Que vive la commune… Partout !

Édito de la revue n°9, mai 2011
lundi 16 mai 2011

Voilà 140 ans les ParisienNEs organisaient la Commune fondée sur les idéaux de liberté et d’égalité sociale. Par leurs édits, et surtout par leurs actes pratiques, ils ont pris le pouvoir discrédité par un despote d’opérette en déroute face aux Prussiens après ses déconvenues coloniales au Mexique. Les capitalismes en expansion s’affrontaient déjà pour les marchés et se mesuraient pour se partager le monde ; mais ils savaient se mettre d’accord dès qu’il s’agissait d’opprimer les peuples et de réprimer des mouvements qui osaient contester leurs dogmes d’exploitation et de rentabilité maximale.

Thiers s’est entendu avec les occupants prussiens pour écraser la Commune et la Troisième république s’est fait la main dans le sang du peuple de Paris, avant d’aller opprimer d’autres peuples dans les campagnes coloniales. Près d’un siècle et demi après, que reste-t-il de ces scories de l’histoire ?

Les pays qui s’étaient retrouvés sous le joug colonial avaient secoué ce dernier au point de croire s’en être débarrassés. C’était compter sans les anciens colonisateurs déterminés à continuer leur pillage par tous les moyens, quitte à s’accommoder - quand ils ne les entretenaient pas – de guerres civiles et de régimes despotiques ou militaires. C’est de ces régimes que les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen Orient sont en train de s’émanciper. Ils en payent le prix, forçant notre admiration. Mais l’admiration ne suffit pas.

Contre l’impérialisme post colonial, le message émancipateur des communardEs…

L’exemple de la Commune pousserait à aller se mettre au service des luttes pour l’émancipation là où elles se mènent, comme l’avaient fait, en 1871, de nombreux-ses militantEs internationalistes de différents pays. Organiser un “contre-tourisme” militant au service des alternatives en cours en quelque sorte.

Mais la solidarité ouvrière internationaliste, c’est aussi notre intervention en France pour :

  • refuser les guerres qui, sous couvert d’ONU, visent à asseoir la loi du FMI et du capitalisme mondialisé,
  • contrer les trusts qui oppriment les travailleurs de ces pays, partout où c’est possible : dans les entreprises, dans les ports…
  • et bien sûr contribuer à débarrasser la planète de l’exploitation capitaliste qui est bien souvent responsable de l’oppression dans lespays “ex”- colonisés.

… sans oublier le pouvoir au service du capitalisme en France

On peut se demander pourquoi les descendantEs des communardEs, les citoyenNEs de ce pays qui a fait trois révolutions, les grèves de 36, la résistance au nazisme et 68, tolèrent le pouvoir d’un individu encore plus grotesque que le petit napoléon, mais qui parvient à rogner les acquis des grands mouvements ci-dessus.

Si nous en sommes là, ce n’est pas tant par perte du désir d’en découdre, puisque les travailleurEs et la jeunesse sont capables de descendre par millions dans les rues sur le CPE ou sur les retraites, de tenir des grèves et des occupations dures. Mais c’est peut-être parce que, contrairement aux ancêtres de 1870, celles et ceux qui luttent ne se sont donné ni la perspective ni les moyens de prendre le pouvoir.

Ce qui supposerait - en plus de l’ennemi principal - de se garder des partis politiques, trop obnubilés par la défense de la boutique et la conquête des postes, pour voir l’urgence de rompre avec ce régime qui se goinfre des inégalités et qui fait la guerre aux immigréEs et à la jeunesse ; des directions syndicales, qui veillent à entretenir juste assez d’agitation pour paraître défendre les intérêts de la classe et pas assez pour ne pas les trahir ; et même des révolutionnaires, qui ne parviennent pas à se donner les moyens de tenir des AG pour décider cette indispensable prise d’autonomie… Afin d’être dignes de ces combattantEs de la Commune qui y ont consacré leur vie, et pour beaucoup l’ont perdue.

Olivier Vinay, le 28 avril 2011