pour permettre des groupes d’apprentissages à effectifs réduits (20 à 25 élèves maximum selon les âges), des établissements à taille humaine, des dispositifs de remédiation non stigmatisants, adaptés et inclus dans le temps scolaire. Elle s’oppose en cela à l’individualisation des dispositifs d’aide pédagogique et à leur externalisation par rapport au temps scolaire.
- un recrutement par concours après la Licence, et s’articulant avec un pré-recrutement dès la première année d’études supérieures, suivi d’une formation en IUFM aux pédagogies actives, fondées sur la coopération et le tâtonnement expérimental, et à la pédagogie de projet.
- une réorganisation du temps scolaire respectueuse des rythmes de l’enfant et permettant d’articuler des moments d’acquisition des notions disciplinaires, des activités de projets interdisciplinaires et la pratique de la démocratie, dans le cadre d’horaires, de programmes et de diplômes nationaux.
- l’allongement de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans et la possibilité pour touTEs d’une quatrième année d’étude après l’actuel collège, dans chacune des trois voies de formation.
- le maintien et le développement des disciplines d’enseignement général au sein des voies professionnelles et technologiques, la lutte contre la hiérarchie des disciplines et pour l’intégration d’éléments de culture professionnelle et technologique dans la voie générale.
- la défense de la liberté pédagogique individuelle et collective, et des garanties pour les équipes de garder la maîtrise de l’ouverture des activités pédagogiques sur l’extérieur.
Émancipation Tendance intersyndicale propose en outre de lancer une réflexion sur l’articulation entre les programmes, les acquisitions disciplinaires et les pratiques du projet interdisciplinaire permettant à l’enfant et au jeune d’être pleinement acteur/actrice de sa formation.
Elle propose également une réflexion approfondie pour définir quels savoirs et compétences des différents champs professionnels et technologiques devraient relever d’une culture polyvalente et polytechnique commune à touTEs et quels savoirs et compétences relèvent de la spécialisation envisageable après l’actuel lycée.
Émancipation Tendance intersyndicale, Semaine de Rians (8-18 juillet 2009)