Avec les syndicats… et malgré leurs directions

mercredi 15 décembre 2010

La mobilisation contre le projet de loi Sarkozy de casse des retraites a enclenché une dynamique exceptionnelle. Par sa durée son ampleur, et ses différents aspects, elle comporte autant d’acquis qui font qu’elle est loin d’être perçue comme un échec.

Ces luttes ont pulvérisé les campagnes gouvernementales (et pas seulement !) sur l’inéluctabilité d’une réforme qui n’est pas justifiée, vu que l’équilibre serait rétabli pour les retraites comme pour la santé, en mettant fin aux exonérations pour les patrons, qui représentent au moins 67 milliards d’euros.

ChacunE a pu constater la disproportion abyssale entre d’une part, cette contre-réforme inégalitaire et injuste qui va appauvrir encore plus les retraitéEs les plus pauvres, particulièrement les femmes et les précaires, et d’autre part, les largesses octroyées grassement à l’establishment capitaliste et à ses serviteurs (prêts faramineux sans contreparties aux banques qui dopent l’ampleur des déficits publics prétexte à la casse des acquis sociaux, cadeaux fiscaux sur le dos des travailleurEs…)

L’unité à la base, les reconductions dans de nombreux secteurs, la généralisation des AG interprofessionnelles et les actions de blocage de l’économie ont favorisé la prise de conscience des solidarités dans ce qui est apparu de plus en plus nettement comme un conflit de classe. La conviction s’est renforcée que pour en finir avec la politique de ce pouvoir au service du MEDEF, sans attendre 2012, il fallait construire la grève générale reconductible et aller vers le blocage du pays.

Ces acquis, ces outils que la mobilisation a construits en même temps qu’elle durait et se renforçait expliquent en partie pourquoi celle-ci n’apparaît pas comme un échec cuisant et démobilisateur, comme en 2003. Ce n’est pas le découragement qui l’emporte, comme semble l’indiquer le regain de syndicalisation, car dans ce mouvement, ce qui s’est joué assez rapidement, c’est la volonté d’en finir avec toutes les contre-réformes qui précarisent, cassent les salaires, les services publics (Éducation, Santé, Emploi, Culture…), les garanties professionnelles et sociales, et contre la répression sans précédent, policière, judiciaire, patronale et contre les jeunes… et d’en finir avec Sarkozy lui-même.

Et ce n’est pas la désillusion qui l’emporte, parce qu’il n’y a guère eu d’illusions sur le rôle des directions syndicales qui ont refusé de reprendre la revendication du retrait, continué à réclamer l’ouverture de "négociations" pour "une autre réforme", maintenu la stratégie des appels saute-mouton, en soutenant du bout des lèvres les reconductions et les blocages sans y appeler vraiment. Les rencontres nationales des collectifs de lutte de Tours et Nantes témoignent à la fois d’une volonté d’ancrage de la lutte dans la durée, de la recherche d’une alternative auto organisée face aux stratégies syndicales perdantes, et d’une solidarité allant au-delà de l’hexagone.

Partout en Europe, les forces populaires se mobilisent avec une ampleur inédite, pour refuser de payer les frais de la crise et d’engraisser ceux qui s’en nourrissent, par la baisse des salaires, des pensions, de toutes les dépenses sociales et le désengagement des États. Ces forces se heurtent aux mêmes difficultés politiques et syndicales qu’en France, avec des syndicats affiliés à une Confédération Européenne des Syndicats (CES) qui n’a jamais soutenu un seul de ces mouvements et qui au contraire veut faire avaler partout les diktats d’un capitalisme financier mondial dont la remise en cause va bien au-delà des classes populaires.

Partout en Europe monte, sous des formes d’expression diverses, cette volonté de briser le carcan capitaliste. À Paris comme au niveau européen, il faut rompre avec le piège du "dialogue social" et l’accompagnement des régressions, pour développer les luttes de classe.

Raymond Jousmet