La censure universitaire ne nous arrêtera pas !

vendredi 9 mars 2012

L’État d’Israël pratique une politique d’apartheid ! Lors de sa troisième session sur la Palestine en novembre 2011 au Cap, le tribunal Russell (tribunal d’opinion créé pendant la guerre du Viêt-Nam pour dénoncer les bombardements américains) a dénoncé les actes inhumains, les assassinats, la torture, les mauvais traitements des prisonniers, le mur, la privation systématique des droits humains empêchant les Palestinien-ne-s, y compris les réfugié-e-s, d’exercer leurs droits politiques, économiques, sociaux et culturels.

Le jury a conclu que les Palestiniens, quel que soit l’endroit où ils résident, sont soumis collectivement au même apartheid. Or le droit international préconise le boycott face à l’apartheid. Ce jugement prononcé par d’éminentes personnalités met à bas la propagande incessante sur “Israël, seule démocratie du Proche-Orient”, ou “ceux qui critiquent Israël sont des antisémites“. C’est dans ce contexte qu’a été organisé les 24 et 25 février le colloque universitaire  Des nouvelles approches sociologiques, historiques et juridiques à l’appel au boycott international : Israël, un État d’apartheid ?

Prévu initialement à l’université de Paris 8, le colloque a d’abord obtenu l’accord de l’université et une subvention. Aussitôt le CRIF et une officine d’extrême droite dénommée BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) ont protesté. Comme cela s’était déjà produit à l’École Normale Supérieure quand la directrice avait censuré Stéphane Hessel à la demande du CRIF, ou à l’EHESS, le colloque de Paris 8 a été interdit dans les locaux de l’université, le Président proposant sa délocalisation à la Bourse du travail de Saint-Denis (voir la lettre ouverte d’Émancipation)

Une pétition d’universitaires français et étrangers a recueilli plus de 500 signatures en soutien à ce colloque et à son maintien dans l’université. Face à la mobilisation, et pour interdire l’accès aux participant-e-s, le président a usé de la procédure de fermeture administrative au prétexte de “risque de trouble à l’ordre public“, décision signifiée seulement le dimanche à la veille du colloque aux étudiant-e-s et aux personnels par courriel.

Les justifications avancées par le président de l’université, Pascal Binczak, sont consternantes. Il commence par nier l’atteinte (grave) aux libertés universitaires et académiques… dont il est censé être le garant avec son Conseil d’Administration. Tout aussi grave, il met en cause le principe même du boycott, lancé en 2005 par 172 associations palestiniennes, et surtout la campane mondiale du boycott académique et universitaire pour laquelle toutes les institutions israéliennes doivent être boycottées, y compris les universités qui, toutes, participent à la colonisation.

C’est à ce titre qu’un nombre croissant d’universitaires (comme Jacques Rancière, professeur émérite à Paris 8) boycottent Israël et que des universitaires israéliens anticolonialistes du mouvement “boycott de l’intérieur” demandent le boycott de leurs universités. Pascal Binczak a également objecté que le colloque “n’était pas contradictoire”. Bref il met sur un même plan l’occupant et l’occupé et estime qu’il faut donner la parole aux premiers. Comme s’ils ne l’avaient pas en permanence en France entre dîners du CRIF et galas de soutiens à l’armée israélienne.

Dans cette affaire, la cogestion de la “gouvernance” des universités a montré une fois de plus sa nuisance. Le Conseil d’administration de l’université, qui s’est solidarisé avec cette censure à l’unanimité des présents (uniquement enseignants), comprend en effet des “syndicalistes” de la section SNESUP dont certains bien connus (comme un ancien élu de l’École Émancipée devenu soutien actif de la présidence). Les protestations du SNESUP et de la FSU contre cette censure ont été pour le moins peu claires et peu audibles. Voilà le résultat du mélange des genres quand on confond syndicalisme et cogestion et qu’on oublie que l’organisation syndicale dont on est membre a fait siennes les conclusions du tribunal Russell et soutenant la campagne BDS !

Mais cette affaire laissera des traces à Paris 8, et dans la communauté universitaire, où une Assemblée Générale a déjà été appelée à l’initiative d’étudiant-e-s, de personnels et d’organisations syndicales.

Henri Fourtine et Pierre Stambul

le 29 février 2012


Brèves

7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)