Brèves féministes (mai 2012)

samedi 19 mai 2012
par  Rosine

(brèves féministes publiées dans la revue "L’Émancipation syndicale et pédagogique", n°9 de mai 2012)

Parce que c’est aussi une forme de haine…

La malbouffe ? c’est la faute des femmes !

Cueilli dans un documentaire sur la baisse de la TVA dans la restauration cet échange très instructif avec Jacques Borel, patron du puissant lobby qui regroupe les grands groupes de la restauration : le Club TVA. Quand le journaliste lui demande s’il n’est pas gêné d’être responsable de l’introduction de la malbouffe et de la restauration rapide en France, celui-ci s’énerve et oppose une réponse pour le moins scandaleuse et misogyne. Pour lui il n’y a pas de malbouffe, mais une autre raison, qu’il explique ainsi : “Savez-vous ce que c’est qu’un hamburger ? Pourquoi ça existe le hamburger ? Parce que c’est un sous-produit du travail des femmes ? Ah !”. Il poursuit en justifiant son propos d’un point de vue technique. “Dans le bœuf, 60% des morceaux sont à cuire pendant trois heures parce que, sinon, ils sont durs comme cette table... ou alors il faut la hacher. [...] Et ce n’est pas parce que les femmes travaillent, que le Père Éternel va changer la contexture du bœuf".

La vraie responsable de la malbouffe, c’est donc la femme qui travaille. La femme en s’émancipant crée le chaos ! Vision très biblique et réductrice, qui se résume dans certains milieux par un “la femme aux fourneaux !”. Ce raisonnement permet d’éluder la question de la répartition des tâches ménagères entre les femmes et les hommes. Autre avantage, il évite les causes réelles de la malbouffe : l’utilisation massive d’additifs, exhausteurs de goût, conservateurs et colorants... par des industriels de l’agro-alimentaire. Puisqu’on vous dit que c’est la faute aux femmes !

Pascal Brun

Pour la Sécurité routière, l’homme est mortel, le féminin… éternel

Objet de la dernière campagne de la Sécurité routière : le Manifeste des femmes pour une route plus sûre  ; et un slogan : “Tant qu’il y aura des hommes pour mourir sur la route, il faudra des femmes pour que ça change”. Des “faits et chiffres” : “75 % des morts sur la route sont des hommes (…). Un mari, un compagnon, un fils, un père, un ami” et plus de 1000 signataires, au nombre desquelles des femmes people exhibées : “Elles ont signé“.

Outre l’analyse statistique contestable, cette campagne est un modèle de sexisme hétérocentré, malgré une lueur d’appel à la conscience féministe de ses cibles : “Nous avons le pouvoir de casser l’habitude, nous l’avons fait, et dans tant de domaines. Nous pouvons renoncer ensemble au vieux jeu de rôle qui voudrait que les hommes soient conquérants et les femmes accommodantes”. Car c’est bien aux règles de ce “vieux jeu de rôle”, lamentable métaphore de siècles d’une domination patriarcale encore vivante, qu’obéit cette campagne où les femmes demeurent assignées à leur place d’éternelles passagères, réduites au rôle d’“ambassadrices de ces messages de bon sens et de prudence” destinés à “éduquer” les hommes, ces grands enfants, forcément au volant de la voiture familiale, et hétérosexuelle. Et peu importe si “les 10 arguments pour convaincre les hommes de votre vie d’adopter une nouvelle façon de conduire” s’appliquent à n’importe quelLE candidatE passant son permis. À l’image de cette campagne, le sexisme serait-il politiquement correct ?

Émilie Devriendt