Brèves féministes (septembre 2010)

dimanche 19 septembre 2010
par  Rosine

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°1 de septembre 2010)

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Chronique des sexismes ordinaires

Avortement : où la loi ne suffit pas

On aurait raison de fêter l’entrée en vigueur le 5 juillet en Espagne de la loi autorisant les IVG - elles ne l’étaient jusque-là qu’en cas de viol, de malformations du fœtus ou de danger pour la santé de la mère. Pour autant tout n’est pas résolu : les anti-IVG ne désarment pas et ont porté la loi devant le Tribunal constitutionnel… Plus grave, les communautés autonomes de Madrid, Navarre, Galice et Murcie refusent de l’appliquer en attendant. Piqûre de rappel qui montre que, si la légalisation est nécessaire, comme encore en Irlande, Pologne, à Malte et Chypre, elle ne suffit pas au droit à l’avortement libre et gratuit. Ici comme ailleurs, il faudra vaincre au quotidien des condamnations morales, des réticences ou des obstructions, pour que ce droit, quand il existe enfin, ne reste pas théorique, ou remis en cause par la fermeture des structures ou l’allongement des délais, comme aujourd’hui en France.
Claire Demel

Quand l’Etat israélien s’approprie le corps des femmes

En Israël, une relation sexuelle librement consentie peut être requalifiée en viol s’il s’avère que le partenaire est palestinien. Il s’appelle Sabbar Kachour et a 30 ans. Ce Palestinien vient d’être condamné à 18 mois de prison pour "viol" par le tribunal de Jérusalem. Pourtant la jeune femme israélienne qui a porté plainte affirme, comme lui, que la relation sexuelle était librement consentie. Mais Sabbar lui avait alors affirmé qu’il était juif et célibataire alors qu’il est palestinien et marié … Israël se définit comme un état juif et un tel mensonge est considéré comme un crime. Un "viol" : détournement scandaleux du terme, qui assimile les corps des femmes à des possessions nationales, et les relations sexuelles à des violations de territoires selon les origines des protagonistes.
Pierre Stambul

Dés-agrégation d’histoire

Le Saint-Empire romain germanique (Moyen-Âge) est au menu de l’agrégation interne d’histoire (et avant elle, au menu de l’agrégation externe). Un des manuels de référence proposé aux candidatEs (Francis Rapp, Le Saint Empire romain germanique, Tallandier), présente ainsi la période de régence de la princesse Agnès de Poitou pendant la minorité du roi Henri IV (page 134) : "Elle était pleine de bonne volonté sans doute et si pieuse qu’elle prit le voile en 1062 (voilà un bon point !) (…) mais elle n’avait pas le sens des réalités politiques, ni la volonté qui lui eût permis d’imposer ses vues si elle avait eu l’intelligence d’en concevoir". La politique étant, on l’aura compris, une affaire d’hommes, le résultat ne se fait pas attendre : c’est la décadence, jusqu’au moment où un dignitaire religieux remet de l’ordre : "l’archevêque de Cologne se crut en droit de lui arracher les rênes (…) pour gouverner en parfait accord avec les « grands » du royaume. Agnès vit dans ce geste une désapprobation si claire de sa régence qu’elle ne fit rien pour se maintenir, mais se retira des affaires". Les hommes aux commandes, les femmes en prières, et tout redevient normal pour l’historien moderne !
Quentin Dauphiné