Un mois dans le monde

samedi 23 juin 2012

Grèce

Les deux partis claniques (« Nouvelle démocratie » et PASOK) qui monopolisaient le pouvoir depuis la chute des colonels et qui sont largement responsables de la faillite du pays avec la complicité du FMI ont été largement désavoués. À eux deux, ils tombent de 77% à 32% des voix en deux ans. La gauche anticapitaliste fait une percée remarquable. Le parti Syriza (coalition de la gauche radicale) arrivé en tête dans toutes les grandes villes, est à présent le favori des nouvelles élections du 17 juin. Cette issue serait un immense espoir pour le peuple grec et pour tous les peuples européens en lutte contre les ravages de l’ordre capitaliste. Reste trois gros écueils. D’une part le prochain gouvernement grec sera-t-il capable d’impulser une vraie rupture avec l’Europe libérale et saura-t-il s’attaquer aux capitalistes grecs ? D’autre part et c’est lié à la question précédente, avec qui gouverner ? Le parti communiste (KKE) entretient de très mauvais rapports avec Syriza. Enfin, l’échec n’est pas permis. En embuscade, il y a le fascisme, particulièrement violent contre les immigrés. Il se nourrit de la crise bien sûr mais aussi d’une particularité de l’histoire grecque : en 1944, les pires collabos ont été remis au pouvoir par l’armée britannique pour écraser la résistance communiste. 20 ans après, cela a donné l’épisode des colonels. Le parti néo-nazi « Aube dorée » est l’héritier de ce sinistre passé.

Égypte

Jusqu’au bout, les militaires auront utilisé les pires moyens contre les révolutionnaires de la place Tahrir. Ils ont envoyé le 2 mai les baltaguia (des hommes de main, souvent repris de justice) contre les manifestantEs. Il y a eu 20 morts.

Trois semaines plus tard, les élections débouchent sur un choix entre la peste et le choléra. Les Frères Musulmans (qui ont perdu plus du tiers de leurs voix) ou l’homme des militaires, dernier Premier ministre de Moubarak. Le but des militaires est clairement d’obtenir un compromis avec les Frères Musulmans pour conserver l’essentiel de leur pouvoir.

Tunisie

Le patron de la chaîne de télévision Nessma a été condamné à une amende de 1200 euros pour « atteinte au sacré ». Sa chaîne avait diffusé « Persépolis  » (d’après l’œuvre de Marjan Satrapi) et le tribunal a considéré que la représentation d’Allah « porte atteinte aux bonnes mœurs ».

Dans la région de Gafsa, un sit-in de chômeurs a provoqué l’arrêt de la production des mines de phosphate pendant une semaine. Les chômeurs exigent un emploi dans ces mines alors que la région est sinistrée.

Enfin, alors que la guerre de Libye est terminée, plus de 3000 réfugiés (libyens ou venus d’Afrique noire) croupissent toujours dans le camp de Choucha situé à la frontière. La Tunisie a déjà accueilli des centaines de milliers de réfugiés libyens. Les États européens qui ont mené la guerre en Libye refusent obstinément de prendre en charge ces réfugiés.

Sortez les sortants

Les gouvernements conservateurs britannique, allemand et italien ont été désavoués lors d’élections partielles, mais il n’y a aucun enthousiasme pour l’opposition social-démocrate. En Allemagne, le parti Pirate dont les revendications portent essentiellement sur les droits et libertés fondamentales, a les faveurs d’une partie de la jeunesse et est représenté à présent dans 4 parlements régionaux. Un collectif anticapitaliste appelé « Occupy Frankfurt » (à l’image d’Occupy Wall Street aux États-Unis) manifeste régulièrement devant le siège de la Banque Centrale Européenne. En Italie, à Palerme comme à Parme, ce sont des maires ne se revendiquant d’aucun des deux grands camps qui ont été élus.

Serbie

Le parti proeuropéen qui dirige le pays depuis la chute de Milosevic est aussi celui de la corruption. C’est la principale cause de la défaite de l’ancien président Tadic. Le nouveau président (Nikolic) a été très longtemps membre d’un parti fasciste, le parti radical fondé par le criminel de guerre Seselj jugé actuellement par la Cour internationale de La Haye. Il incarne ce nationalisme meurtrier qui s’est emparé d’une partie des dirigeants serbes pendant les guerres de Yougoslavie.

Québec

Depuis des années, la question sociale était masquée par la question nationale. La décision du gouvernement libéral d’augmenter de 75% des droits d’inscription à l’université déjà particulièrement élevés, a jeté la jeunesse dans la rue. La répression, d’une violence inhabituelle, a radicalisé le mouvement. Aux revendications sociales, s’ajoute désormais la revendication de la liberté de manifester.

Comores

Le « crime de papier » date de 1994 et il a déjà fait plus de 4000 morts. Le nouveau pouvoir français abrogera-t-il le « décret Balladur » interdisant aux Comoriens de venir à Mayotte ? Faute de possibilité de pouvoir venir régulièrement, les Comoriens (surtout ceux de l’île d’Anjouan) prennent les pires risques. Un nouveau naufrage vient de faire des dizaines de mortEs ou disparuEs.

Mali

Grands oubliés de la décolonisation, les Touaregs vont-ils enfin avoir leur État ?

Ils en ont proclamé un dans le nord du Mali, mais c’est un État islamique en coalition avec le mouvement Ansar Dine, alors que le « Mouvement de Libération Nationale de l’Azawad » a toujours été non religieux. Cette sécession continue de provoquer un chaos politique à Bamako où les dirigeants issus du dernier coup d’État sont fortement contestés.

Palestine/Israël

La grève de la faim de plus de 2000 prisonniers politiques palestiniens qui a duré un mois s’est terminée par une victoire sur l’essentiel des revendications : fin de la « détention administrative », de l’isolement des prisonniers et des mauvais traitements. Et droit de visite pour les familles de prisonniers résidant à Gaza. Récemment libéré, le franco-palestinien Salah Hamouri a fait une longue tournée en France pour populariser ce mouvement.

En Israël, il n’y a plus d’opposition à Nétanyahou à la Knesset (en dehors du PC et des partis dits « arabes ») : le parti Kadima, fondé par Sharon et dirigé par Shaul Mofaz (accusé de crimes de guerre), vient de rentrer au gouvernement.

À Jérusalem, une « marche des salopes » a traversé les quartiers religieux pour protester contre le machisme et l’intégrisme.

Le 21 mai, les colons de la colonie de Yitzhar ont ouvert le feu contre des villageois palestiniens. L’armée, présente, a laissé faire.

Le même jour, le dirigeant d’un bloc de colonies (celui de Shomron) était reçu au Parlement européen. Sans sanctions totales contre Israël, rien ne changera.

Pierre Stambul


Brèves

7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)