Brèves féministes (avril 2012)

dimanche 15 avril 2012
par  Rosine

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°8 d’avril 2012)

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Dans leur bulle

Vous avez dû en entendre parler : une BD sur Olympe de Gouges vient tout juste de sortir (Catel & Bocquet, éditions Casterman). Je me dis : chouette. C’est vrai, Olympe de Gouges, une de nos premières femmes politiques, morte guillotinée après avoir rédigé une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, est une figure historique souvent invoquée mais mal connue, même si son combat reste d’actualité. Et puis je découvre la couverture, feuillette quelques pages. La déception monte. Pas sur le traitement de cette personnalité, ou sur la manière de conduire le récit, car je l’avoue : cette BD, je ne l’ai pas lue. Non, c’est le dessin qui me gêne. Vous avez vu ? Elle a une silhouette de poupée Barbie, leur Olympe. La chevelure de jais, le décolleté généreux, des seins comme des obus, une taille de guêpe (bon, OK, à cette époque-là il y avait les corsets... admettons). Consultez rapidement quelques portraits de la vraie Olympe, vous verrez la différence. Du coup, ça y est, c’est encore raté. Une femme - surtout une femme en BD - ça doit être joli. Plus jolie que nature même. Pas sûr qu’un Danton ou un Churchill auraient subi pareil "relooking"...

Le cinéma, la littérature, la peinture peuvent nous proposer des héroïnes avec tous types de physiques, même ingrats. Le monde de la BD en est-il capable ? Est-ce qu’un jour ces auteurEs auront le cran de nous proposer des personnages féminins avec des rides, une silhouette peu avantageuse et une petite poitrine ? Ce jour-là, c’est Olympe qui sera contente.

A.V.

10€, parce qu’une femme le vaut bien !

Depuis 1977, le 8 mars est connu pour être la "Journée Internationale de la Femme". À cette occasion, associations, syndicats, partis politiques et autres s’emploient à organiser différentes manifestations, rencontres, débats à travers le monde... Tous ont bel et bien des revendications allant dans le même sens : réclamer l’égalité des droits, de meilleures conditions de travail, le droit de vote, et l’accès égal à l’éducation pour les femmes. C’est l’occasion aussi de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société et de fêter les victoires et les avancées.

Cependant, depuis quelques années, fleurissent ce jour-là des annonces, des offres pour les femmes émanant de commerçants et de grands groupes de ventes… Étrangement, cette année, La Camif a adressé à ses clientes un mail intitulé : "Aujourd’hui le 8 mars, c’est la journée de la femme. Pour vous les femmes, 10€ offerts".

Il est vrai que La Camif n’est plus ce qu’elle était : une coopérative d’adhérentEs de la Mutuelle des instituteurs de France. Elle est bel et bien devenue une entreprise capitaliste de vente par correspondance. Comme d’autres donc, elle préfère transformer cette journée en un évènement commercial durant lequel on pouvait aussi lire "pour vous les femmes, 10% sur les essuie-glaces"...

Alors que d’autres mettent la femme au cœur de débats très politiques pour défendre ses droits, d’autres s’en servent encore et toujours pour de la publicité, comme une simple marchandise, et vont même jusqu’à lui attribuer une valeur : Mesdames, pour La Camif nous ne valons pas plus de 10 € !!!

Sylvie Bourrely