Brèves féministes (juin 2011)

lundi 27 juin 2011
par QD, Administrateur

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°10 de juin 2011)

Parce que c’est aussi une forme de haine…

L’affaire DSK, ou quand les vieux démons sexistes se déchaînent…

Il a suffi qu’un homme politique puissant, destiné aux "plus hautes responsabilités", sombre dans une affaire de violence sexuelle pour que toute la classe politico-médiatique française s’engloutisse dans des attitudes, des propos et des mépris, dignes d’une époque que l’on croyait révolue.
Tout d’abord, la solidarité des copains-coquins journalistes fait voler en éclats les avancées idéologiques des luttes féministes des dernières décennies : l’abject "détroussage de domestique" de Jean-François Kahn - remettant à l’honneur les pratiques des amours ancillaires où les femmes étaient les objets des maîtres de maison - est renforcé par Eric Fassin qui, dans Le Monde du 16 mai, parle de "puritanisme américain" et par Le Nouvel Observateur qui renvoie à la "culture anglo-saxonne qu’en France on tient souvent pour de la pudibonderie" - considérant, donc, que les luttes des féministes américaines n’auraient abouti qu’à une oppression morale condamnable - tandis que Libération et même Le Canard Enchaîné s’abritent derrière le refus "d’entrer dans la vie privée des hommes et des femmes politiques".
Ensuite, la solidarité de caste des collègues politiques gomme l’existence même d’une victime : chacun exprime sa compassion envers DSK, de Martine Aubry jusqu’à Badinter fustigeant la justice américaine qui traiterait DSK comme un vulgaire "dealer" et lui infligerait une "double peine" ; et, alors que la majorité des FrançaisES croient dur comme fer en la thèse du complot, Christine Boutin – qui n’a jamais brillé par son féminisme - parle de "piège" tendu à DSK. Il faudrait, donc, un traitement de faveur envers l’homme politique puissant et le rendre victime tant il est impossible de l’imaginer coupable !

Mais où va-ton ?

Encore une fois, la victime est oubliée, occultée, rendue invisible. Invisible comme ces dizaines de milliers de femmes victimes d’agressions sexuelles qui, en France, ne portent jamais plainte. Y compris chez les femmes socio-professionnellement favorisées, la peur d’être livrée en pâture à la fureur médiatique stoppe toute velléité de plainte (comme Tristane Banon agressée elle aussi par DSK il y a 4 ans…). Et pourtant, elles sont 75000, chaque année, de toute catégorie sociale, des plus démunies jusqu’aux plus riches, à subir des violences sexuelles et à peine 10% portent plainte ! Combien de traumatisme et de culpabilisation faut-il pour en arriver là !
Face au pouvoir, aux relations, à la fortune, aux moyens de pressions de DSK et de ses avocats, la femme de ménage du Sofitel de New York ira-t-elle jusqu’au bout de sa démarche ? Sortira-t-elle grandie ou salie de cette affaire ?
En tout cas, c’est à elle - et au long cortège de ses sœurs d’infortune -que vont toutes nos pensées et notre solidarité : pour que plus jamais un puissant – ou tout autre homme - ne la méprise à cause de son sexe, de sa couleur de peau ou de sa classe sociale. Pour que plus jamais une femme, quelle qu’elle soit, ne soit violentée. Pour que nos luttes terrassent définitivement les vieux démons sexistes qui se réveillent trop souvent en France comme ailleurs…

Eliane Paul-Di Vincenzo

Sur ce sujet, voir aussi l’appel http://www.osezlefeminisme.fr/artic....