Un mois dans le monde

jeudi 15 mars 2012

Grèce

Des centaines de milliers de Grecs ont affronté la police le jour de grève générale où, servilement, les députés grecs se sont soumis au n-ième oukase des banquiers. Le premier résultat de cette baisse drastique des salaires et des retraites va être de faire passer de 33% à 53% le nombre de Grecs vivant sous le seuil de pauvreté. Rien que sur Athènes, il y a 25000 sans abri et les cas d’abandons d’enfants se multiplient. Sur les pancartes des manifestants, on pouvait voir un drapeau où les étoiles de l’Union européenne entouraient une croix gammée. D’ailleurs, parmi les opposants irréductibles au gouvernement de Goldman Sachs, il y a le communiste Manolis Glezos, héros de la résistance antifasciste et le lien est fait avec la période présente. Un autre manifestant regrettait qu’il n’y ait pas eu un million de manifestants pour mettre le feu au Parlement. Des structures autogérées apparaissent dans le pays. Des formes de désobéissance civile touchent tous les secteurs de la population, même la police.
L’extrême droite nostalgique des colonels a eu l’intelligence de quitter ce gouvernement pour apparaître comme une alternative. Une quinzaine de députés du PASOK ont refusé de voter l’oukase et ont été aussitôt exclus du parti, ce qui en dit long sur le rôle de la social-démocratie en temps de crise.

L’Union Européenne est décidée à poursuivre indéfiniment l’écrasement du peuple grec, prélude à d’autres offensives. Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble estime que les économies faites par les Grecs sont très insuffisantes. Qu’on se rassure : ni lui, ni Loukas Papademos (l’homme de Goldman Sachs) ne songent à imposer les armateurs ou l’Eglise orthodoxe.

Espagne

Le pays subit une destruction en règle des acquis sociaux menée par le gouvernement Rajoy. Mais la contre-révolution touche aussi d’autres secteurs. L’avortement et le mariage homosexuel.sont très clairement menacés. La condamnation du juge Garzon qui avait eu l’impudence d’enquêter sur les crimes franquistes en dit long sur cette soif de revanche d’une Espagne qu’on espérait disparue.

Sénégal

En mars 2000, l’ancien président Abdou Diouf avait, à la stupéfaction générale, organisé des élections libres et accepté sa défaite face à Abdoulaye Wade. Celui-ci a repris à son profit tous les mécanismes policiers et claniques qui permettent de s’enrichir dans un pays où la crise sociale et climatique pousse la population à tenter en masse le départ vers l’Europe. Le Sénégal n’avait jamais connu de coup d’Etat ou de guerre civile. La manœuvre d’Abdoulaye Wade s’autorisant (à 86 ans) contre ses propres lois à rester au pouvoir ou empêchant le chanteur Youssou Ndour de se présenter a provoqué des manifestations où la police a tiré.

Haïti

Deux ans après le tremblement de terre, il y a eu très peu de reconstruction. L’ONU occupe le pays depuis des années. Il est savoureux de constater que la MINUSTAH a pris en 2004 la succession d’une force internationale qui s’appelait la FMI (force multinationale intérimaire). La MINUSTAH a tiré à plusieurs reprises sur la population. Le nouveau président, le chanteur Michel Martelly révèle petit à petit sa vraie nature. Il a fait revenir Baby Doc (Jean-Claude Duvalier), l’a amnistié et le consulte régulièrement.

Fukushima

Un an après la catastrophe, les « responsables » du gouvernement japonais et de l’entreprise Tepco ne savent toujours pas quoi faire des 257 tonnes de combustibles dans les trois réacteurs et les 2000 tonnes de combustible usé immergé dans les piscines. On parle de 40 ans pour démanteler tout cela. La zone interdite, terrestre et marine, a toujours des taux de radioactivité énormes et il n’y a pas la moindre chance que les milliers de réfugiés puissent un jour revenir. Le gouvernement japonais a eu pour seule préoccupation de préserver les intérêts de Tepco qui affirme avec impudence que tout est sous contrôle. La quasi-totalité des centrales nucléaires japonaise sont arrêtées et le pays a remis en marche toutes ses centrales thermiques, contribuant à l’augmentation du prix du pétrole.

