Brèves féministes (avril 2011)
par QD, Administrateur
(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°8 d’avril 2011)
Parce que c’est aussi une forme de haine…
Congé maternité : l’inévitable traversée du désert ?
Les cours de préparation à l’accouchement et la péridurale sont là pour le rappeler aux postulantes : l’accouchement, ce n’est pas une partie de plaisir… Il suit donc qu’il faut s’en remettre. Pour autant, le congé maternité ne remplit pas cette seule fonction. Pour preuve : il est accordé au père lorsque la mère décède au cours de ce même congé. Le congé maternité vise ainsi à deux objectifs qui sont, sinon contradictoires, pour le moins paradoxaux : la récupération des femmes après accouchement, et la prise en charge du bébé.
Pour autant cela ne choque pas : cette prise en charge, n’a-t-elle pas déjà été le fait du corps féminin pendant neuf mois ? Faire un enfant, n’est-ce pas une histoire au féminin ? Tout est fait pour l’instituer. À l’heure où les femmes auraient droit à un juste repos et où les hommes peuvent prendre leur place de père, la loi prévoit seulement d’accorder à ceux-ci quelques dix jours obtenus à la peine en cumulant le congé de naissance et le "congé paternité".
Il y a bien le congé parental… Mais dans un contexte d’inégalités salariales criantes - la France est classée au 127e rang sur 134 pays, derrière les États-Unis, le Kenya ou le Kazakhstan (1) ! et l’Observatoire des inégalités donne un écart de 27% en moins pour les femmes (2) – et avec le poids de la société patriarcale, rien d’étonnant à ce que ce soit les femmes qui le prennent… après leur congé maternité.
Cependant cela devrait changer. En dehors des déclarations de Roselyne Bachelot en faveur d’une meilleure rémunération du congé parental – proposition qui va de pair avec son raccourcissement, et hop ! – la susdite a commandé un rapport pour juin sur "la participation des hommes aux responsabilités parentales", qui étudiera notamment "les dispositifs pouvant inciter les pères à prendre un congé parental". Ce qui ne résoudrait néanmoins pas le paradoxe du congé maternité, tant il est ancré dans les mentalités que c’est aux femmes – surtout si elles allaitent – d’assurer le service post-naissance.
Arrive le 8 mars ; les initiatives fleurissent – même si le Président n’en a rien remarqué (3), l’institution de cette journée pousse chaque année à de nouvelles avancées en faveur des femmes - et c’est d’horizons improbables que viennent des idées novatrices sur cette question. La CFDT Cadres propose ainsi d’instaurer un congé paternité de deux mois. Laurence Parisot, présidente du Medef, l’évoque elle aussi, car "cela inciterait aussi les pères à partager, dès le premier jour, les tâches familiales". Ne poussons pas trop loin le bouchon tout de même, dans son idée, ce congé paternité serait moins long, dans un premier temps, que celui des femmes, et ses motivations restent à la gloire entrepreneuriale et carriériste, car le congé maternité "freine trop souvent l’évolution de la carrière des femmes" (au fait, et c’est normal ça ?).
Mais les idées sont là et on se demande pourquoi seulement… ici et maintenant.
Claire Demel
(1) The Global Gender Gap Report , World Economic Forum, octobre 2010.
(2) Les inégalités de salaires hommes - femmes : du temps de travail aux discriminations , janvier 2009.
(3) "C’est sympathique, il faut le faire, enfin parfois il faudrait qu’on se concentre sur l’essentiel", a-t-il déclaré ce 8 mars, ajoutant : "Aujourd’hui d’ailleurs, la vie des femmes ressemble à la vie des hommes".

