Brèves féministes (mai 2011)

vendredi 27 mai 2011
par  QD, Administrateur

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°9 de mai 2011).

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Femme, étrangère, séropositive, et… expulsée
Sous-représentées dans les essais thérapeutiques, les femmes sont pourtant surexposées au VIH car 3 à 6 fois plus susceptibles d’être contaminées lors d’un rapport. À l’occasion du Sidaction, le ministère de la Santé a cependant annoncé un appel à projets pour des "actions en direction des femmes", et notamment vers "les plus exposées (usagères de drogues, femmes migrantes, femmes séropositives, femmes prostituées)". Peu importe si par ailleurs le Sénat vient d’adopter le projet de loi relatif à l’immigration, avec l’article 17 ter à peine retouché, sur les pathologies graves. Sauf "circonstances humanitaires exceptionnelles", le titre de séjour "étrangers malades" ne pourra être accordé qu’en cas d’"absence" du traitement approprié dans le pays d’origine. Mais si la disponibilité des traitements est une chose, leur accessibilité effective en est une autre. Dans le monde, plus de 60% des individuEs qui vivent avec le sida - dont près de la moitié sont des femmes - et qui auraient besoin d’un traitement n’y ont pas accès. L’arsenal sécuritaire en rajoute maintenant pour les renvoyer dans leur pays d’origine où elles mourront faute de soins ! À cet éclairage, on apprécie particulièrement les annonces du ministère de la Santé, qui n’en est pas à sa première B.A. stérile en faveur des migrantEs. Faut-il rappeler sa commande d’un rapport sur la réforme de l’Aide Médicale d’État exhumé seulement après l’adoption du texte ? La contribution financière imposée, contre l’avis méconnu du rapport, aux étrangerEs précaires et sans-papiers pour bénéficier de l’Aide restreint l’accès des migrantEs aux soins vitaux… Dans ces conditions, on voit mal comment le ministère de la Santé souhaite voler au secours des femmes "les plus exposées".

Je vais bien, merci
Décidément, les 343 n’ont pas fini de faire parler d’elles. 40 ans après leur manifeste, il y a récidive. Pour défendre le droit à l’IVG et au-delà, 343 femmes publient aujourd’hui un nouveau manifeste, "L’égalité maintenant" ; et "Les filles des 343 salopes" lancent un appel pour libérer la parole sur l’avortement, "faire entendre un autre discours pour que les femmes puissent enfin ne plus se sentir coupables de ne pas souffrir d’avoir avorté" (1). C’est que les attaques n’ont pas cessé, y compris au plan légal. Dernièrement, à l’occasion de la révision des lois de bioéthique, c’est le diagnostic prénatal qui est remis en cause : il ne serait plus proposé que "lorsque les conditions médicales le nécessitent" – soit au bon vouloir du médecin. Une bonne occasion pour la droite catholique de l’hémicycle de reprendre les arguments de la Fondation Jérôme Lejeune anti-IVG, dénonçant l’avortement qui suit un dépistage, criant à l’eugénisme, au nazisme (si, si). Tandis que sur les garanties, on piétine. Le Planning familial réclame toujours la hausse du forfait versé par la Sécurité sociale aux hôpitaux pratiquant des IVG, promise par le gouvernement depuis un an. Quant au recours gracieux déposé auprès du Premier Ministre pour non application (10 ans après !) de la loi 2001 sur l’IVG, la contraception, et l’éducation à la sexualité, là aussi, silence radio. Pourtant, plus que jamais, "il est temps de prévoir une éducation dès le plus jeune âge pour comprendre et remettre en cause les mécanismes de domination" (2). Et continuer à dire, "haut et fort que l’avortement est notre liberté et non un drame. Nous déclarons avoir avorté et n’avoir aucun regret : nous allons très bien" (1).

Claire Demel

(1) http://blog.jevaisbienmerci.net/.
(2) Manifeste "L’égalité maintenant".