Brèves féministes (février 2012)

mercredi 15 février 2012
par  Rosine

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2012)

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Violences sexuelles, injustices patriarcales, des chiffres accablants !

Chaque année, 3000 viols sont commis en France sur le lieu de travail, souvent dans une quasi-impunité. En 1991, 19% des femmes actives déclaraient avoir été victimes ou témoins de harcèlement sexuel au cours de leur vie. Les agressions sur le lieu de travail sont essentiellement le fait d’un supérieur hiérarchique. La plupart des plaintes pour harcèlement ou viol sont “classées sans suite” pour “preuves insuffisantes”. Les harceleurs agissent parce qu’ils ont une quasi-certitude d’impunité et les employeurs sont en général complices.
Côté discriminations, les choses s’aggravent. En 2008, les écarts salariaux entre hommes et femmes étaient de 23,6% dans le secteur privé et de 17% dans la fonction publique. Au moment de la retraite, les femmes perçoivent en moyenne 40% de moins que les hommes, conséquence souvent de temps partiels imposés. Ces inégalités sont fort peu combattues. Alors que les hommes en couple restent à 90% à temps plein, quel que soit le nombre d’enfants, les femmes sont à temps partiel à 68% pour un enfant et 39% pour plusieurs enfants.

Pierre Stambul

Données Observatoire des inégalités www.inegalites.fr

"The protester" la féminisation dans tous ses états  

En désignant "the protester" comme personnalité de l’année 2011, Time magazine aura aussi servi de révélateur de l’état dans les médias des questions au cœur du débat sur la "féminisation" de la langue. Et ceci dès la traduction de ces deux mots, qui d’emblée posait problème en Français : le ou la ? manifestant et/ou manifestante ? A noter en effet que si le terme générique, ambivalent en français comme en anglais, de "person" of the year (personne ou personnalité de l’année) apparaissait dans le titre de couverture, l’image, volontairement ambigüe (femme ou homme), soulignait bien cette dualité sexuée comme caractéristique de la catégorie des “manifestantEs” de 2011.

Cependant, l’anglais distingue bien lui aussi des genres - masculin, féminin et neutre - mais cette distinction apparaît presque exclusivement dans l’usage des pronoms personnels et des possessifs (he/she, his/her), et seulement au singulier, le pluriel utilisant des invariables (they, them, their)*. Ainsi dans l’article de Time, le journaliste avait choisi de contourner le problème en ne parlant que des “protesters” au pluriel ! Mais les rédactions françaises ont été visiblement embarrassées. On aura observé cependant que la presse audio-visuelle a fait quasi systématiquement référence dans ses commentaires aux manifestantes comme aux manifestants, des femmes et des hommes…

Premier signe d’évolution vers l’effacement de la théorie grammaticale sexiste du ”masculin universel” au profit d’une féminisation permettant de rappeler de manière explicite la présence concrète des deux genres dans un groupe humain ?

Nicole Desautels

Les anglais ont eu aussi leur Vaugelas ; en 1746 John Kirkby, dans la règle n°21 de ses “88 règles de grammaire”, englobant dans l’opposition “naturelle” entre animé et inanimé la différence masculin et féminin, décrète que "le genre masculin est plus large que le genre féminin", formalisant ainsi le genre masculin comme catégorie universelle.


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