Comment répondre à l’hétérogénéité et à la difficulté scolaire aujourd’hui ?

jeudi 22 décembre 2011

Confrontés à la destruction de la formation initiale et continue, des enseignantEs de Loire-Atlantique ont décidé d’organiser des contre-animations pédagogiques. La première d’entre elles avait pout thème une question centrale dans les pratiques pédagogiques, celle de la gestion de l’hétérogénéité des classes. Nous en publions ci-dessous le compte rendu.

C’est une question que nous nous posons touTEs. C’est une question que nous nous sommes posée à l’IUFM de Nantes le 9 novembre 2011 dans la cadre d’une " contre-animation pédagogique" organisée par l’institut départemental de l’Ecole Moderne- Pédagogie Freinet en lien avec le mouvement Résistance pédagogique. Plus de quatre vingt enseignantEs du premier degré étaient présentEs, dont de nombreux jeunes collègues, venant de tout le département.

 
Pourquoi la tenue de ces contre animations pédagogiques ?

 
Partant du constat que :

  • nombre d’animations pédagogiques officielles, 18 heures par an, dont les thèmes sont présentées comme obligatoires ( les évaluations nationales, le LPC, l’aide personnalisée..) ne sont là que pour accompagner les "réformes",
  • que la parole des professionnelLEs que nous sommes n’y est absolument pas entendue,
  • que l’infantilisation est de mise, 

des enseignantEs du département décident depuis l’année passée de prendre en main leur propre formation sur des problématiques essentielles.
 
Ces temps de formation sont basés sur les échanges entre participantEs. Ils s’organisent à partir de principes de confiance et de co-formation. " - il s’agit de " se donner les moyens de gérer l’hétérogéneité de nos classes, de transformer celle ci en richesse, de permettre à touTEs d’apprendre, de se construire seulE et avec les autres.

 
Comment avons nous travaillé durant cette matinée ?

 
Après une rapide présentation de l’initiative se situant clairement en résistance par rapport à la politique gouvernementale qui communique sur la "difficulté scolaire", mais agit de fait en direction d’une sélection et d’un tri précoce des enfants, nous nous répartissons par cycle.

La mise en commun met ensuite en lumière un certain nombre de points : le mythe de l’homogéneité du groupe classe et la difficulté que nous rencontrons à mettre TOUS et TOUTES les élèves dans une dynamique d’apprenantEs.

D’où la pertinence de mettre en place un temps de travail différencié en utilisant des plans individualisés de travail. Cela peut être quotidien, une heure par exemple chaque matin. Cela doit en tout cas s’inscrire dans une régularité.

Beaucoup d’enseignantEs disent utiliser des plans de travail à la semaine donnant lieu à une correction individualisée qui permet à l’élève de donner du sens aux apprentissages (réussites et échecs nécessitant d’autres entrées, davantage d’exercices d’entraînement).

Ces plans de travail comportent une part importante de projet, de création personnelle, y compris et surtout pour celles et ceux qui ont des difficultés à entrer dans le scolaire.

L’individualisation est complémentaire avec la vie et les projet du groupe classe ( par exemple c’est par la parution du journal, par la correspondance scolaire, par les enquêtes qu’on donnera sens aux apprentissages lexicaux et grammaticaux).

La coopération et l’apprentissage du tutorat, de l’entraide, sont aussi au cœur de cette démarche. Cela ne s’improvise pas mais renvoie à une réflexion du groupe avec l’enseignantE, et à des pratiques régulières inscrites dans la classe, dans l’école.

Et les programmes dans tout ça ? 

Inadaptés, normatifs, ceux de 2007 sont calamiteux. Le fonctionnement en cycle, qui ouvrait sur une prise en compte de l’hétérogénéité, est dans le collimateur.

Certes, mais ils constituent un cadre national et servent à élaborer les plans de travail hebdomadaire, sauf que... on les met au service des apprentissages, on fait passer le désir d’apprendre, le bonheur de mener des projets collectifs avant, donc on prend une liberté par rapport au temps...

Année après année, on revient sur les notions cognitives, même si on ne sait pas conjuguer tous les verbes à sept ans, on apprendra après, à condition que cela prenne sens pour l’élève.

Dans cette dynamique, l’aménagement du temps et de l’espace, discuté en conseil, prend toute son importance.

Le conseil (souvent hebdomadaire), fonctionnant comme un lieu d’expression et de proposition, fonctionne comme un lieu de re-motivation, individuelle et collective.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les enseignants ?

La pression hiérarchique, le sentiment de solitude et d’isolement au sein d’écoles où les équipes n’existent pas et où la réflexion sur "le sens" des différentes pratiques est de plus en plus absent, sont largement ressentis. Le manque de formation et d’analyse de pratiques, le sentiment d’être démuniE et seulE avec les enfants dont les difficultés relèvent d’autres problématiques (intégration d’enfants relevant de soins psychologiques ),sont également pointés. Le poids des effectifs lourds, impression de ne jamais avoir de temps, temps d’expression et temps collectif insuffisants dans la classe car pression de l’environnement y compris des familles pour des résultats, des évaluations, sont dénoncés.

Cette première contre animation pédagogique a permis à touTEs de repartir avec des outils, disponibles sur le site de l’ICEM : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node21849 , et dans le numéro 194 du Nouvel Educateur ( octobre 2009), avec aussi plus de force, celle que donne la réflexion et le travail collectifs, avec la proposition de l’ICEM d’un "parrainage" possible pour accompagner les collègues qui le souhaitent , avec en soi le refus de l’infantilisation que l’on veut nous fait subir toujours davantage, la volonté de " reprendre autorité sur notre métier" selon la formule souriante (!) utilisée par François Le Ménahèze.

 
Cette première contre animation sera suivie d’autres :
 
- le mercredi 25 janvier : autorité et discipline ou se donner des moyens, des ressources pour travailler au sein d’une" discipline coopérative", quels sont les droits et devoirs des enfants, des enseignants ?

- le mercredi 25 avril : la motivation , ou mobiliser chaque élève dans la construction d’une culture commune qui l’engage comme acteur et citoyen.

- le mercredi 9 mai : souffrance au travail et résistance aux "réformes" actuelles dans l’Education Nationale et au delà ( pôle emploi, psychiatrie etc) ; cf journée "résistances dans les services publics" qui avait eu lieu à Paris en décembre 2010.

 
Souhaitons que cette initiative de la Loire Atlantique puisse essaimer dans d’autres départements, à chacunE de s’en saisir !!!

Emmanuelle Lefèvre