Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

mercredi 23 décembre 2009

Le 25 novembre, jour international de mobilisation contre les violences faites aux femmes, permet, chaque année, de faire le point sur cette traduction majeure du machisme, qui, combinée avec les autres systèmes d’oppression, frappe davantage les jeunes et les étrangères. Et ce n’est pas une déclaration médiatique élevant la chose au rang de "grande cause nationale" qui va y surseoir ; on nous a déjà fait le coup en 2009 avec l’attribution du label "Campagne d’intérêt général", label qui n’a pas empêché le "ministre de la Culture" de ne "rien voir de choquant" dans la chanson Sale pute ! du rappeur Orelsan, la qualifiant d’expression de "dépit amoureux", ou encore Roman Polanski de bénéficier d’une pétition de soutien, véritable insulte aux 50 000 victimes de viol chaque année en France. On mesure le chemin qu’il reste à faire pour que les violences faites aux femmes, minorées, souvent présentées comme un fait divers, soient reconnues pour ce qu’elles sont : un révélateur de la domination masculine, qui tue. En 2008, au "pays des droits de l’Homme", 156 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint.

Au mois d’octobre, la ministre de la Justice a présenté de nouvelles mesures pour protéger les victimes. Mais elles restent dérisoires par rapport aux besoins, et ce d’autant plus dans un contexte d’inapplication des solutions existantes. Une loi-cadre, à l’instar de celle qui a été adoptée en Espagne, et telle qu’elle est exigée par les organisations féministes engagerait, elle, la création de structures d’accueil et d’urgence adaptées, des aides financières et psychologiques, le développement de la prévention…

Et elle permettrait une approche globale sur cette question. Car il s’agit bien de comprendre ces violences comme une facette d’un phénomène cohérent, comme vient le rappeler le documentaire de Patric Jean, sortant en salles ce même 25 novembre, intitulé La domination masculine. Les violences domestiques y sont présentées en lien avec le magasin de jouets, le monde professionnel… en mettant en lumière le sexisme qui nous environne. Son auteur, un homme donc, a également lancé un Manifeste des hommes. Deux initiatives individuelles remarquables, à l’heure où les carences de l’État demeurent patentes, dédaignant, en la matière comme dans d’autres domaines, se questionner sur les causes pour finir par s’étonner des résultats, quand il ne les utilise pas pour effrayer l’électorat et aggraver ses politiques sécuritaires liberticides.

La répression, que le gouvernement peut continuer encore longtemps avec les mêmes résultats déplorables, et dans l’escalade de propositions inqualifiables type castration chimique (à quand la lobotomie ?), ne combat pas le mal à la racine : le machisme et le patriarcat. Non, ces violences et ces crimes ne sauraient se résoudre sans la déconstruction de la notion de genre à tous les niveaux et dans tous les domaines, et avec elle la fin de la domination d’un sexe sur l’autre. Et nous avons besoin pour cela de promouvoir des pratiques scolaires égalitaires mixtes dans une école publique et laïque, aujourd’hui méthodiquement démantelée.

Nous avons besoin de moins de flics et de plus de prévention sociale. Après avoir osé la référence à Jaurès, après en avoir dévoyé bien d’autres, c’est au tour des violences faites aux femmes d’être intégrées au show médiatique présidentiel censé faire oublier toutes les régressions sociales historiques de ce gouvernement destructeur, quand la droite réactionnaire dure, dont il est, a toujours été contre les femmes. Pas plus que les précédents, il ne veut remettre en cause le patriarcat, l’un des fondements de l’exploitation capitaliste.
Par les luttes, femmes et hommes uniEs, battons-nous pour notre émancipation !

Claire Demel