Contrôle social, dépistage et prévention

lundi 19 mars 2012

Ci-dessous l’édito d’un dossier publié dans la revue L’Émancipation . N’hésitez pas à vous procurer le numéro de mars de notre revue si ce dossier vous intéresse !

En octobre 2011, le projet du ministre Luc Chatel concernant les évaluations en Grande Section de maternelle, et sa proposition de classer les enfants en "RAS", "élève à risque", "élève à haut risque", ont soulevé l’indignation.

Les professionnelLEs intervenant dans les champs de la prévention et de la lutte contre l’échec scolaire ont souligné, par la voix de leurs associations et organisations syndicales, l’antinomie manifeste entre repérage et prévention.

Depuis le ministre a assoupli sa position : la terminologie du classement a été retirée, l’utilisation des outils proposés sera ‘facultative”. Lors d’une présentation de ces outils le 19 janvier dernier, le ministère a annoncé l’abandon d’un dispositif national d’évaluation comme celui qu’il envisageait. Il n’en reste pas moins que l’essentiel est maintenu, la mise en place d’outils d’aide au "repérage précoce" dès la maternelle, au nom de la prévention contre l’échec scolaire quand, dans le même temps, les moyens d’accompagnement, dont les postes de rééducateurs et rééducatrices en RASED sont menacés de disparition.

Ces faits d’actualité ne sont nullement isolés, ils se situent dans la lignée d’une série de propositions qui, depuis le rapport Benisti de 2004, entendent imposer une conception de la prévention qui confine au déterminisme social. Il nous semble donc important, une fois le bruit médiatique retombé, de revenir, de manière plus argumentée, à une réflexion sur les paradigmes de ces deux notions, repérage et prévention, sur ce qui fonde leur opposition ou leur articulation, sur un plan général, et plus particulièrement en matière de lutte contre l’échec scolaire.

Ce dossier rassemble des contributions d’origine variées et complémentaires, permettant de croiser les apports théoriques et pratiques venant de divers horizons. Il s’agit d’ouvrir la réflexion, d’affiner nos analyses et de contribuer plus efficacement aux mobilisations sur ce terrain.

Loïc Wacquant, professeur de Sociologie à l’Université de Californie, Berkeley, et auteur de nombreux ouvrages traduits dans plusieurs langues (voir page IV du dossier), expose dans un condensé de ses thèses, pourquoi et comment le "prisonfare", avec son cortège de dispositifs de gestion punitive de la pauvreté, accompagne la montée en puissance d’un État pénal au cœur même de la construction néolibérale actuelle.

Philosophe, Olivier Razac est actuellement chercheur à l’ENAP (Ecole Nationale d’Administration Pénitentiaire) et auteur de plusieurs ouvrages (voir page VII). S’appuyant sur Foucault, Deleuze et Bentham, il revient dans cet article sur la nécessité de penser la société de contrôle actuelle non pas comme une nouvelle société se mettant en place, mais comme “un réagencement de plusieurs rationalités du pouvoir”.

Laurent Ott, philosophe, enseignant, militant pédagogique et associatif investi de longue date dans la lutte pour le droit à l’éducation de tous les enfants, a publié de nombreux articles dans Le nouvel Éducateur (revue de l’ICEM pédagogie Freinet) et L’Émancipation syndicale et pédagogique . Il nous invite à démasquer les pièges de la novlangue institutionnelle, qui brouillent les concepts et font passer le dépistage pour de la prévention.

Enfin, le Bureau National de la FNAREN (Fédération nationale des Associations de Rééducateurs de l’Éducation Nationale), s’appuyant sur des savoir-faire professionnels construits de longue date, nous rappelle avec brio combien la prévention de l’échec scolaire est aux antipodes du dépistage et combien elle est étrangère à ce qui se joue dans “l’Aide Personnalisée” que le ministère tente de lui substituer.