Brèves féministes (janvier 2011)

mardi 25 janvier 2011

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°5 de janvier 2011)


Parce que c’est aussi une forme de haine…

Chronique des sexismes ordinaires

Pendant ce temps-là…

Que se passe-t-il entre le 25 novembre, journée internationale contre les violences faites aux femmes, et le 8 mars, journée mondiale des femmes ? Enfin, en dehors des fêtes où l’on demandera à ces mêmes femmes d’être des acheteuses de Noël averties (inévitables rayons rose et bleu bien séparés), les cordons bleus du repas familial de Noël, ou les pin up du jour de l’an… Hé bien, pendant ce temps-là…

  • Après 10 ans d’existence dûment commémorés, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), 36 membres pour présider aux destinées de touTEs les retraitéEs, compte 35 hommes, une seule femme et zéro précaire.
  • À l’issue du remaniement, le nouveau gouvernement Fillon ne comporte que 11 femmes sur 30 membres (soit 36%).
  • 2,5 millions d’euros de crédits supplémentaires sont votés pour le Service des Droits des Femmes et de l’Égalité (SDFE). Un cadeau de Noël qui ne résoudra pas son déficit majeur dû à la Réforme Générale des Politiques Publiques, ni la dilution de ses délégations dans les directions régionales de la "Cohésion sociale", ni ne fera revivre son Centre de documentation, seul outil institutionnel de ce type, fermé en 2008 par le gouvernement Sarkozy.
  • Une loi va contraindre les grandes entreprises à un quota de 20% de femmes dans les conseils d’administration en 2012, 40% en 2016, pour mettre fin à leur sous-représentation (moins de 15% en 2010). Quand on sait quel a été le sort réservé à l’Observatoire de la parité, suspendu pendant plus d’un an avant qu’une nouvelle installation fasse la part belle aux parlementaires (et large aux UMP) au détriment d’associations féministes et universitaires, l’intention semble douteuse. 2010 nous a montré à quoi peut aussi servir la féminisation de ces conseils : Bernadette Chirac a été nommée au conseil du géant du luxe LVMH, dirigé par Bernard Arnault, grand ami de Sarkozy (rejoignant la seule autre femme qui y siège, Delphine Arnault, directrice générale adjointe de Dior et fille de B. Arnault) ; Florence Woerth à celui du groupe Hermès, filiale de LVMH ; Nicole Dassault chez Dassault Aviation ; ou encore Amélie Oudéa-Castéra, la femme du patron de la Société générale, au conseil de Lagardère...
  • Tandis qu’une charte avait été signée avec le CSA (le 13/10) pour améliorer l’image des femmes (trop souvent mères de famille, victimes ou témoins) et à favoriser leur présence dans les médias (en 2008, 31 % de femmes interrogées contre 52 % d’hommes, et 25 % de temps de parole en moins pour les femmes) :
    - lors d’un débat sur la suppression de l’abattement d’impôts pour les employéEs de maison, il ne fait aucun doute pour le journaliste Robert Ménard, et avec le silence complice du reste du plateau, que c’est une occupation féminine : "les femmes de ménage qu’on emploie parce que nos épouses travaillent aussi et qu’elles n’ont pas envie de repasser"…
    -  le groupe Radio France, dont les sept directions d’antenne comptent six hommes et une seule femme, élit sa personnalité culturelle de l’année, rituellement un homme blanc et âgé de 40 à 70 ans (cette fois : Raymond Depardon). Et ce ne sont que quelques exemples… Mais pendant ce temps-là, aussi, les féministes ne baissent pas la garde, parce que deux journées par an, c’est bien peu pour l’égalité. Début décembre, un congrès international féministe s’est tenu à Paris, confrontant les analyses et les revendications MLF des années 1970 à la réalité d’aujourd’hui, et poursuivant le combat. Filles, femmes et féministes, bonne année.

Claire Demel