Les Êtres Humaines

vendredi 11 mai 2012

 CertainEs élèves du centre expérimental pédagogique et maritime en Oléron, principalement de la filière L, ont créé un collectif "Les Êtres humaines" qui a pour objectif de défendre l’égalité homme/femme dans la langue française. Concrètement, ces jeunes ont effectué avec le soutien de leur enseignant d’Arts plastiques, Olivier Cornu, une campagne d’affichage pour prôner l’égalité grammaticale.

Un collectif de lycéen-ne-s artistes, « Les Etres Humaines » s’indigne, à travers une série d’affiches, d’une règle de grammaire qu’il juge particulièrement sexiste : « Le masculin l’emporte toujours sur le féminin ».

Les membres du collectif sont des lycéen-ne-s scolarisé-e-s au centre expérimental pédagogique et maritime en Oléron en première littéraire. Ils/Elles partent du constat suivant :

Dans une pièce où il y aurait 99 filles et 1 garçon, la règle impose de parler de ce groupe au masculin et non au féminin. Le collectif milite ici pour « une grammaire de l’égalité » et invite à une réflexion pour « changer la règle ». Cette réflexion semble légitime à mener.

Pour une grammaire de l’égalité

Le sens de ce combat est la lutte contre la « domination masculine », qui est ancrée dans les structures mentales de nos sociétés. Pierre Bourdieu expliquait ainsi que les hommes sont probablement tous plus ou moins machistes, indépendamment de leur volonté. De la même manière, par socialisation, les femmes acceptent toutes plus ou moins de manière inconsciente une forme de « domination masculine ». Pour Pierre Bourdieu, « la domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question »(1). 

La domination masculine est la forme ultime de violence symbolique, de « violence douce ». « Cette relation sociale extraordinairement ordinaire offre ainsi une occasion privilégiée de saisir la logique de la domination exercée au nom d’un principe symbolique connu et reconnu par le dominant comme par le dominé, une langue (ou une prononciation), un style de vie (ou une manière de penser, de parler ou d’agir) et, plus généralement, une propriété distinctive, emblème ou stigmate ».

La construction sociale des identités

Finalement, nous finissons par naturaliser le social, rendre naturel ce qui relève d’un processus historique, d’un arbitraire culturel. Les sociologues nous apprennent que les individus se construisent par un processus de socialisation à travers lequel se transmettent des normes et des valeurs en vigueur dans une société. C’est par ce processus que les rôles et identités sexuelles des individus se construisent et se reproduisent.

Ainsi, si les structures de la société sont sexistes, alors, ce sont à celles-ci qu’il faut s’attaquer. Le langage tient une place importante dans ce que Karl Marx nommait la superstructure, c’est à dire l’ensemble des idées d’une société (lois, culture, religion, morale...). En effet, le langage est le principal vecteur de communication des idées. Modifier l’arbitraire culturel, combattre le sexisme, défendre l’égalité hommes/femmes passe aussi par faire évoluer notre langue.

L’action de ces jeunes lycéen-ne-s est donc tout à fait pertinente dans l’optique de défendre l’égalité entre les sexes. « Prôner l’égalité grammaticale » n’est pas seulement symbolique.

Un travail artistique qui intéresse les politiques

Henriette Zoughebi, vice-présidente du Conseil régional d’Ile de France, et présidente de l’association « L’égalité, c’est pas sorcier ! » s’est d’ores et déjà emparée du travail effectué par ces lycéen-ne-s et s’en sert dans les lycées de ZEP qu’elle visite où elle fait des interventions sur l’égalité hommes-femmes. Les affiches ont également été relayées par l’inspection auprès d’éluES de Poitou-Charente. Finalement, ce qui est intéressant c’est que les politiques sont intéressés par ce support.

La prochaine étape, pour ces jeunes, passe par la rédaction d’une lettre ouverte adressée à l’Académie Française, réclamant notamment l’usage de la « règle de proximité » afin que « les hommes et les femmes soient belles ! »

Espérons que leurs affiches arriveront jusqu’à l’académie française dans le but de faire évoluer la langue française !

La page facebook du collectif « Les Etres humaines » peut être visitée à l’adresse http://www.facebook.com/pages/Les-Etres-Humaines/107136272743791. Vous pourrez notamment y voir le travail de ces élèves et télécharger librement leurs affiches.

Vincent Levrault