Public – Privé : Résistance en Lot-et-Garonne

mardi 22 novembre 2011

Plus c’est gros, mieux ça passe ? Ce n’est pas si certain, même quand les organisations majoritaires occupent le haut du pavé avec des banderoles de plus en plus grandes, à l’inverse de la revendication revue à la baisse. Alors que l’enseignement privé s’était invité dans les cortèges, la modeste pancarte de nos camarades du 47 n’est pas passée inaperçue le 27 septembre à Agen où elle aura permis d’engager un débat que les directions syndicales se refusent d’entendre.

Mardi 27 septembre 2011, 10 heures 30, les manifestants commencent à arriver devant la mairie d’Agen, lieu du rassemblement. Le privé déploie sa banderole, je me place à deux pas d’eux avec ma pancarte. Sur une face, on peut lire “Des postes pour le public, pas pour le privé”, de l’autre “Une seule école : l’École Publique Laïque”. Pas de provoc. Non, simplement si je défile, ce n’est pas pour rouler pour un camp adverse.

Les réactions ne tardent pas. D’abord des manifestantEs FSU qui viennent discuter raviEs et qui avouent être très mal à l’aise avec la présence du privé. J’en profite pour rappeler que lors du dernier congrès départemental du SNUIPP, la motion sur la nationalisation laïque de l’enseignement privé – sans indemnités ni rachats – a été votée à l’unanimité moins une abstention. Et que le congrès national SNUIPP de Brive en juin 2010 a dénoncé et condamné le dualisme scolaire. Cherchez la cohérence…

CertainEs dirigeantEs de la FSU et de ses syndicats regardent loin derrière moi… pour eux aujourd’hui, je suis transparente !
Pas pour les personnels du privé, et je reçois la visite d’un prof. Pas du tout agressif, il me dit qu’il avait beaucoup espéré en 1981 que l’enseignement privé serait intégré à l’enseignement public. Il parle intégration, moi nationalisation et abandon du caractère “propre” donc laïcité de l’enseignement. Un peu durement sans doute, je lui rappelle, qu’il le veuille ou non, qu’il sert une communauté religieuse. L’agression (verbale) viendra en fin de manif où je serai apostrophée par un groupe de manifestantes du privé en ces termes “camarade syndicaliste” ! Échanges vifs où je conteste leurs chiffres d’élèves par classe, leur espace scolaire “neutre” (sans crucifix me dit-on), leur “liberté” d’enseignement. Je suis invitée à venir vérifier que “chez eux”, tout est pareil que “chez nous” ! Tiens, chiche… Et la question n’est pas exactement là…

Je me souviens d’une manif à Paris où nous demandions aussi des moyens pour l’école. Des manifestantEs de l’enseignement privé s’étaient glisséEs dans nos rangs. Les dirigeantEs du tout jeune SNUIPP à l’époque leur avaient demandé de replier leur banderole, ce qui avait été fait. Il y a quelques années, à Agen, lors d’une manifestation portant sur le budget de l’Éducation, les responsables FSU avaient refusé d’effectuer pareille démarche (j’avais donc arboré une pancarte où on pouvait lire “Nationalisation de l’enseignement privé”. Bien peu alors de ces manifestantEs du privé étaient restéEs). Et maintenant, on nous demande de défiler main dans la main ! Le glissement est tangible… et tragique.

À nous de marquer notre refus et de continuer à revendiquer la
nationalisation de l’enseignement privé. Car les combats perdus sont ceux que l’on ne mène pas.

Nadine Demel