La pompe à phynances

Édito de la revue n°1, septembre 2011
dimanche 11 septembre 2011

En cette rentrée la crise justifie tout : le chômage, les conditions de travail désastreuses, la casse des garanties sociales et professionnelles…

Dans ce contexte, la tâche des syndicats semble claire (cf. texte de rentrée d’Émancipation*). Pourtant, dans un communiqué fin Août, l’intersyndicale nationale a mis au rang de ses priorités “la maitrise de la dette”. Cette position de la panoplie libérale, ne figure pas dans les mandats syndicaux. Les directions syndicales se seraient-elles converties à la science des solutions imaginaires, la pataphysique ?

Qui paie ses dettes… s’appauvrit, à l’image des pays qui payent leurs dettes publiques aux conditions du FMI et de l’Union européenne : la dette publique est un des leviers du capitalisme pour imposer des rendements de 25%. En France, la dette a été construite depuis 1973, pas tant en raison du premier “choc pétrolier”, que de l’abandon par l’État d’un outil de régulation financière : la possibilité d’emprunter à taux zéro à la Banque de France. Résultats : depuis, 1200 milliards (presque la valeur actuelle de la dette) d’intérêts payés aux banques privées et plus jamais un budget de la nation équilibré (d’où la “règle d’or”).

En même temps, l’État a fait cadeau aux riches et aux patrons de rentrées fiscales et de cotisations sociales (400 milliards depuis 2000) et a dû renflouer la faillite des institutions financières pour digérer les subprimes, transformant ainsi une dette privée en dette publique. Il a ainsi fourni d’importants capitaux aux spéculateurs qui, avec l’aide des agences de notation, jouent avec les économies des pays, et s’approprient leurs richesses à la découpe. Dans ce contexte “le contrôle de la finance”, “la taxation des possédants”… sont au mieux des illusions, qui permettent de faire payer la dette aux travailleurEs.

Les revendications qui répondent à la situation, sont l’annulation de la dette et l’expropriation des Banques… Pour les modes d’actions, les pays d’Afrique du nord et du Moyen-Orient montrent la voie, ainsi que les peuples d’Europe qui se battent, et avec lesquels il faut organiser la solidarité.
Est-ce trop exiger de responsables syndicaux et politiques qui préfèrent se cantonner dans un électoralisme prudent, “maitrise de la dette” à la clé ?

En finir avec ce régime... ce n’est pas seulement en finir avec Sarkozy-Ubu, mais aussi avec les forces et les responsables politiques qui défendent la même orientation libérale, de droite, comme de gauche.
Les directions syndicales, elles, se préparent à toutes les éventualités, ménagent Sarkozy, au cas où il viendrait à l’emporter et appellent des lendemains qui chantent… En reprenant la rengaine à la mode que les candidatEs aux primaires socialistes entonnent en cœur : “l’inéluctabilité de la crise et de la maîtrise de la dette”.

De plus il y a les élections professionnelles, sous l’égide du “dialogue social” à la sauce Sarkozy, dans lequel sont engluées la plupart des directions syndicales, tétanisées par ces élections qui détermineront les moyens et les droits syndicaux que le pouvoir daignera leur laisser. La grève “éducation” du 27 septembre et la journée d’action inter-professionnelle du 11 octobre préparent ces scrutins, dans une saine émulation boutiquière. Pendant ce temps l’agression du Pouvoir dans l’Éducation nationale peut continuer (par exemple la fin du statut…). Il est donc urgent de détourner le dispositif syndical pour initier une dynamique, en coordonnant les actions contre la précarité et l’aggravation des conditions de travail (avec notamment la grève intersyndicale du 8 septembre en Seine-Saint-Denis).

Défendons les conditions de vie des travailleurEs avant celles des appareils syndicaux ! Et puisque les élections sont de mise, procédons dans les boites et les quartiers à celle de déléguéEs d’AG pour les coordinations. Sans oublier que cette année il y a aussi des élections internes dans des syndicats pour pouvoir demander des comptes sur “la maitrise de la dette”.

Olivier Vinay le 4 septembre 2011


Documents joints

édito revue n°1 sept 011
édito revue n°1 sept 011