Sans trêve ni répit

Édito de la revue n°5, janvier 2012
jeudi 5 janvier 2012

Les Préfets ont jusqu’au 31 décembre pour remplir leur quota d’expulsions. Il ne s’agit pas de prendre du retard pendant les fêtes de fin d’année, surtout dans les départements où les statistiques sont déjà à la traine. Alors, pendant qu’on s’inquiète dans les médias du niveau de consommation des FrançaisEs durant les fêtes, ou qu’on s’interroge sur l’arrivée de David Beckham à Paris, (sa famille aurait un problème de logement : trouveront-ils un hôtel particulier Avenue Montaigne ?) les situations de placement en centre de rétention et d’expulsion se multiplient, toutes aussi révoltantes les unes que les autres.

Comme par exemple celle de ces quatre familles Rroms de Roumanie arrêtées le 15 décembre : sept adultes et huit enfants au total, placés en rétention au centre de Oissel (76). Deux d’entre elles, dont quatre enfants, ont été expulsées le 20 décembre, les deux autres sont maintenues en rétention, isolées des autres détenuEs.

Ou bien encore cette autre famille Macédonienne, de trois enfants, enfermée au CRA de Lyon depuis le 6 décembre, dont l’avion n’est pas parti à cause de la grève à l’aéroport, et que les autorités ont voulu séparer par une deuxième tentative d’expulsion de la mère sans ses enfants, également sans succès.

Pour arriver aux 30 000 expulsions visées, ce qui constituerait un nouveau et triste record, Claude Guéant est prêt à tout. Multiplication des refus de renouvellement des titres de séjour, nouveau durcissement des conditions de séjour pour les étudiantEs étrangerEs, rétablissement de la double peine, tout est bon pour la chasse à l’étrangerE et le ratissage espéré des voix du Front National et de ce qu’on appelle maintenant la “droite populaire”.

Les militantEs associatifs ou syndicalistes qui soutiennent la cause des Sans-papiers sont bien sûr dans le collimateur. A Mayotte, territoire où l’on comptabilise près de la moitié du total national des expulsions, dont des milliers de mineurEs isoléEs, plusieurs enseignantEs, syndicalistes du SNES et de SUD Éducation, militantEs du RESF-île de Mayotte, de la CIMADE, se sont vu refuser le renouvellement de leur contrat.

Une répression anti syndicale et anti associative qui de plus intervient quelques semaines seulement après un vaste mouvement de grève générale contre la vie chère, dont la répression avait fait un mort et plusieurs blessés graves en octobre 2011. Suspendue après quarante jours de blocage, la grève a repris le 19 décembre et malgré la signature d’un accord elle se prolonge dans le secteur de l’énergie, chez EDM, principal fournisseur d’électricité de l’île.

Comme en métropole, l’aéroport de Mayotte a aussi été bloqué le jour de noël, jour de grande affluence. Pourtant tout a été fait pour casser le développement du conflit dans un secteur qu’on a privatisé. On aura finalement beaucoup parlé dans les médias des grévistes chargéEs de la sécurité dans les aéroports, surtout pour les accuser de prendre en otage les voyageurs et voyageuses. Une fois de plus le gouvernement et le patronat jouent ensemble le pourrissement du conflit, en refusant d’accorder les 200 euros d’augmentation salariale réclamés et en mobilisant l’armée et la police, malgré les protestations syndicales affirmant que les policiers ne sont pas des briseurs de grève. Sans oublier la multiplication des annonces de signatures d’accords, de reprise du travail dans tel aéroport, les félicitations à certains syndicats pour leur “sens des responsabilités”.

Le gouvernement quant à lui poursuit sa pédagogie du dialogue social en proposant de nouvelles attaques contre le droit de grève. Mais combien de salariéEs croient encore à ce jeu de dupes ?

Raymond Jousmet, 26/12/2011