Tunisie

Des manifestants salafistes ont saccagé plusieurs locaux du syndicat UGTT. Des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le siège de l’UGTT pour défendre l’outil syndical. Ben Ali avait échoué dans sa tentative de domestiquer le syndicalisme, les intégristes échoueront s’ils essaient de le liquider.

Égypte

Les 76 morts du stade de Port-Saïd montrent bien que le régime Moubarak continue sans Moubarak. Les intérêts économiques de l’armée sont trop importants pour qu’elle lâche le pouvoir. Et on peut penser que l’armée saura trouver des alliés du côté d’un des deux partis (frères musulmans ou salafistes) qui ont remporté les élections. Et en même temps, le processus révolutionnaire est loin d’être fini. Les manifestations continuent place Tahrir, mettant en cause le maréchal Tantaoui. En un an, un million et demi de travailleurs ont adhéré à la fédération des syndicats indépendants.

Syrie

Ce régime est criminel. Il y a eu plus de 7000 morts depuis les premières manifestations. Les crimes d’aujourd’hui contre les habitants d’Homs ou de Deraa sont la suite des crimes commis contre les Palestiniens, les Libanais, les Kurdes, la population d’Hama, les communistes, les démocrates. Les méthodes de ce régime ont toujours été d’une incroyable brutalité : tortures, disparitions, camps de concentration. En même temps, rien ne serait pire qu’une intervention impérialiste dont on a vu les effets catastrophiques en Irak , en Afghanistan ou en Libye. La Ligue Arabe est désormais dominée par le féodalisme saoudien qui réprime l’insurrection au Bahreïn ou par le Qatar qui ressemble de plus en plus au 51e Etat américain. En quoi des régimes adoubés par la Ligue Arabe seraient-ils moins pire que celui de Bachar Al-Assad ?

Palestine/Israël

Parmi les 700000 Palestinien-ne-s qui ont connu la prison, beaucoup ont subi la « détention administrative ». C’est une détention sans jugement reconductible indéfiniment pour assurer la sécurité de l’occupant. Un jeune diplômé en mathématiques vivant près de Jénine n’a pas accepté. Après 65 jours de grève de la faim, Khader Adnan a arrêté sa grève de la faim contre une promesse de libération en avril.
En Israël, l’opinion est « chauffée » en prévision d’une attaque contre l’Iran jugée « inévitable ».

La question palestinienne s’est invitée dans la campagne électorale française. Le parti socialiste avait organisé un voyage en Israël avec visite de criminels de guerre avérés (Shaul Mofaz). Les protestations ont fait capoter ce projet qui devrait être « plus équilibré ». En France, le KKL qui organise depuis 110 ans la dépossession des Palestiniens de leur propre pays a , une fois de plus, obtenu des locaux pour organiser des concerts ou des expositions. Au même moment, l’Université Paris 8 interdisait un colloque sur les conclusions du tribunal Russell : « Israël, Etat d’apartheid ».

Pierre Stambul

Deux brèves nationales

Réunion

Le colonialisme français a détruit dans les DOM-TOM l’essentiel d’une économie locale. Ces colonies ne produisent plus grand chose. Presque tout est importé. Des quantités énormes d’argent sont concentrées entre les mains de quelques profiteurs qui contrôlent les importations, la distribution et le tourisme. Résultat, des prix délirants et un chômage massif (80% pour les jeunes du quartier du Chaudron). Après la Guadeloupe, la Martinique et Mayotte, la Réunion s’embrase. Avec les mêmes prédateurs à l’œuvre et la même répression coloniale : des centaines de gendarmes mobiles et de CRS arrivent en renfort.

Circulez, y’a rien à voir.

Ali Ziri : décédé à 69 ans le 9 juin 2009 à la suite d’un contrôle de police. Tabassé. La plaque commémorant sa mémoire a été enlevée par la mairie d’Argenteuil.
Hakim Ajimi : mort « asphyxié » à Grasse en 2008 après une interpellation policière. Il était jeune et en bonne santé. Ses agresseurs ont été condamnés à des peines dérisoires.
Lamine Dieng, étouffé à 25 ans dans un fourgon de police en juin 2007.
Mahamadou Marega, tué par un taser à Colombes en 2010.
Pardon pour tous ceux dont les noms ne sont pas cités.
À chaque fois, le silence ou l’impunité pour la police « républicaine ». Personne ne pourra plus dire : « je ne savais pas ».


Brèves

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