La Bataille Socialiste pour un mouvement ouvrier vivant

vendredi 6 juillet 2012

Le site "La Bataille Socialiste" assez connu chez les internautes intéressés par les idées révolutionnaires, s’est distingué par la publication de textes d’origines très diverses (mais souvent difficiles à se procurer aujourd’hui). Notre camarade Stéphane Julien, un de ses animateurs, a répondu à nos questions à ce propos…

L’Émancipation  : Pourquoi ce nom ? Pourquoi fait-il sens pour les animateurs du site ?

Stéphane Julien : Le nom aurait pu être différent et il ne faut pas y attacher trop d’importance. La Bataille socialiste a été un nom utilisé deux fois dans l’histoire : dans les années 30 comme pôle de redressement marxiste au sein de la SFIO, et à la Libération par des socialistes dissidents partisans de l’unité d’action avec le PC. Il était "libre" depuis longtemps. Il dégage l’idée de lutte, et que "socialiste" est un mot qui peut être porté par d’autres que ceux qui l’ont depuis si longtemps dévoyé.

E : Quelles sont les raisons de ce projet ?

S.J : Les raisons de la genèse du projet sont comme souvent assez accidentelles. Ce qui compte c’est que la mayonnaise ait pris. Les objectifs principaux ont toujours été la diffusion de textes inédits, parfois ardus théoriquement, mais toujours avec un souci pédagogique : nous sommes convaincus de vivre une époque de repli théorique dans l’extrême-gauche, de déculturation. Les courants non staliniens situés à gauche du trotskysme, leurs apports à l’histoire des luttes sociales, sont par exemple quasiment oubliés.

E : Comment fonctionne la Bataille Socialiste ? Quelle est son orientation idéologique ?

S.J : La "BS" fonctionne sans charte et sans statuts, sur la confiance réciproque. Une trentaine de collaborateurs peuvent discuter sur une liste interne. Chacun a sa clé wordpress pour publier sur le blog. Les règles sont peu nombreuses : on n’agresse jamais un courant politique qui participe de près ou de loin à l’équipe ; on n’utilise jamais l’étiquette "Bataille socialiste" pour une signature publique qui entraînerait certains plus loin qu’ils ne le voudraient, c’est un projet de travail, pas une chapelle. Dans la pratique c’est surtout moi qui gère le blog au quotidien. Certains collaborateurs ne sont pas très "internet", je peux recevoir de la documentation à scanner par courrier postal plutôt que par mail. Parfois des inconnus proposent des textes. Lorsqu’ils ne sont pas inédits ou sont dans le commerce, il faut refuser. Il y a une ligne éditoriale je crois, mais une orientation idéologique j’en suis moins sûr : il y a des luxemburgistes, des militants du SPGB (1), des marxistes-humanistes, des communistes-ouvriers, etc. On est certes dans des eaux proches, d’un marxisme libertaire au sens large, hermétique aux thèses conspirationnistes. Peu d’autres sites critiquent la nationalisation des banques ou dénoncent la répression des luttes ouvrières au Venezuela.

E : La Bataille Socialiste entretient-elle des rapports avec des sites de même type ? Quelle est sa spécificité par rapport à eux ?

S.J : Des rapports proprement dits, d’équipes à équipes, non. Le site qui se rapprocherait peut-être le plus comme projet serait celui des Archives marxistes sur internet, MIA. J’y ai collaboré quelques années. La prise de conscience des défauts de ce site (on ne fait guère de pédagogie en publiant pêle-mêle Marx et Kim-Il-Sung) a d’ailleurs contribué à la naissance de la "BS". Un site qui fait des choses proches c’est le collectif Smolny. Ils produisent moins, mais sont plus "carrés", ont des cotisants, des programmes de travail calés, etc. Nous c’est le bordel à côté, mais c’est un bordel vivant. Et on se fout de l’édition commerciale : tout sera toujours gratos à la "BS".
Un site avec lequel on a des contributeurs en commun, c’est mondialisme.org. Nous avons même envisagé de nous y héberger en constatant des défauts de wordpress (limitation du stockage de données, vulnérabilité face aux malveillances). Mais pour chaque site qui a un contributeur en commun, il y a aussi un projet différent, qui monopolise pour chacun une charge de travail qui n’est pas extensible à l’infini. Tel ou tel site, c’est souvent, grosso modo, un peu plus celui d’un tel ou un tel.

E : Quelles sont les perspectives envisagées pour l’avenir ? Y a-t-il des "chantiers" envisagés, et si oui lesquels ?

S.J : Les perspectives sont d’abord de recruter. Même si beaucoup de contributeurs sont peu, voire très peu actifs, un projet collectif commence à mourir quand il ne recrute plus. Pour ma part, je privilégie les jeunes (ils ont biologiquement plus d’années devant eux, et c’est d’abord pour eux qu’on ressort les vieux textes des tiroirs), et quand on trouve de jeunes bibliothécaires, ça n’est pas fait pour déplaire.
Les chantiers restent en partie les mêmes. On publiera toujours un inédit de Mattick (mais je crois qu’on a presque tout fait, il reste des traductions), on laisse les archives des Cahiers de l’ISMEA à Smolny qui a trouvé quelqu’un qui s’en occupe, pour ma part j’utilise désormais le fonds de la bibliothèque de l’Assemblée libertaire de Caen et de nouvelles recrues pourraient fouiller à la BNF. On manque cruellement de traducteurs. Le suivi de l’actualité restera irrégulier, quand c’est utile (agenda, solidarité internationale, critiques jugées nécessaires mais négligées par les autres). Recruter des jeunes et des traducteurs pour continuer ce qu’on fait déjà, voilà en gros nos perspectives.

Propos recueillis par Quentin Dauphiné

(1) Socialist Party of Great Britain, parti marxiste non léniniste.

adresse du site : http://bataillesocialiste.wordpress.com/