Fusillés pour l’exemple : réhabilitation !

dimanche 18 décembre 2011

Comme chaque année, le 11 novembre ont lieu des rassemblements pacifistes et antimilitaristes. Ils exigent la réhabilitation des soldats "fusillés pour l’exemple" durant la première guerre mondiale, mais sont aussi porteurs d’enjeux plus vastes (1).

Dans ce contexte, il est utile de signaler la parution du dernier numéro de L’Idée Libre , revue proche de la Libre Pensée : Fraternisations, mutineries, fusillés pour l’exemple…
Quelle actualité ?

Il montre que le combat est à la fois historique et mémoriel, mais aussi en lien avec de grandes questions d’actualité.

Des débats historiques
aussi vifs que renouvelés

Depuis les années 1980, la production historique sur cette période a subi des évolutions. L’enseignement en lycée s’en fait d’ailleurs l’écho, les nouveaux – très contestables et contestés ! - programmes d’histoire de Première indiquant de traiter la Grande Guerre sous l’angle de "l’expérience combattante".

Deux courants se confrontent dans la recherche historique, celui autour de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne et celui autour du CRID (Collectif de recherche internationale et de débat autour de la Grande Guerre, animé notamment par Nicolas Offenstadt).

Les un-e-s défendent l’idée d’un consentement massif des populations et notamment des soldats à la guerre et au nationalisme ; les refus seraient non significatifs : c’est le thème du "consentement" et de la "culture de guerre". Ce courant est dominant, notamment dans la bibliographie recommandée aux enseignant-e-s d’histoire…

Les autres mettent en évidence que derrière les discours il y a les actes : les soldats agissaient sous l’emprise de la contrainte, le refus de la guerre était réel - bien que sévèrement réprimé - et il prenait des formes diverses. Il n’échappera à personne que derrière ces débats on trouve la question du militarisme et de la protestation face à lui. D’ailleurs deux articles de ce numéro de L’Idée Libre , un sur la solidarité entre les soldats au front et les formes qu’elle prenait, l’autre sur le sens politique aussi bien des fraternisations que des exécutions "pour l’exemple", abordent cette question.

Cette bataille historique se double d’une confrontation autour de la mémoire de la Grande Guerre, et finalement recoupe des enjeux d’actualité.

Le combat
pour la réhabilitation

Cette publication fait aussi un historique de la lutte pour la réhabilitation des "fusillés pour l’exemple". Elle a commencé dès l’entre-deux-guerres sur une logique de réhabilitation au "cas par cas", avant de s’assoupir puis de renaître à la fin des années 1990 avec une coloration antimilitariste plus marquée.

Des rassemblements plus ou moins unitaires ont lieu autour de la centaine de monuments aux morts pacifistes et/ou antimilitaristes chaque année. Les responsables de la Fédération Nationale de la Libre Pensée indiquent le sens de la démarche de leur organisation : d’une part il s’agit d’obtenir non pas un simple "pardon" mais une réhabilitation collective des "fusillés pour l’exemple". Car la question de la réhabilitation est un aspect du combat contre le militarisme, et pour le droit à la désobéissance inhérent à la liberté de conscience :"Le droit de dire non, c’est l’application du principe absolu de la liberté de conscience (…) La Fédération nationale de la Libre Pensée combat pour faire reconnaître par cette action de justice, le DROIT à la désobéissance".

Il semblerait que le courant pour la réhabilitation ait marqué des points et soit sur le point de l’emporter, souhaitons que ce soit le cas !

Une curiosité

On notera dans ce numéro très intéressant un article du général Bach, ancien chef du service historique de l’Armée de Terre (ça ne s’invente pas !). Il décrit les réalités de l’ "offensive Nivelle", fiasco qui a déclenché une grande partie des mutineries de la Grande Guerre et il montre que cette offensive est avant tout liée à des rivalités d’influence dans l’état-major français, autrement dit des milliers de soldats ont été envoyés à la mort uniquement pour satisfaire des ambitions d’offices supérieurs (le film de Stanley Kubrick, Les sentiers de la gloire , avait été interdit en France pendant des dizaines d’années pour avoir évoqué cet aspect…). Il indique même que "Si la troupe avait été mise au courant, nul doute que cela aurait ajouté à sa fureur " !

Au final, une publication utile sur les plans historique et militant.

Quentin Dauphiné

(1) Pour un point de vue plus exhaustif, relire l’article à ce sujet dans L’Émancipation n°4 de décembre 2010.