Padre Padrone

Femmes au cœur de “la crise”
mercredi 15 février 2012

Ci-dessous l’éditorial de la "tribune féministe" annuelle de la revue L’Émancipation. N’hésitez pas à vous procurer le numéro de février de notre revue si ce dossier vous intéresse !

2012, l’année où le capitalisme des patrons et le patriarcat de la famille et de la société, deux faces d’une même oppression, entendent bien à la faveur de “la crise” régenter le destin des femmes. C’est ce que montre l’analyse de la presse écrite à travers les médias francophones, où “la référence à la notion de « crise » peut être assimilée à un instrument idéologique central de la régulation marchande et de l’ordre de genre.”( page 14 du dossier)

Cette Tribune féministe 2012 intervient au moment où les mouvements de rébellion qui ont secoué le monde à la fin de l’année 2011 ont jeté sur les places et dans les rues, ensemble, des femmes et des hommes, réuniEs contre la mise en coupe réglée de régimes dictatoriaux ou d’états au service du capital et de la finance.

Au Maghreb et au Proche-Orient, où “les femmes arabes ont été au cœur des luttes politiques” comme l’ont expliqué les intervenantes de la “Semaine de rencontres, débats et conférences avec des militantes algériennes, tunisiennes, syriennes, palestiniennes, irakiennes, égyptiennes, libyennes” organisée à Lyon fin septembre 2011 (page 17), et en particulier Houzan Mahmoud, représentante à l’étranger de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OWFI) dans l’entretien qu’elle nous a accordé. (page 20)

Et aussi dans nombre de pays de l’Union Européenne où les femmes grecques ont mis en place début 2011 le réseau Femmes en mouvement contre la Dette et les Mesures d’Austérité appelant les femmes à entrer en lutte contre “l’alliance sacrée du Capital et du Patriarcat qui abolit de fait notre droit au travail et donc, à l’indépendance économique.”(page 21)
Mais face aux appétits du pouvoir financier, le syndicalisme européen incarné par la Confédération Européenne des Syndicats (CES), " fourvoyé dans le ”dialogue social” et “ses choix d’orientations d’accompagnement des politiques de l’Union européenne, du FMI et de la Banque centrale européenne” constitue à l’inverse le maillon faible de la résistance. (page 22)

Un syndicalisme incapable aussi bien de défendre les travailleurEs européenNEs que les femmes en proie de surcroît aux poids d’un patriarcat qui refait surface - éternel retour de bâton, fût-ce sous couvert de “progressisme sociétal”. Car le patriarcat, auxiliaire dévoué des dictatures comme du capitalisme, qui s’est conforté dans son sillage et a toujours prospéré dans son ombre, facilite comme d’habitude la tâche dans ce renforcement de l’exploitation “des femmes”, et non de “la femme” : non pas le mythe, mais “la classe à l’intérieur de laquelle nous combattons.” Ce qui vient utilement nous rappeler que “la transformation des discours est un moyen [de transformation sociale, économique, politique et idéologique] qui ne saurait être négligé.”(page 24)