A propos de la résolution UMP concernant la laïcité votée à l’Assemblée Nationale

dimanche 19 juin 2011
par  QD, Administrateur

Ci-dessous et en pièce jointe le communiqué du CREAL 76 à propos des prétentions laïques du gouvernement de Sarkozy.

Communiqué du 16 juin 2011
Résolution UMP concernant la laïcité
votée le 31 mai 2011 par l’Assemblée Nationale

Les meilleures résolutions sont celles qu’on applique d’abord à soi-même. En proposant, le 31 mai dernier, au vote de l’Assemblée nationale une résolution prétendant revigorer la laïcité républicaine, l’UMP nous a offert une nouvelle version de l’hôpital se moquant de la charité dans le style « Faites ce que je vous dis, ne faites pas ce que je fais ! ».

Des déclarations présidentielles au Latran ou de Puy-en-Velay, une politique scolaire détruisant l’enseignement public tout en favorisant l’enseignement catholique, des dispositions fiscales encourageant le financement d’associations cultuelles, des cérémonies d’hommage ou des commémorations républicaines dans des lieux de culte, un « Groupe juridique inter-cultes » à l’oeuvre depuis 2007 au sein du Ministère de l’intérieur, travaillant à concrétiser les recommandations de la Commission Machelon dont les conclusions ne cachent pas ses sympathies pour le statut concordataire d’Alsace-Moselle comme modèle de relations entre les églises et l’État... Et la liste serait longue des privautés dont la majorité sarkoziste s’est rendue coupable à l’égard de la laïcité.

Et voilà que l’UMP découvre les vertus de la laïcité ! Grâce en soit rendue à l’Islam qui est, personne n’est dupe, la véritable cause de cette révélation. Après la convention de l’UMP qui s’est tenue le 5 avril dernier sur la place de l’Islam en France, le vote de cette résolution est le deuxième étage de la fusée. Ne doutons pas que sur sa lancée, l’UMP ne veuille poursuivre dans cette voie en faisant de la laïcité « un principe fondateur du pacte républicain » de l’identité française, fossilisant l’universalisme laïque en un concept nationaliste.

Mais qui trop embrasse mal étreint. Ces démonstrations laïques ont bien du mal à masquer une entreprise de falsification qui préfigure une opération de dénaturation de la laïcité faisant de ce principe politique d’émancipation de la personne un additif à l’arsenal réglementaire des libertés publiques :

· Ainsi, le motif même de la résolution tente de dissocier laïcité et liberté de culte : « Résolution sur l’attachement au respect des principes de laïcité, fondement du pacte républicain, et de liberté religieuse ». Cette dualité étrange est réitérée lorsqu’est évoquée l’élaboration d’un « code de la laïcité et de la liberté religieuse » qui constituerait un règlement intérieur dissociant le principe politique défini par la loi de 1905 de séparation des églises et de l’État et une nouveauté informelle pouvant servir d’appui au retour du délit de blasphème.

· Ainsi, le texte fait avaliser par l’Assemblée Nationale une innovation incongrue d’« identité constitutionnelle de la France » dont la laïcité serait redevable. Devrons-nous demain assister au vote d’une résolution de l’Assemblée Nationale pour chaque principe contenu dans la Constitution transformée en catalogue de l’identité française ?

· Ainsi, la résolution adoptée par une majorité de députés affuble d’un nouvel adjectif la laïcité en intronisant le concept de « laïcité équilibrée » devant s’effacer devant « la défense de la liberté religieuse ». On ne peut que s’inquiéter du contrepoids que l’UMP entend utiliser pour établir cet équilibre alors que la liberté religieuse semble en être dispensée !

· Ainsi, tout en se disant attaché à la loi de 1905 établissant que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » la résolution estime nécessaire un aménagement pour « le financement de la construction et de l’entretien des lieux de culte. » Comme si la religion de préférence ne bénéficiait pas des largesses des deniers publics !

On s’amusera au passage de la recommandation qui est faite de veiller à prendre en compte la laïcité « dans les politiques publiques de formation, en particulier au sein de l’Éducation nationale » alors que cette même majorité vient de liquider la formations des futurs professeurs de l’enseignement public ! En exonérant bien sûr de cette formation, et le texte tient à le préciser, les « structures présentant un caractère"propre" d’inspiration confessionnelle » qui pourtant bénéficient de financements publics !

Une laïcité équilibrée comme si elle était jusqu’ici partisane, une formation à la laïcité s’arrêtant à la porte des établissements privés d’enseignement, une laïcité revisitant le principe général de liberté de conscience énoncé par la loi de 1905 pour privilégier la liberté religieuse. Voilà la conception erronée de la laïcité que l’UMP veut imposer pour faire pièce à la récente conversion du Front National à une laïcité identitaire. Pour le CRÉAL-76, la laïcité mérite mieux qu’être l’enjeu de surenchères électorales sur fond de xénophobie. Il appelle tous ceux et celles qui partagent cette indignation, citoyens, citoyennes, associations, partis, syndicats à se concerter dans l’urgence pour agir afin de mettre fin à ce révisionnisme.


Documents joints

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