L’ordinaire d’un ancien appelé d’Algérie

lundi 26 octobre 2009
par  QD, Administrateur

« La pacification, c’était la guerre !
Témoignage d’un appelé en Algérie
1957-1959 »
livre de Jean Mourot
Books on Demand, septembre 2009-ISBN 978-2-8106-1531-5
473 pages illustrées-25,90 €. En vente en ligne sur Amazon.fr ou Chapitre.com

Je n’ai pas hésité un instant avant de commander ce livre.
Jean Mourot a écrit et dessiné dans la revue Ecole Emancipée dont l’Emancipation d’aujourd’hui est l’héritière et la continuatrice.
Son écriture soignée et rigoureuse était appréciée de tous, quant à ses dessins ils faisaient souvent la une.
Je n’ai pas été déçu bien au contraire et je ne lui en veux pas du tout d’avoir choisi de devenir sous lieutenant de réserve car ses réflexions, son action sous l’uniforme l’ont conduit à se conduire comme un citoyen responsable refusant de cautionner le militarisme colonialiste ambiant.

Pour lui, à cette époque, il était clair que l’indépendance était inéluctable et dans cette oeuvre témoignage il nous fait part de son expérience.
Il nous explique pourquoi l’Algérie était fascinante pour beaucoup d’appelés et l’on découvre peu à peu les contradictions de la hiérarchie militaire et les clivages qui existaient :
« Si le colonel Marey avait l’âme d’un Charles de Foucault, le commandant Cognier avait celle d’un Torquemada. Alors que le premier croyait à la vertu de l’amour et de l’exemple, le second n’avait foi, en matière d’appui militaire, qu’en l’ « Action psychologique » »
Ah si la gauche avait mis en cohérence sa politique et les valeurs qu’elle mettait en exergue dans ses programmes ! Cette sale guerre d’Algérie n’aurait pas eu lieu … Mais ceci est un autre débat.

Le lecteur comprend très bien pourquoi après la guerre, Jean Mourot n’a jamais emmené ses élèves chanter la Marseillaise aux monuments aux morts.
Ce livre relate la vie « ordinaire » d’un instituteur appelé qui est obligé d’obéir aux ordres donnés mais qui continue à penser, à échanger avec ses camarades...
Ces appelés ne se révolteront pas, ils ne rejoindront pas le maquis et d’ailleurs le pouvaient-ils ? Mais par contre, ce sont eux qui en décembre 1960 feront échec au putsch des généraux... calmement, tranquillement mais sûrement...
Si l’auteur était libéré au moment de ces « événements » donc n’a pas vécu ces journées de résistance massive, son récit nous montre bien l’ambiance réelle qui régnait chez les bidasses.

N’hésitez pas à goûter à ce livre, il fera vite votre conquête... quant au style : vous y retrouverez beaucoup de passé simple, un peu de présent du subjonctif, le tout bien accompagné … bon appétit...
On y retrouve la plume d’un hussard noir de la République qui ne renie pas ses origines.

Jean-François CHALOT