Brèves féministes (novembre 2010)

mardi 23 novembre 2010
par Rosine

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°3 de novembre 2010)

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Chronique des sexismes ordinaires

Au hasard des images…

Les publicistes le savent : l’imprégnation par l’image, rien de tel pour habituer le public aux produits qui, devenus familiers, seront choisis dans les hypermarchés avec l’impression d’exprimer une volonté libre. Notre environnement quotidien est saturé de ces images, apparemment anodines. Bien sûr, on peut parler ici des publisexistes, corps féminins morcelés ou dénudés exposés à la une des magazines, summum de la femme-objet. Mais il en est d’autres, plus "ordinaires", plus acceptées, et pour autant tout aussi lourdes de sens.

Prenons ainsi la signalétique d’un lieu public courant : les toilettes. On ne s’interroge pas sur sa nécessité, et pourtant ces signaux doivent être questionnés en soi, parce qu’ils renforcent la dualité masculin/féminin et sont très représentatifs de l’ancrage social de ces genres – quid par exemple des transexuelLEs (1) ?

Mais la séparation ne s’arrête pas à la distinction entre un pictogramme simple (l’homme identifié comme universel) et un autre qui en est comme une variation (Ève n’est-elle point sortie de la côte d’Adam ?). Presque toujours, quand il existe un espace pour changer bébé, de quel côté le trouve-t-on ? On ferait alors bien de s’inspirer de l’exemple de l’aéroport de Mexico qui appose à côté de chaque signal le dessin de l’enfant à prendre en charge, au lieu d’entériner une séparation qui induit des rôles et lieux selon le sexe.

Mais cela, en Amérique latine notamment, est très majoritairement inconcevable. Au contraire : on crée de nouvelles séparations. Sur les quais du métro de Mexico, une zone est réservée aux femmes et enfants, et des agentEs vigilantEs vous empêchent d’y pénétrer avec votre compagnon (heureusement, il reste une zone mixte, ouverte à toutE humainE). Certes, des campagnes de sensibilisation sont épisodiquement menées pour dénoncer les agressions et attouchements dont sont victimes les femmes dans le métro. Cette démarche-ci est préventive, et à poursuivre amplement. Car qu’apporte notre soustraction à l’espace commun public ?

Nous enfermer (ainsi que des enfants) sous prétexte que nous serions de potentielles victimes… Aucune résolution du problème en soi. Et que dire de cette logique sécuritaire poussée jusqu’au bout : la liberté de circulation aux potentiels agresseurs ?

Claire Demel

(1)En 2003, la députée transgenre Vladimir Guadagno "Luxuria" a dû faire face à une polémique pour utilisation des toilettes réservées aux femmes au Parlement italien.